Il s’appelle Efonge Gina. Il est resté longtemps absent de la scène musicale et il était revenu au pays pour assumer les fonctions de Conseiller du ministre de la Culture et des Arts.

A Kinshasa, le Conseiller Efonge Gina vient de créer une corporation qui regroupera les artistes de toutes disciplines confondues. La corporation a pour nom Union Nationale des Artistes Congolais, Unaco en sigle. Nous l’avons surpris au studio avec ses amis et collègues Pépé Felly Manuaku et Grand Père Bozi Boziana en train d’enregistrer un album.


Dans l’interview qu’il nous a accordée, Gina nous parle de ses fonctions de Conseiller du Ministre de la Culture et des Arts, de ses collègues de Zaïko, du 40ème anniversaire de Zaïko et de sa carrière musicale.
Visa : Bonjour, Gina. Sous quel nom préféreriez-vous qu’on vous appelle au cours de notre entretien ?
Gina Efonge : Bonjour Visa. Appelez-moi comme vous voulez.

Visa : Pourquoi avez-vous observé plusieurs années d’absence sur la scène musicale et sur le marché du disque ?
G.E : Le temps ne me permettait pas de monter sur scène à cause de mes nombreuses occupations. Au pays, je me produisais de temps à autre au Grand Hôtel Kinshasa, accompagné du groupe The Best et mon souci était d’avoir mon propre groupe.

Visa : On peut alors parler de la résurrection du groupe Libanko ?
G.E : Pourquoi pas ! C’est le groupe d’Efonge qui fait partie du Clan Lango Langa.

Visa : Efonge Gina wa Gina conseiller au ministère de la Culture et des Arts, comment cela est-il arrivé ?
G.E : C’est l’appréciation de mes chefs qui voyaient mon niveau d’études. Personnellement, je ne voyais pas seulement la musique mais, aussi mes études. J’ai des idées culturelles et politiques; c’est pourquoi, on m’a rappelé au pays pour exercer cette fonction.

Visa : Lors de votre passage au Ministère de la Culture avez-vous défendu les intérêts des artistes ?
G.E : J’ai défendu pas mal les artistes et j’ai donné des conseils à mes .collègues artistes.Vous savez, les gens croient seulement que c’est la musique qui est la culture alors que nous avons des comédiens, des plasticiens, des modélistes, des écrivains, des dessinateurs et tant d’autres. En tant que conseiller, j’avais défendu toutes ces disciplines pendant que j’étais là. On a même un studio d’enregistrement et on avait voté un budget de 2.000.000 de dollars américains, il y a 2 ans, par le gouvernement congolais. Nous étions désignés, moi et mon collègue Maray pour une mission de prospection en Europe. Comme vous le savez, on nous a traités de tous les noms, certains disaient même que nous avions fait la surfacturation des pro-forma pour que nous puissions gagner de l’argent. Nos collègues artistes musiciens ont fait une forte pression sur le Ministre pour que l’argent soit partagé alors que le pays ne dispose même pas d’un petit studio d’enregistrement ultramoderne, ni d’une salle de spectacles, aucune paire d’équipement de musique, ni une galerie ou les artistes peintres et autres peuvent exposer leurs oeuvres. Donc, il n’y a rien, rien, rien !

J’ai ramené des idées que j’ai eu à transmettre au Ministre de la Culture et des arts. Je lui ai dit que nous ne voulons pas que les artistes meurent pauvres, le Ministre m’avait compris mais, mes collègues, non. Selon eux, je suis revenu au pays pour embrouiller leur projet qui n’était autre que le partage de la cagnotte que le gouvernement a mise à la disposition des artistes. Parmi eux, je citerai Tabu Ley, Simaro Lutumba, Papa Wemba, Tshala Muana et tant d’autres.

Ces derniers se rendent souvent en Europe mais, ils ne songent pas à un investissement adéquat dans le domaine de la musique. Ils entretiennent des groupes qui comptent soit plus de 15 musiciens, soit plus de 30 musiciens mais, sans pour autant les enregistrer et les déclarer à l’INSS (Institut National de Sécurité Sociale). Ils font travailler leurs musiciens comme des cobayes. Je vous dis que tant que je serai encore vivant, mes idées seront appliquées.

Jusque-là, les Congolais ignorent que la musique est une grande industrie pour notre pays. Pourquoi devons-nous penser seulement à l’or, au diamant, au cobalt, au cuivre et à d’autres minerais ? La musique fait entrer de l’argent au pays, si nous l’exploitons à bon escient.

Visa : Pourquoi la musique pose-t-elle problème par rapport à d’autres disciplines artistiques en Rdc. Ne serait­ il pas le manque d’amour entre les musiciens ?
G.E. : Il y a amour entre nous mais, c’est plutôt l’égoïsme qui triomphe de tout. Mes collègues musiciens ignorent que le monde évolue. Nombreux sont ceux qui voyagent en dehors de nos frontières et qui voient comment les choses se passent sous d’autres cieux. Pourquoi ne peuvent-ils pas ramener ce qu’ils trouvent de ban ailleurs pour le mettre en pratique sur place au pays ? Ils vont à Paris, à Bruxelles, à Londres, en Afrique du Sud où l’évolution du monde n’est plus à démontrer, pourquoi préfèrent-ils rester en marge de la mondialisation ?

Les artistes ne sont seulement pas les musiciens, nous en avons de grands dans toutes les disciplines confondues. Il y a des plasticiens, des peintres, des céramistes, des sérigraphes, des écrivains, des modélistes, des comédiens, des dessinateurs et j’en passe. Avec tout ceci, l’Etat congolais est capable de générer de grosses recettes dans l’espace culturel congolais, question de bien comprendre le mécanisme.

Visa : Puisque vous évoquez la dotation gouvernementale, où serait partie la cagnotte de 2.000.000 de dollars américains destinée aux artistes congolais depuis 2007 ?
G.E. : Vous avez raison de me poser cette question. A ma connaissance, cet argent n’a pas été utilisé, même pas un dollar. Il y a eu la cacophonie entre les artistes autour de la cagnotte. Les musiciens voulaient se tailler la part du lion en minimisant les artistes d’autres disciplines. Chose impossible. Comme il n’y avait pas entente entre les artistes, l’argent est rentré dans la caisse de l’Etat, au Trésor public.

Visa : La liquidation de la Soneca était prévue pour 6 mois et aujourd’hui, nous en sommes à la  4ème année du processus. N’y a-t-il pas manque de volonté du Ministère et d’autres personnes qui ne veulent pas de la création d’une nouvelle société pour qu’ils poursuivent le détournement des droits d’auteurs que le Collectif des Associations culturelles du Congo n’arrête pas de dénoncer et sur lequel ce Collectif affirme détenir des chiffres ?
G.E. : On revient sur ce que je venais de dire tout à l’heure: c’est l’égoïsme. J’appartiens au rang des techniciens et opérateurs culturels; c’est pourquoi, je veux le développement dé l’artiste congolais et de sa culture. La Société Nationale d’Editeurs, Compositeurs et Auteurs, Soneca en sigle, est déjà en liquidation pendant que j’étais au cabinet du Ministère de la Culture et des Arts. J’ai eu à assister à une réunion avec le responsable de la Soneca de l’époque, l’administrateur Omanga, et je leur ai donné l’exemple de la Sacem en France, sur laquelle l’Etat français n’a aucune main mise. Mais, elle fonctionne avec le concours des experts qui encadrent les droits d’auteurs, de la perception à la répartition. Aucun artiste n’est appelé à diriger la société; ils sont seulement des conseillers parce que c’est leur argent qui fait fonctionner la société.

A la Sacem, une partie de l’argent va à l’Etat français pour l’aménagement des salles de spectacles et tout ce qui est loisir pour les enfants, pour la jeunesse. On doit tenir compté du social des artistes et pourquoi les Congolais ne peuvent-ils pas suivre l’exemple des Français pour bien faire fonctionner la Soneca. Aujourd’hui, beaucoup de nos musiciens sont affiliés à la Sacem et ils touchent leurs droits. C’est une fuite des capitaux.

Visa : C’est l’Etat congolais qui demeure perdant ?
G.E. : Oui ! Je vous ramène à ce que je vous ai dit tout au début, à savoir que j’ai ramené des idées pour le développement de la culture congolaise et c’était ma modeste contribution, bien que certains n’étaient pas contents de moi.

Visa : Et si le conseiller Efonge était rappelé, cette fois-là, au poste de Ministre de la Culture et des Arts, quel serait son cahier des charges ?
G.E. : En tant que Ministre de la Culture et des Arts, mon cahier des charges sera d’abord d’amener les artistes à la raison. La culture congolaise étant riche, c’est à nous de bien l’exploiter. Nous ne devons pas recourir toujours à l’Etat congolais, c’est-­à-dire au gouvernement et à la présidence alors que beaucoup d’entre nous ont des sponsors, ils sont sponsorisés par des sociétés brassicoles.

Ensuite, mon cahier des charges ne me demandera pas ceci ou cela, on procédera à l’organisation d’un forum avec les artistes et de ce débat sortira Ie vrai cahier des charges qui sera adopté par tout le monde. Je sais que la majorité de mes collègues seront contre parce qu’ils n’aiment pas que les chose changent, il ne veulent pas que le pays évolue dans la culture qui est la source humaine. La culture congolaise est une grande industrie d’argent et avec elle, on ne peut plus courir de gauche a droite.

Qu’est ce que nous voyons aujourd’hui ? De son vivant, l’artiste congolais demeure pauvre mais, à sa mort, il devient riche par des manifestations autour de ses obsèques où la présence des autorités justifie l’argent. Alors que c’est en étant vivant que l’on peut bénéficier de cette richesse devenue posthume.

Quant a moi, on doit changer le statut de l’artiste, celui-ci doit jouir de son art pendant qu’il est vivant. Les cas des enfants de la rue, communément appelés « Shégués », on attend que l’Etat fasse tout. Mais non, la culture doit épauler le gouvernement par la création des écoles pour l’encadrement de ces enfants. Ils doivent apprendre le chant, la guitare, etc Ce ne sent pas les espaces verts qui nous manquent sur la route de Maluku pour construire les écoles et ce ne sont pas les bois qui nous manquent pour la fabrication des tam-tams, guitares et tant d’autres instruments que nous utilisons dans la musique typique: moderne et folklorique. Je ne suis plus a l’époque de Gina wa Gina, le Beau Gosse, aujourd’hui, l’étape de Gina père de famille, grand responsable.

Visa : Pouvons-nous connaître les causes de votre départ de Zaïko Langa Langa ?
G.E. : Je ne suis pas parti de Zaïko Langa Langa. Mes collègues Pépé Manuaku, Bozi Boziana, Evoloko Nyoka Longo et les autres sont là, ils peuvent le témoigner. J’avais pris congé pour évoluer avec Libanko, mon groupe d’accompagnement et du studio. Feu Matima, Meridjo, qui est actuellement en Belgique, Grand Père Bozi, Djo Kester Emeneya quand il fut à l’internant à Kikwit et Kassapard à Lubumbashi, étaient à mon école. Bref, je n’avais pas besoin de créer un groupe en dehors de Zaïko, tout Ie monde le sait.

Vous devez reconnaître que je suis parti de Kinshasa en 1978 poursuivre mes études en Europe. Malgré le succès que j’avais à cette époque, j’avais tout abandonné pour les études.

Visa : Comment avez-vous obtenu cette bourse d’études ?
G.E : C’est mon ami Jean- Paul Nyiwa Mobutu qui me l’avait proposée. Lorsqu’il était reparti pour l’Europe, je l’ai accompagné pour faire le temps que j’ai fait.

Visa : Trop jeune avec un succès fou, la création de Libanko ne vous avait-elle pas pousse à toucher aux fétiches ?
G.E. : Je sais qu’avec nos coutumes et mœurs, on peut toujours croire aux fétiches. On peut avoir le succès, on peut avoir tout ce que vous voulez, mais un jour, vous rendrez toujours votre âme au Bon Dieu. Le fétiche n’est pas un mystère, je sais qu’il existe mais, c’est le Bon Dieu qui donne tout.

Visa : Vous étiez tous au sein de Zaïko Langa Langa mais, aujourd’hui, Nyoka Longo tient le leadership du groupe. Ne le mérite-t-il pas ?
G.E. : Nyoka Longo est un compagnon de la chanson, un collègue de longue date. Il hérite la parcelle de nos parents qui s’appelle Zaïko Langa Langa. Notre papa et notre maman « Zaïko Langa Langa » ont mis au monde beaucoup d’enfants qui sont Wemba, Gina, Pépé Felly Manuaku, Evoloko Jocker, Bozi Boziana, Mashakado Mbuta, Bimi Ombale, Mavuela Somo, Il0 Pablo, Meridjo, Likinga, Oncle Bapius, le petit JP Buse qui est au Canada et tant d’autres dont je ne saurai plus citer les noms mais, qui sont vivants.

Parlant de leadership, on doit reconnaître que Zaïko est un groupe mais, c’est une génération. Avant de parler de Zaïko, il faut connaître d’abord son histoire et ceux qui ont fait de ce groupe ce qu’il est aujourd’hui. Etant donné que nous sommes unis, l’histoire de Zaïko ne changera pas. Je sais que les gens veulent toujours nous séparer avec leurs idées maléfiques et démoniaques. D’ailleurs, l’arrestation de notre frère Evoloko, pour qui nous remercions Dieu pour sa remise en liberté, nous a tous frappés et, nous reconnaissons que ce qu’il a fait ne nous arrangeait pas. Cela ne nous a pas plu, pas du tout. Mais, nous sommes allés parce que c’est un problème qui nous a tous touchés, moi Gina, Wemba, Bozi, Bimi Manuaku étions tous ensemble pour partager la douleur et c’est là que j’ai senti combien nous nous aimons.

Visa : Nous vous surprenons au studio avec vos collègues Grand Père Bozi et Pepé Felly Manuaku. Que faites- vous exactement ?
G.E. : Nous préparons un album dont le titre- phare est « Non à la violence». Il comprendra 4 titres dont le mien est « Compromis » et on y ajoutera 4 autres titres que j’ai enregistrés en Europe ? parmi lequels « La belle histoire », « Mangengenge » , « Iko oke loendo ».

Visa : Par quelle maison l’album sera-t-il produit ?
G.E. : Nous n’avons pas besoin d’un producteur; peut-être, un distributeur ou encore un coproducteur. C’est suite à la demande des mélomanes qui veulent écouter de belles notes de Pépé Manuaku, les belles voix de Bozi et Gina que nous sommes obligés de larguer cet opus sur le marché.

Visa :
Et Si Vos autres collègues de Zaïko vous rejoignaient, quelle serait votre réaction ?
G.E. : La porte est grandement ouverte pour eux, car on n’exclut jamais un frère.

Visa : Vous seriez allés avec quelques collègues rencontrer le Premier Ministre pour l’organisation du 40ème anniversaire de Zaïko Langa Langa ; quelle en a été la suite ?
G.E. : C’est faux, nous n’avons jamais sollicité une audience pour l’organisation du 40ème anniversaire de Zaïko Langa Langa. Je ne connais même pas comment les choses se passent. C’est de loin que j’entends parler du 40ème anniversaire de Zaïko; j’ignore comment vont les préparatifs. Jusque-là, je n’ai jamais été contacté pour ces festivités.

Visa : Aux premières années de Zaïko, un prêtre de la Paroisse Saint Joseph de Matonge reprochait à l’orchestre en relevant que « la partie instrumentale se défendait merveilleusement mais, que l’attaque chant tâtonne encore » et qu’il fallait quelqu’un pour redresser le chant. Vous avez joué le rôle d’architecte en arrangeant le chant, les cris au niveau de l’attaque et on vous appelait par ce nom. Comment peut­-on organiser l’anniversaire de Zaïko sans son architecte ?
G.E. : Votre réaction est normale car, ça fait trop mais, trop mais. Tout le long de vos questions, je vous ai parlé de l’égoïsme, pourquoi ne pas nous réunir pour mettre les idées ensemble? Evoloko avec son Langa Langa Stars, Bozi et son Anti Choc, Nyoka Longo est le gardien de la parcelle de nos parents qui est Zaïko L.L., Pépé Manuaku est là, Mavuela et Méridjo sont en Europe, Bimi, Mbuta Mashakado et les autres sont encore vivants, pourquoi ne pouvons-nous être ensemble ?

Ce 40ème anniversaire est celui de la génération Zaïko, ce n’est pas celui de Nyoka Longo avec le Zaïko. Trouvez-vous ça normal que nous soyons des invites dans cet anniversaire? Vous venez de me rappeler cette appellation d’architecte, je ne sais pas mais, donnons la chance à l’événement, peut-être qu’ils reviendront à la raison pour se ressaisir.

Visa : Peut-être serez- vous des invités d’honneur ?
G.E : Selon certaines indiscrétions, nous serons les invités de Nyoka Longo. Lorsque je dis « nous », ce sont tous les collègues qui n’évoluent plus ensemble avec Nyoka Longo. Est-ce que vous trouvez ça normal ?

Visa : Malgré son âge, Gina paraît toujours jeune ; y a-t-il un secret à cela ?
G.E : C’est une grâce de Dieu.

Visa : Pourquoi appelle-t-on Gina président au sein de Clan Langa Langa alors qu’il y a des aînés tels que Papa Wemba, Bozi, Nyoka Longo, Bimi, et autres ?
G.E : Quand on achète un terrain pour construire, il faut un architecte. Et pour Zaïko, c’est Gina wa Gina qui est l’architecte. C’est pourquoi, tout Le monde me doit du respect au sein de Zaïko, même si aujourd’hui, ils sont devenus des vedettes et connaissent le succès à travers le monde, quelque part, ils me doivent beaucoup. C’est un honneur pour moi.

Visa : Le mot de la fin ?
G.E : J’aime la vie, j’aime le monde, j’aime mon pays. Bannissons l’égoïsme, le monde ne nous appartient pas car, nous sommes tous appelés à passer un jour. Je n’ai pas la culture de sous estimer les gens car j’aime la culture. J’ai créé l’Unaco (Union Nationale des Artistes du Congo) pour les artistes, toutes disciplines confondues. L’adhésion est libre.

B.G/Visa


(Ern/BT/PKF)