muzitoC’est samedi, aujourd’hui. Le grand oral auquel est soumis le premier ministre devant l’Assemblée nationale autour du budget de l’Etat 2010 sera, à tous points de vue, un non événement. Ni la mobilisation des médias publics, ni les applaudissements des partisans ne changeront rien au verdict populaire. Pour les initiés, les prévisions des dépenses et des recettes ont tout pour conforter le peuple dans le désespoir. Le gouvernement semble bien au bout du rouleau. Hélas !

Budget de l’Etat 2010 ? Encore des discours. Rien que des discours. La sentence, on le devine, sera dure. Sans équivoque. L’issue de la palabre parlementaire de ce jour, ayant au centre des débats la défense du budget de l’Etat 2010 par le premier ministre, ne fait pas mystère.

Alors que « le Premier » s’escrimera du haut de la tribune du Palais du peuple pour tenter de faire avaler aux 500 députés « l’exploit du gouvernement Muzito » consistant, selon lui, en la présentation « pour la première fois » au pays d’un budget de 5,3 milliards de dollars !

Les Congolais, en général, ne sont plus les enfants de chœur. Encore moins les élus du peuple. Le premier ministre devrait se le rappeler. Autrement, il se le fera rappeler en des termes si forts que son week-end en famille sera hypothéqué. Car, parler d’un budget de l’Exécutif congolais dépassant les 5 milliards de dollars est une utopie. Une cible réellement désirée, mais pratiquement jamais à portée de la main.

De la peine à convaincre

En réalité, le gouvernement compte encore sur la générosité des partenaires extérieurs, lesquels ont leurs propres agendas, leurs propres priorités, leurs massacrantes conditionnalités. Cela ne dissuade pas Kinshasa à leur faire une cour assidue, sollicitant dans la foulée 56% d’apports extérieurs pour boucler son budget national.

En filigrane, le Premier, sans porter des gants, dénonce au nom du gouvernement la rapacité des agents des services étatiques générateurs des recettes. Ces derniers s’illustrent, contre vents et marées, par une opposition farouche à la politique de mobilisation et canalisation des recettes publiques vers le compte du Trésor. Certes, les administrations publiques sont connues et reconnues pour leurs dérapages en la matière. Leurs animateurs sont là, sans blâme, sans sanction. Serait-il pour autant offensant de prévenir l’opinion publique qu’en dépit de « brillantes interventions » à l’Assemblée nationale ce samedi, les 44% de ressources internes annoncées ne sont là qu’à titre de propagande. Sans aucun lien avec la réponse aux attentes, nombreuses et variées, des populations.

Un fait est certain. Adolphe Muzito aura beau développer sa rhétorique et son charme, il aura de la peine à convaincre les députés et, à travers eux, les électeurs. Il ne pourrait pas ne pas utiliser des alibis afin de se dédouaner. Ou, à tout le moins, de charger les autres acteurs.

Situation Kafkaïenne

Pour le petit peuple, en fait la majorité de la population, le Budget de l’Etat déclaré « pro pauvres » s’articulerait autour des axes suivants : la revalorisation des salaires dans tous les services publics de l’Etat, le paiement de la dette intérieure et la relance de la production, la création des emplois, la facilitation d’accès généralisé aux soins médicaux, la réhabilitation et la construction des routes de desserte agricole, l’application de la disposition constitutionnelle garantissant la gratuité de l’enseignement élémentaire, etc.

Malheureusement, eu égard à la modicité des ressources que prévoit de collecter le gouvernement, tous les « chantiers prioritaires » ci-dessus cités demeureront des vœux pieux. Des idées floues. Des projets mirobolants sujets à des reports permanents, cycliques, d’une année budgétaire à l’autre. Un florissant fonds de commerce, néanmoins, pour des démagogues de tout poils et de tout acabit.

Cette année plus qu’avant, du fait des effets conjugués de la crise financière internationale et du contexte délétère de l’économie nationale, la situation de la RDC est on ne peut plus kafkaïenne. Aucune promesse à l’horizon. Tout semble bloqué. Le gouvernement vogue sur un fil de rasoir. Dans deux ans, les élections générales. Loin de l’optimisme béat et du pessimisme ravageur, le peuple congolais choisit d’être plutôt réaliste. Il refuse de nager entre espoir et désespoir.

Certes, demain, avec ou sans le budget de l’Etat, sa paupérisation grandissante pourrait lui servir de levier pour décider, en âme et conscience, qui élire pour répondre à ses préoccupations existentielles.

Le Potentiel


(TN/TH/GW/Yes)