L’initiative du club Diplomatique de Kins­hhasa, l’ambassadeur de France en RD Congo, Pierre Jacquemot a animé une conférence ­débat le samedi 17 oc­tobre dernier à la Halle de la Gombe, autour du thème :  « la contribution française à la recons­truction de la région des Grands Lacs.

Ce sujet, a, à en croire Gau­thier Bin Shabani, prési­dent de cette organisa­tion créée en mai 2001, permet de promouvoir au niveau mondial, les grandes causes congo­laises et les ambitions légitimes de notre pays dans les domaines du développement écono­mique, de la protection de l’environnement, de la santé de la paix et de la démocratie.
 
A cette occasion, le diplomate français a tenu d’entrée de jeu à préciser que son exposé reste loin de la polémique du début de l’année, mais s’inscrit plutôt dans la vision de Nicolas Sarkozy, chef de l’Etat de la France, qui souhaite vi­vement la reconstruction de la région des Grands Lacs. Celle-ci, se convainc-t-il, passe inéluctablement par la coopération régionale, option majeur du post-con­flit. Elle favorise la  paix et la sécurité en diminuant les sources de conflit; rend possible le lancement de projets qui fédèrent plutôt que de subir des appétits qui divisent ; permet de ré­duire les suspicions entre pays voisins et donc de frei­ner les dépenses militaires »    a martelé Pierre Jacque­mot.

En clair, précise-t-il, les idées de base sont celles de l’aménagement écono­mique et social concerté de la région, des programmes transversaux intégrateurs et de projets fédérateurs. A ce titre, la France estime que la Communauté économique des pays des Grands Lacs (CEPGL), la belle endormie, et la Conférence in­ternationale de la région des Grands Lacs (CIRGL), pour l’instant minée par l’inertie, sont potentiellement des atouts pour le rétablisse­ment de la confiance car « elles peuvent offrir un forum institutionnalisé de dialogue ».

La CEPGL réveillée, ses institutions mises en place, pourquoi ne pas aller plus loin ? s’est interrogé l’ambassadeur Jacquemot. De manière pragmatique, il a expliqué que la structure sectorielle de l’économie congolaise s’étant modifiée sous l’effet des conflits, du­rant cette période que nous traversons toutes les activi­tés n’ont pas le même degré de vulnérabilité. A titre illus­tratif, indique le plénipoten­tiaire, si les combattants ont pillé les ressources, volé les stocks de nourriture, les ru­raux eux ont eu tendance à choisir de se replier sur des activités d’autosubsistance.

« Il faut donc sortir l’écono­mie paysanne de son en­clavement en tentant de les réintroduire dans les circuits commerciaux... Pour y parvenir, il propose trois mesures : la relance de la production vivrière de façon à approvi­sionner les marchés ruraux et urbains sur une base lo­cale ; l’aménagement des dessertes rurales des villa­ges enclavés, de manière à leur donner accès à ces marches ; et enfin, l’idée de favoriser une approche coo­pérative (fermes coopératives paysannes, de viande, de lait, de légumes, voire dans le domaine halieutique).

Somme toute, Pier­re Jacquemot a insisté sur la nécessité d’organiser le commerce ; d’adopter des programmes intégrateurs en vue de créer, par exemple des emplois dans divers secteurs (sécurité alimentaire, énergie, eau, transport, télécommunica­tions etc.) ; de créer une agence interétatique d’amé­nagement des Grands Lacs (AlA), qui serait chargée de mettre en cohérence et gé­rer la mise en oeuvre des programmes intégrateurs les plus cruciaux etc.

En guise de conclu­sion, l’ambassadeur a déclaré à l’assistance qu’il est également concevable d’es­pérer que les ressources en provenance du secteur minier, jadis détournées à cause de la guerre et de l’in­sécurité, soient canalisées vers des emplois productifs. De même, qu’une fraction des ressources affectées à la dissuasion et à la protec­tion des populations par la communauté internationale (de plus d’un milliard de dollars pour la seule Monuc) soit affectée à des program­mes et projets porteurs de paix. On a noté la pré­sence des trois députés français dans la salle durant cette conférence.

Tshieke Bukasa/Le Phare


(TN/Milor/GW/Yes)