Dans son intervention faite devant la tribune de l’Assemblée nationale pour apporter sa contribution, au nom du Groupe des parlementaires indépendants (Gpi), au débat général relatif au Budget pour l’exercice 2010, l’honorable Modeste Bahati Lukwebo  a invité tous ses collègues à déclarer recevable ce projet, telle une formalité légale, et se joindre à la commission de  l’ECOFIN pour le remodeler et lui donner sa véritable signification.

Le président du Gpi s’est plaint par ailleurs, de la non réalisation des projets à impact visible que les députés soumettent au gouvernement en faveur des populations des différents territoires du pays.

Ainsi donc, étant donné que l’agriculture se trouve être la base de tout développement et que toutes les grandes puissances d’aujourd’hui ont axé leur progrès sur elle et les PME, Bahati Lukwebo tient à ce que le Premier ministre et son gouvernement accordent beaucoup d’importance à ce secteur, pour garantir la sécurité alimentaire des populations congolaises. Ci-après l’intégralité de l’allocution du député Bahati Lukwebo.

Honorable Président, Distingués membres du Bureau Honorables Députés et chers collègues,

L’intérêt que tous les élus du peuple portent à l’examen du Budget et plus particulièrement ceux du GPI qui tenaient tous à  intervenir n’eut été la contrainte de temps, démontre s’il en était encore besoin; que le Budget devrait et doit être un grand rendez-vous de construction du consensus national.

En effet, on ne peut se dire valable représentant du peuple si à chaque présentation du Budget, on ne peut ; réussir à faire inscrire le moindre projet dans un des secteurs vitaux de la Nation.

Mais au-delà d’une simple inscription au Budget, le problème se pose plus en termes d’exécution desdits projets. C’est avec vous tous ici chers collègues que nous avons inscrit au Budget 2007, des projets à impact visible dans toutes les circonscriptions électorales. Quelle n’a pas été notre surprise de voir l’année 2007 rejoindre le cimetière du temps sans qu’un seul de nos projets ne soit exécuté.

Nous ne nous sommes pas découragés et nous avons tenu à     réinscrire les mêmes projets avec encouragement du Gouvernement, cette fois là pour des montants plus élevés. Cela au Budget 2008. Une fois encore au 31 décembre 2008, aucun de nos projets n’a retenu l’attention du Gouvernement.

Toujours têtus et déterminés, nous ne nous sommes pas empêchés de glisser quelques projets ayant une incidence sur l’économie nationale dans le Budget 2009.

Nous avons tous doublé d’ardeur à inscrire dans les interventions économiques et sociales la SNCC, la MIBA, les sucreries de Kiliba, de Mushie Pentane, de Lotokila, les cimenteries de Lubudi, de la Province Orientale, de Katana, les routes d’intérêt national, provincial et local, les adductions d’eau potable, les grandes écoles, les universités et instituts supérieurs, les hôpitaux et tutti quanti.

Je parie que l’année budgétaire 2009 va aussi tirer sa révérence en emportant avec elle tous ces beaux projets qui pourtant ne demandaient pas plus de 5% du budget global de l’Etat. Par contre si ces unités étaient financées, elles auraient contribué à la longue et de manière significative à la croissance économique de notre pays.

Si vous nous voyez, nous les financiers regarder avec dédain tous ces chiffres qui nous sont présentés par le Gouvernement, c’est parce que nous savons que c’est un maquillage et une caresse de plus car depuis trois ans l’exécution du Budget de l’Etat est devenue un véritable mystère.

C’est à se demander en dehors du fonctionnement des Institutions et de l’enveloppe des rémunérations, qui bénéficie des paiements de l’Etat. Tout le monde se plaint, les opérateurs économiques se plaignent, les prestataires se plaignent, les provinces se plaignent de l’insuffisance des rétrocessions et chose plus grave, la plupart des ministres se plaignent aussi.

Le Gouvernement n’a que deux prétextes : la guerre de l’Est et la crise financière internationale.

Si au 12 octobre 2009 aucun projet d’investissement de l’Assemblée Nationale n’est financé, que dire des autres Institutions qui n’ont aucune ascendance sur le gouvernement.

J’ai vu des collègues s’exclamer à 1a lecture des crédits proposés par le Gouvernement pour les secteurs de l’éducation, de la police, de la défense et de l’Agriculture qui tous réunis n’atteignent pas la moitié des 203 milliards de fc prévus pour le fonctionnement des ministères.

J’ai failli y ajouter le fait que la route de 200 km seulement reliant les Villes de Bukavu et Goma ainsi que l’aéroport de Kavumu/Bukavu n’ont jamais préoccupé le Gouvernement, mais tout de suite je leur ai prodigué un conseil, celui de ne pas se donner la migraine pour rien car même les frais de fonctionnement des ministères ne sont jamais exécutés au-delà de 50%.

C’est une véritable torture morale à laquelle nous sommes soumis à chaque fois que le Gouvernement nous dépose un projet de Budget. A force de parler et d’élever la voix, le Député qui est soumis à une sorte de liturgie où il faut répéter sans fin les mêmes versets, les mêmes strophes, les mêmes refrains; ce dernier, le Député, est le plus grand perdant dans ce marché de dupes car la population reconnaît, mais ne connaît pas le Gouvernement.

Elle ne voit que la personne qu’elle a élue et qui doit répondre à toutes ses préoccupations. En fait, le refus délibéré du Gouvernement d’exécuter les projets présentés par les Députés, n’est rien d’autre que la livraison du Député à la colère et au mépris de la population pour sa disqualification avant échéance.

Nous croyons aider le Gouvernement à relever la croissance en inscrivant tous ces projets au Budget mais hélas, l’argent de l’Etat est privatisé. Je me demande comment peut-on négliger des secteurs productifs comme celui de l’agriculture et espérer lutter contre la crise alimentaire.

Monsieur le Premier Ministre oublie-t-il que l’agriculture est la base de tout développement? Toutes les grandes puissances d’aujourd’hui ont axé leur progrès sur l’agriculture et les PME. Ces PME qui sont étouffées par le Gouvernement qui refuse d’allouer et de libérer des ressources suffisantes au paiement des fournisseurs locaux et qui ne réserve qu’une minime part à la dette intérieure alors que la dette extérieure s’empare du gros de nos ressources financières internes grâce au jeu de mirage.

Oui un véritable mirage auquel on convie notre peuple en lui disant : mobiliser les recettes internes pour payer la dette extérieure ensuite dans six mois nous effacerons entre 80 et 90% de la dette. C’est ce qu’on appelle le point d’achèvement. Ah! Ce mystère auquel,  seuls les illuminés croient. Et dans cette course-poursuite vers le point d’achèvement, on se livre à un jeu du chat et de la souris : de six mois on passe à  six mois supplémentaires, de six à six jusqu’à l’infini.

Entre-temps, les ressources qui auraient servi aux infrastructures, à la distribution de l’énergie, à l’équipement des écoles et des hôpitaux, à l’amélioration des conditions des agents et fonctionnaires de l’Etat sont sucés à la source.

Plus grave, certains partenaires extérieurs promettent des lignes de crédit qu’ils ne libèrent pas au finish.

A cause des malentendus, des calculs individuels et des soupçons inutiles, le Gouvernement se prive des moyens importants dans le secteur du pétrole et du gaz.

Or ce sont ces secteurs qui peuvent nous permettre de réaliser des ressources internes dépassant les 15 milliards de dollars américains. On dirait une sorte de malédiction comparable à celle d’une vielle maman assise sur un puits de diamants, mais qui est en train de quémander l’aumône.

Je ne m’attendais pas à ce que le budget de notre dernier exercice d’activité puisse ressembler à celui-ci, mais heureusement que la Constitution a fait de nous l’autorité budgétaire et donc j’invite tous les collègues à déclarer recevable ce projet, telle une formalité légale, et se joindre à nous à l’ECOFIN pour le remodeler et lui donner sa véritable signification. J’ai dit.

Honorable Bahati Lukwebo Modeste

(CL/PKF)

C.L./MMC