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Après la marche silencieuse de protestations des journalistes, Evariste Boshab a promis aux professionnels de la presse d’user des moyens constitutionnels pour une clarification sur les assassinats et menaces dont les journalistes congolais sont victimes dans leur propre pays.

La marche silencieuse des professionnels de la presse organisée, jeudi 08 octobre 2009, sur toute l’étendue de la République par l’Union nationale de la presse du Congo (Unpc), a connu un réel succès à Kinshasa.

« Nous sommes parfaitement satisfaits », a confié à Digitalcongo.net Mme Chantal Kanyimbo, présidente de l’Unpc, qui a pris la tête de cette marche avec d’autres grosses pointures de la corporation. « Nous sommes satisfaits dans la mesure où cette marche s’est déroulée dans la discipline et dans l’ordre. Il n’y a eu aucune perturbation », a-t-elle souligné.
 
Ce sentiment de satisfaction se justifie également par le fait que les journalistes ont pu s’exprimer et faire entendre leur voix. « Nous avons reçu une promesse ferme du président de l’Assemblée nationale, Evariste Boshab, qui a promis d’user de tous les moyens constitutionnels pour que justice soit faite aux journalistes victimes d’assassinats et menaces de mort », a indiqué Chantal Kanyimbo.

Cette manifestation était organisée simultanément à travers le pays. A Kinshasa, un échantillon largement représentatif des professionnels de la presse ainsi que des membres des organisations professionnelles de la presse, entre autres, l’Omec, l’Apic, Médias contre Sida, le Syndicat national des professionnels de la presse etc a répondu présent à ce rendez-vous important.

La marche est partie du rez-de-chaussée de l’immeuble de l’Unpc, pour chuter au Palais du peuple en passant par les avenues Colonel Ebeya et ex-Huileries.

Par cette mobilisation, les journalistes entendaient interpeller les dirigeants du pays, afin qu’ils prennent en mains leurs responsabilités au sujet des assassinats et menaces de mort dont les journalistes sont victimes en Rdc depuis quelques temps.

« Trop de journalistes tués, la Rdc ne doit pas être transformée en cimetière des journalistes, Non à l’impunité. Que justice soit faite, Tolérance zéro : il faut démanteler l’industrie du crime »…pouvait-on lire sur les calicots que brandissaient les manifestants.

Selon Mme Kanyimbo, l’Assemblée nationale a été choisie comme point de chute de la marche parce que cette institution comprend en son sein essentiellement les représentants du peuple. En tant qu’organe de contrôle de l’Exécutif, il lui revient d’inciter le gouvernement à accorder tous les moyens nécessaires pour que des enquêtes sérieuses soit entreprises afin que l’on sache qui se cachent derrière ces assassinats et menaces.

La présidente de l’Unpc a lu un mémo contenant les préoccupations des journalistes devant le président de l’Assemblée nationale qui avait à ses côtés quelques membres du bureau dont le premier vice-président Boris Mbuku.

Evariste Boshab a déclaré en réceptionnant ce mémo que le 4ème pouvoir qu’est la presse doit s’exercer. Il a promis d’écrire au gouvernement de manière à ce qu’une clarification soit faite au sujet de ces assassinats et menaces et que les auteurs soient punis dans la rigueur de la loi.

Théodore Ngangu/MMC


MEMO A L’ATTENTION DES HONORABLES PRESIDENTS DE L’ASSEMBLEE NATIONALE ET DU SENAT


CONCERNE : LA SECURITE PHYSIQUE DES PROFESSIONNELS DE LA PRESSE

L’Union Nationale de la Presse du Congo, cadre fédérateur des professionnels de la Presse oeuvrant dans le vaste territoire de notre pays, a la profonde tristesse de s’élever, une fois encore, contre les tracasseries récurrentes de tous genres, dont les journalistes sont fréquemment victimes.

Outre les assassinats répétés des journalistes, une nouvelle pratique s’installe dans les mœurs des détracteurs de la presse congolaise, pratique consistant à l’envoi des messages de menaces de mort par téléphone.

Notre démarche auprès de votre illustre personne entre dans le cadre de notre action visant à interpeller nos dirigeants, afin qu’ils prennent en mains leurs responsabilités, qui devront s’accompagner d’une nouvelle stratégie de sécurisation. Car, l’évaluation de la situation fait frémir. D’autant que les auteurs des assassinats opèrent quasi de la même manière : le journaliste est ciblé, traqué, son emploi de temps et son itinéraire maîtrisés, ensuite survient l’assassinat. Il est alors froidement abattu aux environs de son habitation, et un collègue qui l’accompagne forcé à s’enfuir. Nous pensons que la situation est grave et continue de s’aggraver.

Quelle image présente aujourd’hui la Rd-Congo aux yeux du monde ? Un pays cimetière pour les journalistes. Un regard inquisiteur sur les annales récentes nous ramène à la mémoire la série de ces assassinats :

1. Franck NGYKE du Quotidien « La Référence Plus » et son épouse Hélène MPAKA, assassinés le 03 novembre 2005, juste à l’entrée de la parcelle de leur habitation ;
2. BAPUWA Mwamba, journaliste indépendant, froidement abattu, le 7 juillet 2006, surpris par les tueurs dans sa chambre à coucher ;
3. Serge MAHESHE, Journaliste à la « Radio Okapi/Bukavu », tué le 13 juin 2007 à quelques pas de chez-lui ;
4. Patrick KIKUKU, Photo journaliste de Goma, au Nord-Kivu, tombé sous une pluie de balles tirées à bout portant, le 10 Août 2007, aux environs de sa maison ;
5. MUTOMBO KAHILO, Technicien à la Renatelsat, assassiné à Lubumbashi ;
6. Didace NAMUJIMBO, Journaliste à Radio Okapi/Bukavu, criblé de balles à un mètre de chez lui le 21 novembre 2008
7. Bruno KoKo CHIRAMBIZA, Journaliste à la radio privée, Star, à Bukavu, poignardé le 23 Août 2009 aux environs de son habitation.

Si, jusqu’à présent, la justice rd-congolaise n’est toujours pas parvenue à mettre la main sur les assassins et leurs commanditaires, nous interpellons les pouvoirs publics afin que, grâce à la « Tolérance Zéro », les assassins de Bruno koko CHIRAMBIZA et de tous les journalistes assassinés soient traqués, dénichés et sanctionnés avec toute la rigueur de la loi.

Ainsi, qu’il nous soit donc permis d’interpeller tous les pouvoirs publics afin que les enquêtes sérieuses soient menées, pour que la lumière soit faite, et que la vérité se manifeste sur les assassinats perpétrés contre les professionnels de la presse et sur les menaces proférées tout dernièrement contre :

- Delphine NANUTO (Radio Okapi)
- Caddy ADZULA (Radio Okapi)
- Joly KAMUNTU (Radio Mandeleo)
- Roger KALENGA KAZADI (Antenne A)
- Mamie ILELA (RTNC)

Comment ne pas nous émouvoir face à l’acharnement déclaré contre les professionnels de la presse ? Comment ne pas dénoncer ces pratiques, qui constituent une négation des valeurs démocratiques ?

C’est ici et le moment de soumettre à votre particulière attention ces propos du Directeur Général de l’UNESCO: « Le rôle des médias est essentiel pour garantir une bonne gouvernance. La bonne gouvernance peut pâtir de la corruption qui perturbe la libre circulation de l’information, nuit à la transparence des décisions et décourage une participation accrue au processus décisionnel. Des médias rapportant les faits avec exactitude et professionnalisme sont souvent le seul recours dont dispose la société pour combattre ce fléau ».

La liberté de la presse ne doit donc pas être conçue simplement comme synonyme de droit des journalistes de publier librement les résultats de leurs enquêtes et leurs commentaires. Elle est indiscutablement liée au droit du public d’avoir accès aux connaissances et à l’information.

Peut-on sérieusement parler de « bonne » gouvernance quand la liberté d’expression est attaquée sans relâche dans notre pays ? La bonne gouvernance ne peut exister que si les journalistes sont libres d’informer, d’analyser et de critiquer les politiques et les décisions des pouvoirs publics.

Empêcher le journaliste de faire son travail, d’investiguer et de rendre public ses enquêtes, c’est donner l’impression qu’on à des choses à cacher. Et c’est cette impression qui tend aujourd’hui à s’installer dans tous les esprits.

Afin de donner un contenu au programme « Tolérance zéro », considéré comme étant l’hymne contre l’impunité, nous demandons a l’Etat rd-congolais d’annihiler ce regain de violence par :

  1. Mener les enquêtes sérieuses, traquer les criminels, les poursuivre et les châtier d’une manière exemplaire ;
  2. Faire en sorte que toute personne, quel que soit son rang, citée, de près ou de loin dans ces assassinats soit entendue et condamnée si elle est reconnue responsable ;
  3. Démanteler l’industrie du crime qui s’enracine dans le pays ;
  4. Sécuriser réellement les journalistes dans l’exercice de leur métier.

Nous nous permettrons par ailleurs de retenir votre attention sur les rapports existants entre les Pouvoirs Publics et la Presse en notre pays. Aussi, n’allons-nous épingler ici que la situation malheureuse de la dotation gouvernementale de 2 millions de $ US d’aide directe à la presse.

Durant deux années budgétaires successives, 2007 et 2008, si cette somme avait bien émarge, jamais ne s’était-on investi pour la libérer. Cela, nonobstant la promesse ferme du Chef de l’Etat exprimée au cours d’une conférence de presse.

L’analyse de l’évaluation de ce dossier a permis de comprendre qu’il se trouve au sein du gouvernement de la République, des personnes qui torpillent les bonnes intentions entretenues au Sommet de l’Etat.

La volonté du Président de la République comportait ses bonnes idées de se conformer aux obligations constitutionnelles (Article 24 de la Constitution). Nonobstant cela, nous sommes, nous, professionnels de la presse oeuvrant en République Démocratique du Congo, encouragés de savoir que par notre travail quotidien de sensibilisation, nous avons permis que se tiennent les élections libres et démocratiques ayant fait le lit des institutions démocratiques en notre pays.

Nous demeurons, aussi, et plus que jamais, mobilisés, pour nous assurer que le peuple Congolais va demeurer bénéficiaire, de toutes les actions gouvernementales. Nous sommes encouragés de savoir que nos efforts n’ont pas été vains. Car, la paix s’installe, et les jours meilleurs pointent à l’horizon.


Kinshasa, le 8 Octobre 2009

LA PRESIDENTE
Chantal KANYIMBO

LE SECRETAIRE GENERAL
KASONGA TSHILUNDE


(TN/Yes)



Last edited: 09/10/2009 14:17:50

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