Le Parlement est en session budgétaire depuis le 16 septembre dernier, mais une motion de défiance contre le Premier ministre menace d’emporter le gouvernement de la République avec la complicité inconsciente de certaines brebis égarées d’une Majorité qui paraît avoir perdu ses repères !
Le Premier ministre Adolphe Muzito qui a déjà déposé le budget 2010 devant le Bureau de l’Assemblée nationale a, au-dessus de sa tête, deux épées suspendues. La première fait suite à la vérité des chiffres contenus dans ce projet de budget gouvernemental pour l’exercice 2010, et la seconde a trait aux attaques en règle que l’Opposition entend lui réserver sur l’ensemble de l’action gouvernementale qu’elle juge totalement négative. Ses diatribes, l’Opposition les a consignées dans la motion de défiance rédigée par le député Clément Kanku, motion en souffrance sur le bureau de la Chambre basse depuis la dernière session ordinaire qui s’est clôturée au mois de juillet.
Ce samedi 10 octobre, Adolphe Muzito affronte donc les élus du peuple pour défendre les prévisions de son budget pour le prochain exercice gouvernemental. Ce sera sans doute un prélude à ce qu’il attend au cours de la plénière réservée au débat sur la motion Kanku. Contrairement à ce que d’aucuns pourraient redouter, Adolphe Muzito n’entend nullement faire du déplacement de samedi sous l’hémicycle de la Chambre basse comme d’un voyage à Canossa. Nenni !
Même s’il sait d’expérience que les patates seront sans doute chaudes, parce que les hérauts de l’Opposition feront comme à leur habitude montre d’un scepticisme congénital de mauvais aloi sur l’ensemble de l’argumentaire qu’il va leur développer pour faire valoir son projet de budget, Muzito sait aussi d’expérience que ses pourfendeurs se saisiront de cette occasion pour lui tailler des croupières impitoyables, de manière à lui donner un avant-goût de la plénière qui sera consacrée quelques jours plus tard à leur motion de défiance.
Qu’à cela ne tienne, le Premier ministre est déterminé à afficher un optimisme prudent tout de même sur la tournure des débats qui vont entourer les discussions attendues sous l’hémicycle de l’Assemblée nationale au cours du débat sur le budget 2010.
Il ne se fait pas d’illusions, en pensant que les débats qui s’ensuivront vont être de simples exercices de rhétorique, loin s’en faut ! Adolphe Muzito s’attend même à de pires invectives. Non seulement de la part des élus de l’Opposition mais aussi de quelques-uns de leurs collègues de la Majorité qui ne manqueront pas de leur emboîter le pas, par suivisme peut-être pour certains. Par un déficit de conviction regrettable pour certains autres assurément !
Les uns et les autres trouveront, certes, l’occasion belle pour lui chercher des poux sur la tête et déclarer que ce budget est anti-social. Et patati et patata ! La rengaine n’est que trop connue. On l’a chantée sous l’hémicycle lors de la défense du budget précédent. Il serait étonnant qu’ils oublient de la reprendre cette fois-ci, alors que le contexte a nettement changé, et que le gouvernement s’est visiblement donné de l’ambition dans ce programme. Il faut vraiment mettre des œillères pour refuser d’en apercevoir les évidences.
Et d’ailleurs bon nombre des élus du peuple toutes tendances confondues font chorus avec le Premier ministre pour reconnaître que ce budget a la particularité d’être volontariste et tranche avec les habitudes en vigueur dans le pays depuis des lustres. A preuve, ce budget, estimé à 4 mille 488,3 milliards de francs congolais, soit 5 milliards de dollars Us, se présente en équilibre en recettes et en dépenses. Soit, par rapport au budget précédent, un taux d’accroissement nominal de 53,6 % !
D’autres raisons expliquent l’optimisme qui est de mise chez le Premier ministre à quelques jours de la passe d’armes qu’il va avoir avec les élus du peuple. Le réalisme des indicateurs macroéconomiques retenus dans le budget soumis en discussion est plus qu’il ne l’a été l’an dernier parce que ces indicateurs tiennent réellement compte de la contraction de l’économie nationale, mais aussi et surtout des estimations optimistes quant à la relance de la croissance économique dans notre pays, relance fondée essentiellement sur le regain de l’activité minière dont les signes de reprise se multiplient. Ce regain d’activité du secteur extractif signifie que la crise financière internationale est en régression au même moment où s’observe la reprise de la croissance aux Etats-Unis et en Europe.
Mais il y a d’autre part, l’obligation de la maîtrise par le gouvernement du taux d’inflation qui pose problème. Adolphe Muzito devra batailler ferme et faire des efforts d’ajustement budgétaire nécessaire, notamment dans le sens de l’encadrement de la monnaie nationale soumise à des poussées inflationnistes récurrentes en raison des absences des exportations.
Par ailleurs, le financement extérieur aléatoire dans le budget 2010 contraindra le gouvernement à le réserver au budget d’investissement, de telle sorte que lorsque les financements attendus feront défaut, les projets retenus seront gelés, ce qui n’aliénera pas la souveraineté nationale dans la mesure où les dépenses de souveraineté, notamment les rémunérations, sont couvertes par les recettes internes.
Seulement, le Premier ministre se fera fort d’avouer à ses interlocuteurs que le niveau des recettes internes pose problème pour plusieurs raisons. Dont, par exemple, la perte par la DGI des opérations d’immatriculation des véhicules au profit d’une firme allemande, à hauteur de 60 %. Il en va de même du contrat liant l’Ofida à la firme américaine CTC.
En tout état de cause, entre Adolphe Muzito et les élus du peuple, la passe d’armes de samedi 10 octobre se passera sans trop d’appréhension, à condition que les députés de la Majorité résistent aux attraits des chants de sirène de l’Opposition et s’abstiennent d’afficher à la tribune de l’hémicycle leurs discordances. Elles fragilisent leur alliance pour des bisbilles.
Certes, il serait intellectuellement malhonnête de ne voir dans la motion de Kanku que l’aspect négatif qui vise à renverser le gouvernement de la République, par des moyens légaux, il faut le reconnaître ! Mais on aurait tout de même tort de laisser croître l’incohérence dans les rangs d’une alliance qui a le devoir impérieux d’assurer la défense du pouvoir qu’il détient constitutionnellement.
C’est donc plus que jamais le moment de rappeler à l’ordre ceux des membres de la Majorité qui veulent donner à l’Opposition la corde avec laquelle elle doit les pendre collectivement. De quoi à voir dans ce comportement la manifestation d’une impensable inconscience qui tient de la démence politique de la part de gens qui veulent se faire hara-kiri, alors qu’ils peuvent se mettre sous l’arbre à palabres pour laver leur linge sale en famille !
Nous pensons, quant à nous, que, toutefois, ce document de motion de défiance pourrait utilement servir de base de travail aux bonzes de l’AMP et de ses Alliés dans le souci de rectifier le tir et renforcer la crédibilité de l’ensemble de l’action gouvernementale, de manière à rencontrer les attentes de plus en plus exigeantes d’un électorat fortement enclin à la déception. Le bilan que l’on aura à présenter au peuple dans moins de deux ans passe par cette perception, lucide, des obstacles qui jonchent le parcours qui reste à accomplir d’ici-là.
Clément Vidibio/MMC
(DN/CV/Yes)