fouleUne sagesse populaire enseigne que les linges sales se lavent en famille. Une autre beaucoup plus africaine soutient qu’en cas d’un quelconque tiraillement, les camps opposés se retrouvent sous l’arbre à palabre. Cette version est aussi vraie pour les récentes expulsions opérées dernièrement contre les ressortissants de la République de l’Angola et celle du Congo démocratique ayant entraîné un terrible mouvement humain chacun fuyant de son côté.

Compte tenu de son intensité, des blessés graves et des pertes en vies humaines ont été constatés. Mais du fait que les deux peuples sont unis par des liens séculaires, les hautes sphères de deux pays se sont, à travers leurs vice-­ministres des Affaires étrangères, retrouvés à Kinshasa autour d’une table en vue d’aplanir cette situation. Une autre rencontre du nom de la Grande Commission mixte qui aura à aborder cette situation beaucoup plus en détail a été convoquée pour ce mois de novembre.

La confirmation y afférente sera faite par canal diplomatique. Au terme de cette rencontre, le calme était aussitôt revenu dans les deux camps du fait que sur instruction des premiers citoyens de deux pays, l’ordre a été donné de mettre un terme à toutes sortes d’exactions. Mais que n’avait pas été notre surprise de constater que le samedi 17 octobre dernier, des insolites attaques ont été effectuées dans les villages Kata kangu et Mbata Yema, dans le territoire de Tshela, province du Bas-Congo à plus de 200 Kilomètres à l’ouest de Matadi.

Au moment où nous mettons sous presse, ces entités administratives sont vidées de leurs habitants qui n’ont trouvé mieux que de s’enfuir en vue de s’éloigner de l’incursion des militaires de l’armée angolaise à en croire un responsable de l’Union des associations paysannes pour le développement endogène et communautaire (Unapadec) qui s’était confié aux médias Mercredi.

En sa qualité de numéro un de cette contrée, l’administrateur du territoire de Tshela a également confirmé cette triste nouvelle, en déclarant que les soldats angolais sont entrés dans le village Kata Kangu dans la nuit du 17 octobre en fouillant toutes les habitations. Dans leurs incursions, ces assaillants estimés à une vingtaine armés et armés jusqu’aux dents, ont affirmé aux villageois qu’ils étaient à la recherche des maquisards du Front de libération de l’enclave de Cabinda (FLEC), un mouvement rebelle angolais. Ainsi n’ayant retrouvé aucune de leur trace, ils se sont purement et simplement repliés dans la forêt environnant les villages de Kata Kangu et Mbata Yema.

D’après le responsable de l’Unapadec, la présence des militaires angolais continue à se faire signaler dans cette forêt. C’est pourquoi pris de panique, les habitants se sont réfugiés dans les forêts et villages éloignés, des endroits où opèrent les soldats angolais. Toutefois, l’administrateur du territoire de Tshela , Charles Ilowa, n’a pas attendu longtemps pour y dépêcher une équipe pour tranquilliser ses administrés.

Un rapport détaillé a été envoyé au gouverneur de la province du Bas- Congo pour solliciter un déploiement des éléments des Forces armées de la RDC dans les villages concernés.

La nouvelle de cette incursion tombe au moment où Kinshasa s’apprête à accueillir le 14è sommet ordinaire de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique Centrale (CEEAC).

A titre de rappel, disons que près 20.000 congolais sont retournés sur leur territoire contre près de 16.000 angolais qui sont rentrés en Angola suite au mouvement d’expulsions connu de par et d’autre de deux pays voisins.

La Récidive angolaise pose un sérieux problème

Les localités de Kata Kangu et de Mbata Yema dans le territoire de Tshela ont été attaquées dans la nuit du 17 au 18 octobre 2009 par une vingtaine de soldats angolais lourdement armés. Les habitants de ces villages campent en forêt et refusent de regagner leurs villages sous prétexte que les soldats angolais continueraient à camper dans la forêt congolaise. *Luanda pousse Kinshasa à la guerre. Est-ce pour soulever un écran de fumée sur l’affaire du pétrole ?
Le gouvernement angolais rencontre réellement des difficultés pour utiliser les mécanismes diplomatiques afin de régler les problèmes pouvant surgir du partage de la frontière avec la Rdc. Il n’y a pas longtemps que les gouvernements congolais et angolais ont eu recours à la médiation de deux pays anciennes métropoles, la Belgique et le Portugal, pour mettre fin à la crise frontalière à Kahemba.

Quelle qu’ait été l’issue de cette affaire, on n’a jamais compris pour quelle raison l’Angola ignore son voisin congolais dont il viole le territoire pour se rendre justice. Alors qu’on n’avait pas fini d’épiloguer sur cette affaire de Kahemba, l’armée angolaise, faisant sourde oreille, sans la moindre peur de « qu’en dira-t-on », a occupé trois localités dans le territoire de Mbanza-Ngungu dans la province du Bas-Congo.

Une provocation de plus

Pendant que le monde entier n’a pas fini de déplorer les violences dont les ressortissants congolais expulsés d’Angola sont victimes, l’armée angolaise est encore mise au devant de la rampe de l’actualité. Il nous revient que les villages Kata Kangu et Mbata Yema, dans le territoire de Tshela à l’ouest de Matadi, chef-lieu de la province ont été attaqués par les soldats angolais. A ce jour, les habitants de ces villages campent dans la forêt sous des intempéries fuyant des soldats angolais. Notre source signale que ces attaques avaient eu lieu le samedi 17 octobre.

Ces incursions annoncées par des sources locales n’ont pas encore été confirmées par les milieux officiels congolais à Kinshasa. On estime qu’au moment où le climat est tendu entre les deux pays, les autorités congolaises auraient choisi de jouer à l’apaisement. Répercuter ces informations aurait été une façon d’ajouter de l’huile au feu. Cela ne change rien. Les populations congolaises chassées de leurs villages campent dans la forêt.

La même source renseigne qu’après le coup, les soldats angolais se sont retirés des localités congolaises occupées. Ils ont déclaré à qui voulait les entendre qu’ils étaient à la recherche des éléments de Flec, mouvement indépendantiste cabindais.

Un prétexte étonnant

Parmi les sources locales qui ont confirmé l’attaque des soldats angolais figure l’administrateur du territoire de Tshela. Il confirme l’incursion par des soldats lourdement armés qui ont profité de la nuit et de l’absence militaire dans ces localités congolaises. Ils ont fouillé toutes les cases et n’ont mis la main sur aucun combattant des Flec.

Les soldats angolais, une vingtaine, se seraient retirés dans la forêt où selon certaines sources, ils y seraient encore. D’autres par contre estiment que les soldats angolais avaient pris la direction de leur pays. C’est la thèse des responsables administratifs qui cherchent à persuader la population afin de regagner leurs cases dans leurs villages. Il nous revient que la population elle, soutient que les Angolais campent encore dans la jungle congolaise. Il n’est donc pas question pour cette population de regagner les villages.

Quant à l’autorité administrative locale, elle dit avoir envoyé auprès de la population dans la forêt, des émissaires pour les apaiser sinon leur demander de regagner les villages. Pour elle, il n’y aurait plus de présence angolaise dans les forêts environnantes. La meilleure façon de rassurer cette population traumatisée, c’est d’envoyer pour leur protection des soldats congolais.

L’Angola, un vrai problème pour la Rdc

Il y a un vrai problème. L’Angola devient subitement un vrai problème pour la paix dans la région. Depuis 2002, ce pays expulse avec violence et arrogance les ressortissants congolais. Kinshasa a attendu sept ans pour amorcer la réciprocité. La Rdc a jusque-là circonscrit les expulsions dans la seule province du Bas-Congo. Pour revenir aux bons sentiments, il fallait que l’Angola expérimente la douleur des compatriotes chassés d’un pays voisin laissant derrière eux tout le fruit de leurs nombreuses années de dur labeur. Il fallait cela pour que le gouvernement angolais envoie des émissaires auprès de Joseph Kabila et accepte de signer un moratoire.

Pour mettre fin aux attaques surprises des localités congolaises, attaques qui enlevant aux populations congolaises leur droit à la quiétude, faut-il pousser la réciprocité jusque dans le domaine militaire ? Le gouvernement angolais n’est-il pas à la recherche de ce prétexte pour se soustraire du règlement pacifique du problème du pétrole dans l’océan Atlantique aux larges de deux pays ? L’Angola userait-il des moyens d’intimidation pour faire comprendre à Kinshasa qu’il n’est pas prêt à allonger sa corde dans cette juteuse affaire de pétrole ?
Après le Rwanda, l’Angola ?

La Rdc s’est débarrassée du Rwanda à l’Est en usant de la haute diplomatie, elle se retrouve confrontée ce jour au même problème, cette fois à l’Ouest du pays. Les Congolais n’hésitent plus à dire que le pays a un autre Rwanda à l’Ouest de son territoire. Non seulement les populations qui partagent la frontière avec l’Angola vit dans la psychose, mais aussi, Luanda utilise la même stratégie et la même manœuvre.

Pour agresser la Rdc, le Rwanda avait commencé par se désolidariser du pacte de non agression signé entre les pays de l’Afrique centrale. Finalement, le Rwanda s’est retiré de cette sous-région pour l’Afrique de l’Est. Luanda semble faire de même en faisant montre de tiédeur dans les regroupements sous-régionaux. Hier, l’Angola avait brillé par son absence au sommet de la Sadc à Kinshasa, aujourd’hui, le président angolais aurait annoncé son indisponibilité au sommet de la Ceeac toujours à Kinshasa. C’est comme si tout ce qui s’organise à Kinshasa ne ferait pas son affaire.

La raison de faire la guerre

Hier, pour agresser la Rdc, Kigali prenait prétexte sur la présence des éléments hutu rwandais qui menaceraient la frontière rwandaise. L’Angola, à en croire la raison avancée pour justifier les incursions dans le territoire de Tshela, prend prétexte sur la présence des combattants de Flec. Officiellement, comme le faisait le Rwanda, Luanda fuit les forums où il peut avoir l’occasion de poser publiquement son problème de manière que ce qui est un problème entre les deux pays devienne un problème de la sous-région.

A Kahemba et à Mbanza Ngungu, ce sont les villageois qui étaient accusés d’avoir traversé la frontière pour s’installer sur la frontière ou quelques mètres en territoire angolais. Si à Kahemba cela s’était avéré, on ne peut pas en dire autant pour les localités du territoire de Mbanza Ngungu qui avaient subi le même sort. Dans le territoire de Tshela, c’est un autre prétexte, la poursuite des combattants de Flec. S’il faut mettre le problème sur la table, quelle est la revendication de l’Angola ?

En usant de cette provocation dans le territoire de Tshela au moment où ses paires de l’Afrique centrale qui se réuniront à Kinshasa bientôt pourraient inscrire dans leurs agendas, la crise des expulsions, Luanda veut-il obliger la Ceeac à inscrire également à l’ordre du jour de ce sommet la question des frontières ? Si tel est le cas, pour quelle raison le président angolais boude-t-il le sommet de la Ceeac ? M’zée avait dit, si on s’organise pour qu’il n’y ait pas de sécurité au Congo, il n’y aura la sécurité nulle part. Car, la Rdc n’acceptera pas à être toujours considérée comme le ventre mou du continent sur lequel les militaristes de tous les bords pourraient donner des coups sans se faire mal.

Le Palmarès/L’Avenir


(DN/Milor/GW/Yes)