fouleLes délégués congolais et angolais en concertation à Kinshasa sur la vague d’expulsions de leurs ressortissants opérées de part et d’autre des frontières de deux Etats ont rendu, leurs conclusions. Il ressort de leur communiqué conjoint à l’issue des échanges de deux jours, soit du 12 au 13 octobre, la nécessité d’organiser une réunion de la « Grande commis­sion mixte bilatérale » qui se tiendra à Luanda, en Angola à la deuxième quinzaine du mois de novembre.

Entre-temps, les deux délégations ont pris l’engagement, à travers leurs gouvernements respectifs, de lutter contre l’immigration illégale, le trafic d’êtres humains, de drogue et d’une manière générale, contre la criminalité transnationale...


1. A l’initiative de leurs Excellences Messieurs José EduardoDos Santos, Président de la République d’Angola et Joseph Kabila Kabange, Président de la République Démocratique du Congo, et dans le cadre de bonnes relations existant entre les deux pays et leurs peuples respectifs, une dé­légation gouvernementale multisectorielle de la Répu­blique d’Angola a effectué une visite de travail à Kins­hasa, du 12 au 13 octobre 2009.

2. Dès son arrivée, la délégation angolaise, con­duite par Son Excellence Monsieur Georges Rebelo Pinto Chikoti, Vice-ministre des Relations Extérieures, a été reçue en audience par le Président de la République Démocratique du Congo, le 12 octobre 2009, au Palais présidentiel, au cours de la­quelle un message écrit de Son Homologue angolais lui a été remis.

3. Préoccupé par la situation créée par les ex­pulsions, le Président de la République Démocratique du Congo, a invité la délé­gation angolaise à rencon­trer sans délai une déléga­tion ad hoc de la République Démocratique du Congo.

4. Les deux déléga­tions, dont listes en annexe, se sont réunies le 13 octo­bre 2009, au Ministère des Affaires Etrangères de la République Démocratique du Congo.

5. Lors de cette ren­contre, les deux délégations ont loué l’excellence des relations existant entre les deux pays. C’est la raison pour laquelle elles ont re­gretté les récents incidents migratoires survenus entre les deux pays. Dans ce con­texte, les questions d’intérêt commun ont été abordées, avec une particulière atten­tion sur les problèmes liés aux expulsions.

6. Ainsi, les délégations de la République Dé­mocratique du Congo et de la République d’Angola ont pris l’engagement d’arrêter immédiatement les expul­sions des citoyens de leurs Etats respectifs.

7. Le processus d’expulsion des immigrés illégaux devra désormais se faire sur base des con­certations préalables, du res­pect des droits humains et conformément aux accords qui existent entre les deux pays et autres instruments internationaux relatifs aux questions migratoires. Les deux parties s’engagent également à apporter aux refoulés protection et sécu­rité y compris celles de leurs biens.

8. Les deux délé­gations ont décidé de coo­pérer dans le sens de ren­forcer les mécanismes de concertation afin de conju­rer l’immigration illégale en République Démocratique du Congo et en République d’Angola.

9. En vue de pré­senter les liens tradition­nels d’amitié, de fraternité et de coopération, les deux délégations conviennent, à travers une collaboration étroite et franche, de lutter contre l’immigration illégale, le trafic d’être humains, de drogue et d’une manière gé­nérale, contre la criminalité transnationale, en adoptant des mesures préventives de nature à décourager ces pratiques illégales, à partir de leurs territoires par leurs citoyens respectifs ou par ceux des pays tiers, vers le territoire de l’autre.

10. Les deux délé­gations ont  fixé à la deuxiè­me quinzaine du mois de novembre 2009 la réunion de la Grande Commission Mixte Bilatérale qui se tien­dra à Luanda. La confirma­tion des dates sera faite par voie diplomatique.

11: Les deux délé­gations ont apprécié l’esprit élevé des deux Chefs d’Etat de voir leurs peuples vivre en éternelle fraternité. C’est ainsi qu’ils lancent un appel pressant à leurs populations respectives, pour maintenir le calme et l’esprit de fra­ternité qui a toujours carac­térisé les relations entre la République Démocratique du Congo et la République d’Angola.

santos12. Au terme des travaux, Son Excellence Monsieur Georges Rebelo Pinto Chikoti, Vice-ministre des Relations Extérieures de la République d’Angola a, au nom de sa délégation, remercié le Gouvernement et le peuple de  la Républi­que Démocratique du Con­go pour l’accueil fraternel et chaleureux qui lui a été ré­servé.

A cet effet, il a ex­primé toute sa gratitude au Président de la République Démocratique du Congo, Son Excellence Monsieur Joseph Kabila-Kabange, pour toutes les marques de sollicitude qui ont permis la tenue des travaux.
13. Les travaux se sont déroulés dans un climat empreint d’amitié, de fraternité et de convivialité.

14. La délégation congolaise était conduite par Son Excellence Mon­sieur Ignace Gata Mavita, Vice-ministre des Affaires Etrangères.

L’Angola à l’épreuve de la bonne foi

Au terme des concertations de Kinshasa entre officiels angolais et congolais, en marge l’escalade des expulsions réciproques de leurs ressortissants, la leçon à en tirer est que la République Démocra­tique du Congo devrait se tenir désormais sur ses gardes. Chaque jour qui passe devra constituer maintenant l’occa­sion de tester la bonne des autorités angolaises dans l’observation des règles applicables en matière de ratissage des « clandestins » congo­lais.

Le ras le bol des Congolais est si fort qu’ils veulent ceux qui les gouvernent ne plus se montrer naïfs face aux discours laudatifs autour des relations sé­culaires d’amitié et de fraternité entre les peu­ples congolais et ango­lais. En effet, les faits ont suffisamment dé­montré la mauvaise foi des autorités angolaises dans le traitement des dossiers des immigrés congolais, que l’on re­foule périodiquement et massivement au gré de ce qui parait comme un mouvement d’humeurs.

La future grande Commission mixte con­golo-angolaise tombe à point nommé pour le pouvoir politique de Kinshasa, qui doit la mettre à profit pour clari­fier, une bonne fois pour toutes, la question ré­currente de ses citoyens qui passent de l’autre côté de la frontière pour des sous-hommes, malléables et corvéables à merci. Nos compatriotes ont tellement souffert des caprices des autori­tés tant civiles que mi­litaires angolaises, dans nos provinces frontalières avec l’Angola comme sur le territoire angolais qu’ils ont besoin d’être rassurés.

Les Congolais voudraient savoir si le prix à payer pour l’effort de guerre angolais au Congo devrait se voir traduire, par des expul­sions intempestives, des brimades à répétitions, la saisie des fonds et ef­fets personnels de leurs frères et soeurs ayant choisi ce pays comme leur seconde patrie, des invasions militaires de leur pays, l’exploitation unilatérale du pétrole dans la Zone d’Intérêt Commun sur la côte de l’Océan Atlantique, etc.

Au-delà de la grande Commission mixte congolo-angolaise, nos concitoyens aime­raient voir nos autorités avoir constamment l’at­tention tournée vers les conditions de séjour de leurs frères et soeurs non seulement en Angola, mais aussi dans tous les pays limitrophes, ou ils sont souvent perçus comme des apatrides.

La leçon des dernières expulsions des Congo­lais d’Angola doit être suffisamment digérée et servir d’alerte au devoir de vigilance permanente de la part du gouverne­ment congolais.

Kimp/Le Phare


(DN/Milor/GW/Yes)