Au cours d’une conférence débat organisée par le Club diplomatique de Kinshasa, l’ambassadeur de Belgique Dominique Struye a estimé que la coopération entre la RDC et la Belgique n’a pas produit les effets escomptés.
Le Centre Wallonie Bruxelles de Kinshasa a servi de cadre à l’organisation d’une conférence débat le samedi 24 octobre dernier par le Club diplomatique de Kinshasa que dirige Gauthier Kafyatuka en collaboration avec Diplomatica Magazine. Animée par l’ambassadeur de Belgique en République démocratique du Congo et le ministre conseiller à la coopération de l’ambassade de Belgique, la conférence avait pour thème : « La nouvelle dynamique de la coopération belgo-congolaise à la veille du cinquantenaire de l’indépendance de la Rdc ».
Dominique Struye de Swielande et son ministre conseiller, Cartier, ont dressé un tableau réaliste et sans complaisance de la coopération belgo-congolaise. Le premier intervenant, l’ambassadeur de Belgique, s’est plié à un exercice historique en subdivisant la coopération belge en trois phases coïncidant aux 3 étapes de l’évolution politique de la Rdc, à savoir la période de l’Etat indépendant du Congo, la période de la colonisation belge et la période post coloniale.
Pendant la période de la pénétration orchestrée par le Roi Léopold II, il n’était pas possible, a avoué l’orateur, de parler de la coopération puisque la coopération suppose la mise en commun des moyens par deux Etats pour la réalisation d’un but. Or, pendant l’Etat indépendant du Congo les conditions d’une coopération n’étaient pas réunies.
Les mêmes raisons invoquées pour l’EIC l’ont été pour la période coloniale. Mais l’ambassadeur de Belgique a tenu à souligner l’effet bénéfique de la colonisation qui a tout de même permis la construction d’infrastructures malgré quelques traits négatifs notamment le retard pris par la colonisation dans la formation de l’élite universitaire.
Mais l’essentiel de son intervention a porté sur la période post-coloniale, moment de l’accession de notre pays à la souveraineté nationale. Pour le diplomate belge, la coopération entre la Rdc et la Belgique n’a pas produit les effets escomptés sur terrain. Il a comparé cette coopération à une petite tarte offerte par la Belgique mais dont le gros morceau est accaparé par les autorités. Dominique Struye de Swielande a voulu souligner la nécessité d’une redynamisation de la coopération belgo-congolaise qui doit rompre avec la pratique du passé et qui doit désormais se reposer sur le respect mutuel.
L’ambassadeur de Belgique a reconnu les failles qui bloquent le bon fonctionnement de cette coopération. Parmi celles-ci on a noté la lourdeur de la bureaucratie belge qui fait traîner l’exécution des projets puisqu’il se passe un temps relativement long dans le traitement des dossiers. La coopération belge serait, en outre, peu pragmatique par rapport à la coopération chinoise par exemple qui fait peu cas de certaines considérations et qui privilégie le passage rapide à l’acte.
Face à ces reproches, le diplomate belge a trouvé une excuse en faisant comprendre à l’assistance que la coopération belge est plus concentrée à l’intérieur du pays et privilégie des projets peu spectaculaires. Sur le plan politique, Dominique Struye de Swielande n’a pas voulu s’engager sur le terrain très glissant de l’appréciation de la coopération chinoise en Rdc. Pour lui, il y a suffisamment de places pour tout le monde au Congo et qu’il n’était pas de sa compétence de s’occuper de la coopération des autres alors que la sienne a déjà du mal à être performante. Il a tenu par là à dévoiler la nouvelle philosophie de la diplomatie belge qui veut responsabiliser le Congolais en lui faisant comprendre qu’il est le seul maître de son destin.
C’est le ministre conseiller à la coopération, monsieur Cartier, technicien et spécialiste de la coopération belgo-congolaise à l’ambassade de Belgique depuis plusieurs décennies, qui a eu le privilège de dévoiler les aspects techniques de cette coopération, à la lumière de la nouvelle politique qui la sous-tend. La coopération belgo-congolaise est désormais concentrée dans les zones rurales et cible quelques secteurs dans lesquels elle va se focaliser.
Il s’agit des secteurs de l’Agriculture, du Désenclavement rural et de l’Enseignement professionnel. Le souci de la coopération belge en Rdc demeure la prise en compte des réalités sociales du Congo profond, car c’est en appuyant les initiatives de développement à l’intérieur du pays que l’on pourra espérer briser la spirale de la pauvreté dans la mesure où la majeure partie de la population congolaise vit dans les zones rurales. Donner un coup de pouce au secteur de l’enseignement professionnel vise à doter le Congo d’une main-d’oeuvre qualifiée susceptible de l’aider à sortir de sa dépendance vis-à-vis de l’étranger en matière de main-d’œuvre.
M. Cartier n’a pas manqué de préciser que la nouvelle coopération belgo-congolaise devra reposer désormais sur la bonne gouvernance et la promotion de la femme, car il est prouvé que les pays qui appliquent la parité connaissent un degré de développement satisfaisant.
Il faut, en outre, signaler que cette conférence-débat a connu la participation active du Commissariat général au Cinquantenaire qui, dans le cadre des préparatifs de l’année jubilaire, projette et appuie des manifestations en rapport avec cet événement. C’est ainsi que le chargé des missions près ce Commissariat a pris part à la conférence. L’auditoire a aussi été mis au parfum des activités du Commissariat général du Cinquantenaire par le biais d’un diapositif projeté à cet effet et qui donne un petit tableau synthétique de ce qu’est ce commissariat.
Tout compte fait, la coopération belgo-congolaise traverse une période de mutation imposée par la dernière crise qui a secoué les deux Etats et qui a obligé les deux parties à repenser une nouvelle philosophie plus égalitaire et plus respectueuse des valeurs et des réalités politiques de chaque Etat.
Charles Mukonkole/La République
(Ern/CL/GW/PKF)