matadiSelon une dépêche de radiookapi.net, quatre clandestins congolais ont été ba­lancés dans les eaux du fleuve Congo, dans la nuit de lundi à mardi, par l’équi­page du bateau Is­land of Luc », battant pavillon panaméen, dans la périphérie du port de SEP-Congo, à Matadi. Trois ont pu échapper à la mort, en s’accrochant à des bidons vidés tan­dis que l’un d’eux, qui n’a pu saisir cette « bouée de sauvetage », est mort noyé. L’un des survivants se trouve aux soins in­tensifs, dans une for­mation médicale de la ville portuaire.

Le parquet de Grande Instance de Ma­tadi s’est saisi du dossier, pendant que l’équipage et le navire incriminés sont contraints au « mouillage ». Le gouvernement pro­vincial du Bas-Congo, par le biais de son ministre de l’Intérieur, a mis sur pied une commission spéciale d’enquête chargée d’élucider les circonstances du drame.

Par ce temps de crise multiforme et de chômage généralisé, Si­gnale-t-on, des centaines de jeunes désoeuvrés ré­sidant à Matadi et Borna ainsi que dans plusieurs contrées du Bas-Congo rêvent sans cesse de voyager pour l’Europe, en se cachant au fond des cales des bateaux de haute mer, dès qu’ils mouillent dans l’un des ports de ces deux villes.

Ces clandestins, vulgai­rement appelés « Ngulu (cochons ou porcs), sans papiers, prennent contact avec des réseaux des passeurs, moyen­nant espèces sonnantes et trébuchantes, qui le font croire à l’organisation d’un voyage « arrange », généralement à l’insu du commandant de bord et des membres de son équipage.

Généralement, le bief maritime congolais est franchi sans ennui. Ce n’est qu’une fois en haute mer et traqués par la faim ou la soif, que les clan­destins se signalent aux maîtres du navire. Très souvent, l’aventure s’ar­rête sur la côte atlantique, à Pointe-Noire, Libreville, Douala, Abidjan, Lagos, Dakar ou Casablanca. Quelquefois, la chance aidant, des clandestins atteignent le vieux conti­nent, où ils vont grossir les rangs des sans-papiers, pourtant indésirables sur l’ensemble du territoire de l’Union Européenne.

Pourquoi fuient-ils ?

Nous avons eu à nous interroger à ce sujet, dans ces mêmes colonnes, il y a deux se­maines, au moment où la vague d’expulsions des Congolais d’Angola bat­tait son plein. Nous avions donné, comme réponse globalisante, la misère. A elle seule, elle explique l’obsession de nos jeu­nes compatriotes à sor­tir absolument du pays, dans l’espoir de changer positivement le cours de leur vie ailleurs. Hélas, bien souvent, en voulant fuir les mauvaises condi­tions d’existence dans la mère patrie, ils vont à la rencontre de la matraque, des insultes, des arresta­tions arbitraires, des ex­torsions de leurs biens et avoirs, de la mort...

En dépit des me­naces en provenance des chancelleries occidenta­les installées chez nous, des alertes du vice-ministre chargé des Congo­lais de l’Etranger et des campagnes de sensibi­lisation des ONG contre les aléas de l’immigration clandestine, ils n’arrêtent pas de sortir par milliers.

Le pays, pour retenir ses filles et fils, doit leur ap­porter des preuves de la liberté d’opinion et d’ex­pression, de la bonne gouvernance, de la relan­ce de la production, de la lutte contre le chômage, de l’amélioration du système éducatif et sanitaire, de la fin de la corruption et de l’impunité, de la réhabilitation des infrastruc­tures de base, de la distri­bution correcte du revenu national, bref du retour du pays sur le chemin déjà prospérité et de la démo­cratie.

Tant qu’ils auront le sentiment de se trouver devant des horizons bouchés, ils n’auront cure des risques qui les at­tendent sur le chemin de l’exil économique.

Kimp./Le Phare


(DN/Ern/GW/Yes)