Le débat politique à l’Assemblée nationale autour de la présentation du Budget 2010 par le Premier ministre A. Muzito ainsi que la motion de défiance brandie contre lui amènent le vieux routier politique Atundu Liongo dont le parti CDR campe dans l’Amp à avertir la classe politique congolaise de se préserver des inutiles dérives politiciennes
La session parlementaire de septembre a soufflé un vent insolite où se mêlent opposition et certains députés de la Majorité dans le but de rejeter le budget 2010 et de faire tomber MUZITO de son poste de Premier ministre.
Cette association momentanée eut été parfaitement morale, voire démocratique si elle ne touchait aux fondements même de la vie politique et de la démocratie, à savoir le respect des engagements, la discipline républicaine et la liberté.
« Valeur fondamentale de la démocratie, la liberté ne signifie pas la faculté de renier à tout moment ses engagements, selon l’expression d’Edgar FAURE ce n’est pas la girouette qui change de direction, mais le vent ».
La liberté signifie assumer un choix, c-à-d la contrainte que l’on s’est imposée en toute conscience et en toute connaissance. C’est la liberté qui donne une légitimité à l’engagement en tant que possibilité de choix et d’option.
Dès lors, l’engament lie son auteur. De plus, il n’y a pas de liberté sans contrainte, ce qui signifie que la liberté est le fait de s’imposer volontairement un engagement pris de son propre chef. Ce lien librement consenti s’appelle la discipline républicaine.
En d’autres termes, sans la liberté de choix il n’y a pas de responsabilité dans l’engagement et l’obligation de tenir parole car en réalité une décision ou un engagement obtenu dans l’absence de liberté est une imposture. Tel est, par ailleurs le fondement de la légitimité voire de la moralité de la révolte contre la distance et le diktat autocratique.
Sans enjeu donc, la Majorité présidentielle n’a pas de sens et apparaît comme une vacuité, un néant, une réalité sans consistance.
Seuls les enjeux et les défis des grands moments comme le vote du budget ou la défaillance vis-à-vis du Premier ministre de la Majorité présidentielle par l’opposition donne un sens, une signification et un contenu à l’engagement politique, et donc à la Majorité présidentielle. Une Majorité présidentielle qui ne résisterait à aucun défi, à aucun enjeu, ni à l’égoïsme, ni à l’ambition personnelle ressemble à une armée de parade, un tigre en carton, un château de carte qui s’écroulerait à la moindre brise. C’est en pareille circonstance que le Président KABILA devrait être fier et sûr de sa Majorité. Sans chantage, sur la seule base de l’engagement et de la conviction.
Parce qu’en réalité, toutes ces initiatives politiques et parlementaires visent ou mieux atteignent sciemment ou inconsciemment, à dessein ou involontairement le Président KABILA caution de lui déclarer leur loyauté et leur fidélité, un lâchage du Premier ministre de leur part serait un véritable coup de poignard dans le dos du président, en somme la trahison de Ganelon au chevalier Roland.
Cette seule éventualité est déjà une raison suffisante de soutenir MUZITO et de recevoir son budget En plus, à cause de sa fidélité au PALU, l’allié qui est d’une loyauté exemplaire vis-à-vis de l’AMP et du président KABILA pour emprunter l’expression de Koyagialo, le secrétaire exécutif adjoint de l’AMP.
Ainsi donc, les appels à la dénonciation de l’Accord AMP-PALU, pour une raison généralement quelconque qui ne sert pas nécessairement le président KABILA ou la cause de L’AMP, sont des cris perfides des sirènes malveillantes qu’il convient d’ignorer comme le fit Ulysse sur la route d’Ithaque.
Les députés de la Majorité présidentielle doivent donc donner ici et maintenant un sens crédible à leur engagement, à leur appartenance à la Majorité et à leurs signatures d’adhésion à l’AMP. Pour les députés de la Majorité présidentielle, voter contre le budget 2010 et pour la d’échéance de Muzito est un acte parfaitement immoral au regard des engagements pris vis-à-vis de l’AMP, des alliés et de l’autorité morale qu’est le président KABILA.
C’est la règle du jeu démocratique. Agir autrement serait introduire le germe de la division et le gène de la trahison dans la vie politique. Loyauté oblige.
« En toute chose, il faut considérer la fin », dit-on. Puisque la fin c-à-d la finalité, c’est l’engament solennel pris vis-à-vis de Joseph KABILA, il faudrait donc lui donner les moyens politiques de gérer . Il s’agit de la stabilité politique, du sens de l’homme par le respect des engagements. Toutes choses génératrices de confiance et de crédibilité.
Est-ce à dire que les critiques des députés auront été vaines et sans objet? Certainement pas, puisque ces critiques n’ont fait que donner un contenu dramatique ou plutôt contextuel aux propres propos du Premier ministre Muzito lorsqu’il dit « aussi important qu’apparaisse-t-il dans l’histoire de notre pays, ce budget de cinq milliards de dollars américains est insignifiant par rapport aux besoins immenses de nos populations et du pays ».
Comme il en est ainsi, ne serait-il pas plus logique que députés de la Majorité et ceux de l’opposition, des députés non engagés pour le budget et ceux pour le budget, puissent déclarer le déclarer recevable et reconduire leur confiance à Muzito pour que, dans une belle synergie, ils travaillent tous ensemble pour l’amélioration du sort de nos populations avec un budget aussi modique.
Allez, députés de la Majorité présidentielle, le grand jour est arrivé, ce jour pour lequel vous aviez accepté de constituer une majorité autour du président KABILA.
Autrement, a quoi aurait servi cet exaltant combat politique pour constituer, structurer et consolider la Majorité présidentielle, s’il devait aboutir à condamner Joseph KABI LA par la déchéance de Muzito, la méconnaissance des alliances et le rejet du budget 2010.
André-Alain Atundu Liongo
La Référence Plus
(DN/Milor/GW/Yes)