La République démocratique du Congo ne tourne pas le dos à Paris, Londres et Washington, quand bien même que Pékin ait accordé à Kinshasa, un prêt de 9 milliards USD, a déclaré le gouverneur de la Banque centrale.
Dans une interview accordée à Christophe Boisbouvier de la Radio France Internationale (Rfi), Jean-Claude Masangu Mulongo, gouverneur de la Banque centrale du Congo, parle du prêt chinois, de la légère dépréciation du franc congolais, du cap vers la monnaie unique en Afrique et de tant d’autres sujets d’actualité économique.
R.F.I. : Jean-Claude Masangu, bonjour.
Jean-Claude Masangu : Bonjour.
Depuis deux ans, on parle beaucoup de ce prêt chinois de 9 milliards USD qui risquent de rendetter votre pays et de le couper à d’autres bailleurs de fonds comme le FMI et la banque mondiale. Est-ce que Kinshasa tourne le dos à Washington pour se rapprocher de Pékin ?
Pas du tout. Kinshasa ne tourne pas le dos à Washington. Bien au contraire, nous avons deux objectifs. Le premier sera atteint avec l’assistance des partenaires chinois. Le deuxième, c’est un objectif économique qui sera atteint avec les partenaires occidentaux à travers le FMI et la banque mondiale.
Ce que disent les partenaires occidentaux est que d’un coté vous leur demander d’annuler 10 milliards de dettes et de l’autre vous aller vous rendetter autour de 9 milliards auprès de Pékin ?
C’est ce qu’ils disent. Mais sur le plan technique, nous pouvons trouver des aménagements et nous pensons déjà les avoir trouvé. Donc nous avons fait entrer la garantie de l’Etat congolais sur le projet minier.
Situation que l’Etat congolais ne promet plus de rembourser avec difficultés.
Ce n’est pas tout à fait ça. Nous donnons la garantie sur la partie privée. Donc le projet minier. Mais nous maintenons la garantie sur les projets d’infrastructures. Mais cette garantie n’entrera en vigueur que d’ici 25 ans.
Et le projet d’infrastructures portent sur combien de millions de dollars ?
Trois milliards USD, originellement il portait sur six.
Donc le prêt chinois baisse de 9 à 6 milliards USD ?
C’est bien ça.
Alors, est-ce qu’en fait Kinshasa est obligé de faire un compromis entre les propositions de Pékin et celles de Washington ? Comment gérez-vous ça ?
Il faut un processus pour arriver à avoir un accord. Je pense que le problème de contrat chinois est derrière nous.
Alors, grâce au règlement de ce problème avec quel fonds vous allez contribuer personnellement ? Est-ce que vous espérer atteindre le point d’achèvement d’initiative PPTE pour l’annulation de ces 10 milliards USD de dettes ?
C’était le dernier obstacle majeur. Il faut continuer à travailler. Nous devrions atteindre le point d’achèvement en 2005.
Je me souviens, dans une interview en 2003, vous me perliez déjà de ce point d’achèvement.
Oui. Cette fois-ci, c’est la dernière.
Donc l’objectif prévisionnel c’est pour 2010 ?
C’est pour 2010. Il faut nécessairement qu’on atteigne ce point d’achèvement et ne compter plus sur la dette extérieure. Les fonds qui étaient alloués pour les services de la dette, qu’on puisse aujourd’hui les allouer vers les services sociaux.
Depuis le début de la crise mondiale, il y a un an, les exportations de cuivre et de cobalt sont en chute libre et du coût, le Congo a de moins à moins de devises. Comment faire face à ce problème ?
C’est un problème réel pour la RDC. On a vu comme il y avait une petite reprise de cours de ces métaux.
Mais cela a un impact négatif sur les recettes publiques. Donc, on a de moins à moins de recettes. Pas seulement avec ces produits. Le diamant, c’est pire que le cobalt et le cuivre. Le diamant n’a pas encore repris.
Vous êtes le créateur du franc congolais. C’était en 1998. Vous aviez bien tenu ces francs pendant 10 ans. Mais cette année à cause de la crise, il y a eu une dégringolade de plus de 20%. Est-ce que vous ne pensez pas aujourd’hui que le franc devrait rejoindre une monnaie commune comme le CFA ou la future monnaie commune d’Afrique australe ?
Pas tout de suite. Il faut d’abord qu’on puisse redresser la situation, stabiliser le franc congolais.
Cette monnaie commune à la quelle le franc congolais pourrait adhérer, c’est plutôt celle d’Afrique centrale ou celle d’Afrique australe ?
L’avenir passe évidemment par une monnaie commune. Mais il faut une intégration régionale. Donc le projet n’est pas seulement monétaire. Il faut un projet global.
Dans le cadre de ce projet global, vous pensez que votre pays est plus tourné vers l’Afrique australe ou l’Afrique centrale ?
Le pays devra choisir à terme. Peut-être d’ici deux ou trois ans. Je ne sais pas. En ce qui concerne les critères de convergence sur le plan monétaire et économique ; les critères de gouvernance elles-mêmes. Mais sur le plan politique, nous sommes en Afrique centrale, nous sommes francophones et sur le plan culturel, nous sommes plus proches de l’Afrique centrale que de l’Afrique australe. Donc, ce sont des choses qui vont peser dans la balance.
Donc le financier congolais a des prétendants. Mais pour l’instant hésite. C’est ça ?
Il n’hésite pas. Il n’a pas encore choisi. Attendons lorsque l’Afrique sera forte. Regardez les gents qui produisent du riz pour prendre un exemple de l’Afrique centrale. Pourquoi, par exemple, le Sénégal doit importer son riz du Vietnam alors qu’il pourrait importer son riz de l’Afrique centrale.
Pourquoi le Congo importe-t-il ses tomates ?
Le Congo aussi importe ses tomates, ses oignons et son fromage. Il faut investir dans cette agriculture. Il faut rationaliser, cibler. Il faut de la recherche pour qu’on puisse produire nos propres semences, nos propres engrais de façon à assurer notre autosuffisance alimentaire.
Décryptage de MMC
(CL/Yes)