Clément Kanku le député auteur de la motion de défiance contre le Premier ministre Adolphe Muzito dénonce une menace de mort qui le viserait, mais faute de preuves convaincantes, son histoire est décriée comme une piètre comédie de mauvais goût
Député du Rcd/N de Roger Lumbala, l’auteur de la motion de défiance contre le Premier ministre Adolphe Muzito, se dit menacé. Selon la Radio Okapi, le député avait tenu un point de presse au cours duquel il aurait fait des révélations.
Il aurait également déclaré que non seulement il serait menacé par des inconnus mais aussi il aurait affirmé qu’un agent des services de sécurité serait passé aux aveux parce que pris en flagrance des explosifs qui devraient servir sans aucun doute à « dynamiter » l’auteur de la motion de défiance contre le Premier ministre. « Le député du MLC (Ndlr : Radio Okapi s’est trompée sur son appartenance politique) Clément Kanku se dit menacé de mort par des inconnus. Il l’a affirmé mardi au cours d’un point de presse au Palais du peuple, précisant qu’un agent des services de sécurité dont il n’a pas révélé l’identité serait passé aux aveux ».
Quel agent de service ?
Le député, toujours selon la Radio Okapi, aurait révélé que l’agent de sécurité en question n’est pas accusé sans preuves. En plus de son aveu, « d’après le député, cet agent des services de sécurité avait été surpris dans sa résidence avec des engins explosifs. L’incident se serait produit il y a une dizaine de jours. Après une semaine de détention, la personne serait actuellement en liberté, selon Clément Kanku. Ce dernier souhaite que les services spécialisés mènent des enquêtes autour de cette affaire, afin d’éviter toute spéculation sur les motivations réelles de la menace dont il se sent l’objet ».
Que penser de ces accusations graves ? Un députe est menacé de mort. Un agent de sécurité est pris en flagrant délit de possession d’explosifs. Non seulement le député qui a réuni la presse pour en parler ne cite pas le nom de cet agent, mais en plus, il n’ose pas faire la liaison entre la possession d’explosifs et les menaces dont il est l’objet. On constate que pour une question aussi importante, le député en a parlé avec désinvolture et complaisance.
Nous pouvons continuer à nous interroger sur la destination de ces accusations. L’agent qui menace le député est passé aux aveux, en plus, on trouve chez lui des explosifs dont la détention n’est pas autorisée. Le député ne nous dit même pas dans quelles circonstances cet agent de sécurité est passé aux aveux ?
Il a été entendu par qui et où ? Comment a-t-on mis la main sur lui et par qui ? On peut également se poser la question de savoir pourquoi, séance tenante, la plénière de l’Assemblée nationale qu’on saisit souvent chaque fois qu’un député est bousculé par un agent de l’ordre n’a pas été saisie. Ce serait donc surprenant que pour une affaire aussi grave, le député se soit contenté d’un point de presse à la sauvette.
A quel service avait été confié cet agent ?
L’agent de sécurité en question serait aujourd’hui en liberté. Bien entendu on ne peut chercher à en savoir plus lorsque son accusateur, à savoir, le député Clément Kanku n’a pas osé dire quel service l’avait appréhendé et par quelle institution carcérale il a été détenu. En outre, le terme « agent » de sécurité est généraliste et ne peut que conduire à la confusion. L’agent en question, était-il un policier, un militaire des Fardc ou des services de renseignement ?
Comme pour s’excuser après s’être rendu compte d’avoir fait des accusations en l’air pour des raisons qui restent à élucider, le députe demande que soit menée une enquête qui, selon lui, devra mener à ce qu’on puisse éviter toute confusion sur la vraie motivation des menaces dont il est l’objet.
Clairement, Clément Kanku sent le ridicule de ces accusations. Nous ne voulons pas dire qu’il les a inventées. Parce que dans ce pays, des Sms anonymes, c’est courant de même des menaces. Il se peut que quelqu’un d’autre, profitant de la situation dans laquelle se trouve le député après sa motion de défiance contre le premier ministre, a pu faire ces menaces. Mais, on se demanderait comment ce quelqu’un a embarqué le député dans cette affaire jusqu’à croire qu’il y a un qui aurait des rapports avec les menaces dont il est l’objet, qui serait un agent de sécurité qui, arrêté, serait actuellement libre ?
Qui pouvait lancer des menaces contre Kanku ?
Qui pouvait à ce jour menacer le député aujourd’hui et pas jeudi ? Pourquoi après la motion de défiance contre le Premier ministre ? Car, quiconque a suivi la prestation médiatique de Clément Nkanku dont la Radio Okapi a rendu compte, lierait ces menaces à la motion. Avant cela, le député passait une vie tranquille dans l’anonymat d’où il a décidé de sortir à l’occasion de cette motion controversée qui n’a pour valeur que sa légalité conformément à la Constitution et au règlement intérieur de la chambre basse du parlement.
Ce n’est pas en sa qualité d’ancien vice-gouverneur qu’il est objet des prétendues menaces. Mais, ce n’est pas par hasard que le confrère de Okapi tient à rappeler que « Ancien Vice-gouverneur de la province du Kasaï-Occidental pendant la transition sous la formule « 1+4 », Clément Kanku est l’initiateur de la motion de défiance contre le Premier ministre Adolphe Muzito. Le débat en plénière de cette motion avait été programmé pour ce mercredi 14 octobre ».
La motion apparaît donc comme la première cause des menaces dont le députe serait l’objet. Car, même si Clément Kanku a déjà été une personnalité politique dans ce pays en sa qualité de vice-gouverneur de la province du Kasaï Occidental à l’époque du partage équitable et équilibré du pouvoir, personne n’oserait fouiller aujourd’hui dans son passé pour trouver d’éventuelles causes de ces menaces.
Dans une certaine opinion, on pense que le député jouerait jusqu’au bout la carte de la popularité. Non seulement il a présenté une motion de défiance contre le Premier ministre – ce qui est son droit le plus normal – mais en plus il veut passer pour la victime. Cette démarche aurait pour but de faire croire à l’opinion que le Premier ministre, puisque c’est lui la victime de la motion, ou encore les services, ce qui démontrerait que tout le pouvoir serait contre la motion, et en voudrait la mort à l’auteur de cette motion.
La coalition sur le banc des accusés
C’est en fait, la coalition au pouvoir qui est sur le banc des accusés. Le député profite de l’embarras dans lequel se trouve la coalition au pouvoir pour fonder son espoir sur le règne du silence. Dommage pour la majorité qui se verra également appliquer la règle de qui ne dit mot consent. Mais si le gouvernement, parce que c’est vers ses services que pèsent des soupçons, ose répliquer, ne fut-ce que pour s’étonner comme nous le faisons de la manière dont le dossier est présenté, on lui appliquera la loi de « libanga na molili... », entendez : « qui se sent morveux se mouche ».
On a encore frais en mémoire la réaction opportune du gouvernement sur les attaques contre les résidences de quelques personnalités du pays, particulièrement du gouvernement. On a épilogue dessus jusqu’à insinuer que le gouvernement en saurait quelque chose sinon il ne lierait pas ces attaques au rôle de témoins dans le procès du sénateur JP Bemba.
A quelque chose le malheur est bon. Il avait fallu qu’éclate cette affaire des menaces pour découvrir les vraies raisons de la motion. Le social du peuple n’est qu’un alibi, un repère pour atteindre les cimes de la popularité. Voilà que l’on a mobilisé toute l’Assemblée nationale et à travers elle tout le pays pour une motion de défiance aux motivations peu nobles. C’est la raison pour laquelle le député a refusé d’adapter sa motion à l’évolution du discours politique du pays. Car le faire l’obligerait à retirer la motion et renoncer à un bon coup de publicité.
Une motion inutile et dépassée
A lire la motion, le député fonde sa décision d’aller jusqu’à la motion de défiance parce que le chef de Etat, en écrivant au Premier ministre pour demander un avis préalable avant d’engager des dépenses, désavouait le chef du gouvernement. Le député Clément Kanku s’est donc offert le beau rôle, celui d’achever ce que le Chef de l’Etat aurait commencé par sa lettre. Il le dit clairement dans sa motion.
Il ne s’est même pas posé une petite question de connaître les motivations de ces introductions. Il se pourrait aussi que le Chef de l’Etat ait pris ces mesures pour protéger le Premier ministre contre tous ceux qui pourraient inscrire les dépenses au nom du Chef de l’Etat. Ce pourrait être une façon de dissuader ces éventuels tricheurs qui, sachant que le Chef de l’Etat est en amont de l’engagement des dépenses, pourraient se décourager. Pourquoi le député Clément Kanku n’avait-il pas vu le problème sous cet angle aussi au lieu de ne voir que le côté désaveu ?
En outre, Clément Kanku croyait à la fronde au sein de la majorité pour lui imposer un comportement qui serait synonyme de scier la branche sur laquelle cette majorité est assise. Clément Kanku faisait ainsi injure à cette majorité à laquelle il colle une image qui ne lui ressemble pas, puisqu’elle l’a démontré plus d’une fois. Maintenant que toutes les conditions de dédramatisation ont été réunies, il faut craindre que ce soit plutôt l’auteur de la motion qui se trouvera sous la menace réelle, celle-là, du ridicule.
Joachim Diana G/L’Avenir
(TN/Milor/Yes)