La brutale chasse à l’homme que les Angolais ont menée sur leur territoire contre les immigrés congolais déclarés en situation irrégulière est une triste histoire de scandaleuse xénophobie telle que le rapportent certaines victimes des exactions déplorées
« Des policiers m'ont réveillée à 4H00, ils ont déchiré ma carte de résident et m'ont emmenée dans un cachot où j'ai été violée, avec d'autres femmes avant d'être expulsée », raconte Bibi, une Congolaise chassée d'Angola vers la RD Congo en début octobre. Selon l'ONU, plus de 16.000 Congolais ont été recensés dans le Bas-Congo, expulsés d'Angola depuis août, surtout de l'enclave du Cabinda, située entre la RDC et le Congo-Brazzaville sur l'océan Atlantique. En guise du principe de réciprocité, réaction, la RDC a entamé fin septembre, l'expulsion de milliers d'Angolais.
Ces derniers jours, les opérations se sont accélérées de chaque côté, mais mardi les deux pays ont décidé conjointement de les suspendre. A Yema, une ville située à plus de 600 km au sud-ouest de Kinshasa, près de la frontière du Cabinda, les expulsés sont arrivés chaque jour par centaines, traumatisés par les traitements brutaux des forces de l'ordre angolaises lors de leur interpellation et détention.
Sur un parking devenu un vaste centre d'accueil, des familles refoulées s'entassent dans la promiscuité. Abritée sous un baraquement de bambous couvert de palmes, Bibi, 23 ans, vendeuse de friperie au marché de Cabinda, s'est retrouvée à Yema le 8 octobre. "Je savais que la rushka (ndlr expulsion) faisait rage, mais quand on a toqué à ma porte, j'étais loin de m'imaginer ce qui allait m'arriver. Ce sont les dredas (ndlr bandits) qui indiquent aux policiers les habitations des Congolais, avec ou sans-papiers et nous ont dépouillés de nos biens", raconte-t-elle à l'AFP, les larmes aux yeux.
"Si je tenais vraiment à ce que j'ai amassé à Cabinda, j'aurais perdu ma vie. J'ai vu des gens tabassés et mourir pour leurs biens", affirme-t-elle. Elle se retrouve maintenant "démunie" au Congo qu'elle avait fui à cause "du chômage et de la pauvreté". Comme elle, Nicolas Ndaye, ingénieur-informaticien, garde un "très mauvais souvenir des Angolais" après son séjour de trois ans à Cabinda. Installé à l'arrière d'une camionnette qui le ramène de Yema à Muanda, ville côtière sur l'Atlantique, il fulmine. "J'ai sillonné le monde, mais ce que j'ai vécu à Cabinda est un enfer, et pourtant j'y ai formé des informaticiens, investi 3.200 dollars et je détiens une carte consulaire. J'ai tout perdu, il ne me reste plus que la tenue que je porte.
J'ai été jeté dans un camion à benne basculante bondé d'au moins 400 personnes, séparé de ma famille", raconte l'homme proche de la cinquantaine, vêtu d'un simple short beige et d'une chemise. Il affirme avoir dénombré "six morts, des personnes éjectées du véhicule qui roulait à vive allure" vers la frontière. "Ma femme m'a rapporté le viol collectif des femmes dans la cellule où elle était détenue avant son refoulement", ajoute-il.
Hagard, Jean-Claude Molo, 35 ans, vivait depuis 7 ans à Soyo, la ville angolaise frontalière de Banana, près de l'embouchure du fleuve Congo. Il a été l'un des 120 passagers d'une pirogue motorisée réquisitionnée par le service d'immigration angolaise qui a accosté samedi au port maritime de Banana. "J'ai été arrêté à 14h00 alors que je vendais des layettes au marché.
Les policiers m'ont dit que ma carte de résident ne les intéressait pas, ils m'ont déshabillé, déchaussé et pris mes 7.000 kwanza (monnaie angolaise, 60 dollars) avant de me conduire au cachot", explique-t-il, pieds nus, vêtu d'un short bleu et d'un polo blanc sales.
Selon un policier congolais des frontières interrogé à Yema, plusieurs expulsés ont été blessés et d'autres tués lors de leur détention ou de leur refoulement.
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(DN/TH/GW/Yes)