Débandade dans le camp de la défense de J.P. Bemba à la CPI à la suite de l’abandon des avocats étrangers du leader du MLC incarcéré à La Haye pour cause de non paiement des honoraires dus pour leurs prestations de plaidoirie de la cause de leur client
Pierre Legros et Karim Khan, lequel a défendu Charles Taylor jusqu’en 2007, tous deux membres de la défense du leader du Mlc, ont déposé leur démission. Justifiant son acte, le premier s’est contenté de faire savoir que la défense lui paraissait suffisamment fourrue. Ce qui parait douteux, puisqu’il ne reste plus au sein du collectif que deux avocats congolais, Kwebe Liris et Aimé Kilolo. C’est en définitive Karim Khan qui a levé le coin de voile sur leur démission. Il a affirmé n’avoir pas reçu ses honoraires depuis janvier 2009. C’est là le fond de l’affaire.
Les biens et les avoirs de Bemba étant gelés, particulièrement au Portugal en Belgique, ce dernier ne sait plus faire face aux notes des frais trop onéreux de ses avocats étrangers. Logiquement, la Cpi devait voler à son secours en vue de lui assurer une défense stable. Malheureusement, il se pose un problème théorique. Bemba n’est pas considéré comme un indigent par la haute cour. Partant, celle-ci lui a refusé toute aide financière.
Au sortir, de l’impasse, l’audience du 7 octobre consacrée à l’élaboration du calendrier du procès de Bemba, s’est penchée sur la question au passage. Il a ainsi été suggéré que la Cpi consente à lui accorder une avance remboursable. On envisage dans ce cas qu’il vende une de ses propriétés. La greffe devrait statuer rapidement sur la question. Mais en attendant, comme ci-haut souligné, ce sont les congolais Aimé Kilolo et Kwebe Liris qui continuent d’assurer la défense de Bemba à titre gracieux.
Il faut dire que la démission des avocats étrangers porte un sérieux coup à la défense de l’ancien vice-Président. Non pas que l’on doute des capacités des Congolais commis à la tâche, mais que l’on préfère plutôt demeurer réaliste. On ne cessera jamais de le répéter, en matière de procès au niveau international, la renommée comme le cursus des avocats peut à lui seul permettre d’établir une différence substantielle. Le nombre d’heures de travail qu’a accumulées un avocat, la qualité de dossiers dans lesquels il est déjà intervenu, leur ampleur ainsi que leur aboutissement comptent pour beaucoup.
Une histoire des caïds
Surtout lorsque l’on se trouve, comme c’est le cas pour Bemba, en face d’une accusation constituée de redoutables renommées. Le Palmarès a eu à donner un aperçu détaillé de chaque membre de l’accusation. Le moins que l’on puisse en retenir, c’est que Moreno O’Campo est appuyé par une équipe de durs à cuire. En effet, à côté de sa longue expérience dans la traque du crime en Amérique latine, on retrouve deux autres experts internationaux dont un anglais et un belge. Le premier a même presté comme conseil de la reine d’Angleterre, c’est vous dire, pendant que le second est un officier consommé de la police criminelle. A cet aréopage d’experts vient s’ajouter l’africaine Fatou Ben Souda dont la maîtrise dans la répression des crimes sexuels est prouvée.
Le moment est vraiment mal choisi pour dégarnir la défense de Bemba. Face à un duel qui s’annonce impitoyable, la bonne foi et même le zèle d’Aimé Kilolo et de Kuebe Liris n’y pourront rien. Il faut reconnaître que le décès inattendu de Papa Jeannot Bemba aura été pour beaucoup dans ce triste dénouement. Il savait user à la fois de son entregent et de son charisme pour maintenir une défense étrangère souvent capricieuse et susceptible. S’il était en vie, sans doute qu’il aurait donné crédibilité en gage en vue de maintenir les deux démissionnaires.
L’heure est grave. Aimé Kilolo et son collègue doivent en mesurer pleinement l’intensité. Ce n’est vraiment pas le moment de musarder ou de s’illustrer dans des shows médiatiques ou politiciens qui n’ont aucun mérite sinon de venir nourrir l’ego du club des onanistes nationaux. A cet effet d’ailleurs, votre quotidien (Le Palmarès) avait interpellé la défense dans son édition n° 4655 du 13 octobre courant en de termes qui, aujourd’hui, n’en paraissent pas moins prémonitoires.
Mais attention, car point n’est besoin de tirer des plans sur la comète dans cette affaires. Ni de tenter de verser dans la surenchère politicienne. Partant, annoncer que la libération de Bemba va intervenir prochainement ainsi que son acquittement complet relève d’un exercice purement onirique. Celui-ci n’a rien à avoir avec la réalité, même si l’infraction pénale individuelle n’a pas été retenue à charge de Bemba. Pour autant qu’à elles seules, les trois charges retenues contre lui, à savoir : l’infraction morale, en tant que chef militaire, le crime de viols et de pillages ainsi que celui de meurtre n’en sont pas moins lourdes. Chacune culmine entre 20 et 30 ans d’emprisonnement.
On ne voit donc pas où Aimé Kilolo va puiser son refrain triomphaliste. De toutes les façons, beaucoup sont ceux qui ont eu à interpeller la défense de Bemba en ce qui concerne le vedettariat médiatique improductif. La libération comme l’acquittement de son client n’a rien à avoir et n’en a d’ailleurs nullement besoin, avec les déclarations d’intentions. Il ne faut surtout pas espérer ni croire que la CPI puisse s’émouvoir, même de manière passagère, devant toute forme de pressions à caractère politique.
Cela dit, personne ne comprend en tout cas pas ce qu’irait faire un avocat, technicien par essence, dans un meeting politique à moins que la défense du sénateur Bemba n’ait décidé de masquer ses faiblesses techniques derrière un engagement politique passionnel. L’heure est plutôt celle de se concentrer sur le dossier en vue d’en déceler les failles et de réussir à faire démentir tous les assauts de Moreno. Sinon, par son attitude frisant la capitulation, la défense de Bemba donne de l’eau au moulin de Moreno O Campo. Affaire à suivre.
Le Palmarès
(DN/TH/Yes)