gouvernementC’est  un secret de polichinelle, l’am­biance est de plus chaude à la chambre basse du parlement, depuis la rentrée parlementaire de septembre. Outre la mo­tion de défiance contre le Premier ministre, Adolphe Muzito qui représente l’un des arriérés de la session de mars dernier, l’examen du budget pour l’exercice 2010 constitue un enjeu capital tant pour la majo­rité que l’opposition parle­mentaire et aussi un test d’aptitude important pour le chef du gouvernement.

De tous les temps, la ques­tion du budget a constitué un brûlot dans la mesure où la minorité en a souvent pris prétexte pour se faire l’avocat des fonctionnaires, des gagnes-petits et des secteurs considérés comme ceux des laissés ­pour compte ravivant ainsi les rancœurs du front so­cial. Or, la majorité est ap­pelée forcément à se défendre pour ne pas se faire hara-kiri. Le boycott sa­medi et lundi de la plénière par une frange de la mino­rité est un signe probant.

De la capacité du pré­sident de l’Assemblée na­tionale à calmer le jeu, à tempérer les ardeurs des uns et des autres dépend nécessairement le compro­mis sur des questions aussi brûlantes. Vital Kamerhe, le prédécesseur d’Evariste Boshab, a fait son temps avec son particulier style de sapeur-pompier lorsqu’il s’agissait d’éteindre le feu qui tentait de brûler la case. Et ça lui arrivait, dans la plupart des cas, a faire entendre raison à toutes les parties dans l’intérêt de la démocratie. Heureusement que l’actuel speaker a pu récupérer la situation en tentant mardi lors de la réunion des présidents des groupes parlementaires de renouer les deux bouts.

Face aux enjeux de l’heure, il y a un fait à si­gnaler : certains ténors de la majorité se fourvoient en rejoignant les positions du camp de l’opposition à l’heure où celle-ci fait bloc. Cette attitude remet en cause, d’une part, les op­tions fondamentales de la majorité et, d’autre part, la participation de ses acteurs dans les institutions répu­blicaines telles que le par­lement et le gouverne­ment.

Avant même la der­nière rentrée parlemen­taire, l’Arc et le Rcd-Kml donnent le ton en préco­nisant publiquement l’évaluation de l’accord signé entre l’Amp et le Palu, l’ « ajustement institution­nel et ensuite la restruc­turation de l’Alliance pour la majorité présidentielle (Amp). C’est la goutte qui a fait déborder la vase.

Les déclarations faites par ces deux partis alliées au sein des Forces du renouveau, pourtant membres de la majorité, ont fait couler beaucoup d’encre. Et non sans raison, un analyste avisé estime que si la fracture de la majorité perdure, elle ris­que de coûter cher. En clair, cela voudrait dire que la persistance de cette attitude présagerait de gra­ves inconnues. Qu’est-ce qui pourrait, des lors, se passer au cas où cette composante n’arriverait guère à prendre ses marques et s’alignait der­rière les positions du camp adverse ?

Une épreuve à éviter
 
Dans les circonstances actuelles où l’opposition semble dicter sa loi à une majorité parlementaire in­capable d’imposer son lea­dership, où la minorité est décidée à malmener le gouvernement, le pire est prévisible. Tout peut donc arriver ! Tous les scénarios soient-ils suicidaires se­raient possibles. Soit ce mouvement provoque for­cement une recomposition du paysage politique soit, dans le pire des hypothè­ses, le président de la Ré­publique, en sa qualité de garant de la nation, dissout l’Assemblée nationale.

Ce qui, logiquement, en ap­pellerait à l’organisation des élections anticipées. Hypothèse peu souhaita­ble. Avant qu’on en arrive ­là, toutes les parties doi­vent s’assumer en toute responsabilité car, per­sonne ne sera alors épar­gnée. C’est une épreuve de plus qu’on peut éviter pour la consolidation de la jeune démocratie congolaise en­fantée dans la douleur.

La République


(DN/Milor/CL/Yes)