kabilaInitiée par le député de l’Opposition Clément Kanku, une motion de censure contre le Premier ministre Adolphe Muzito est en souffrance sur la table du président du bureau de l’Assemblée nationale depuis la dernière session d’avril.

Gelée par Evariste Boshab président du bureau peu avant la clôture de la session précédente, cette motion est réinscrite au menu des délibérations de cette session budgétaire de septembre et, sauf renvoi in extremis à la semaine prochaine, les honorables députés vont en débattre incessamment, demain vendredi 9 octobre ou alors le lendemain.

En d’autres circonstances et sous d’autres cieux où l’exercice démocratique garantit à la majorité parlementaire un pouvoir de blocage des excès de zèle des membres de l’Opposition dès lors qu’elle met en péril un gouvernement issu de cette majorité, il n’en va pas de même dans le cas d’espèce congolais où l’on assiste à une confusion d’intérêts entre ceux des membres de l’Opposition et ceux d’un grand nombre de députés de la Majorité. Car il ne faut pas qu’on s’en cache : entre le Premier ministre Adolphe Muzito et les députés de sa propre Majorité, le courant passe très mal aujourd’hui.

Les députés de la famille politique du Premier ministre lui reprochent vertement et ouvertement pas mal de griefs qui mettent leurs nerfs en pelote. Entre autres motifs de grogne qui laissent planer de gros nuages sous l’hémicycle de la Chambre basse, il y aurait, dit-on, l’accumulation des arriérés sur leurs émoluments, mais aussi, croit-on savoir, le non paiement de leur pécule de vacances. L’argent, on le sait, demeure depuis l’aube de l’humanité, le nerf de la guerre !

C’est ainsi que, faute d’avoir perçu ce pécule, la plupart des députés ne se sont pas rendus en vacances parlementaires dans leurs fiefs  électoraux respectifs, si bien que l’on aura peu ou prou de rapports parlementaires à présenter au cours de cette session. Les élus parvenus à mi-chemin de leur mandat et lorgnant déjà le prochain rendez-vous jugé crucial avec une base désillusionnée et acrimonieuse à leur endroit ne percevraient autrement qu’un pur sabotage le blocage de leurs émoluments : un satané stratagème de frein de leurs manœuvres politiques par un Premier ministre non privé, lui, de moyens d’exhibition politique qui se constate aisément. Peut-on ne pas être intraitable avec un tel patenté pourfendeur d’intérêts politiques ?
 
La grogne des élus du peuple s’alourdit d’une autre récrimination à l’endroit du chef du gouvernement qu’ils accusent de mentir le peuple sur la hauteur réelle de leurs appointements mensuels. « Contrairement à ce que prétend le Premier ministre, confie un député du sérail même de la Majorité, nous ne touchons pas exactement 2 millions de Fc mensuellement, puisque cette somme nous est remise au taux de 560 Fc le dollar. Et il ne faut pas oublier que  sur cette somme, la questure prélève à la source le remboursement du montant dû pour l’achat de la Jeep. Si bien qu’il ne nous reste en tout et pour tout que quelque chose comme 1.000.000 de Fc. Un millions de Francs : c’est vraiment une somme insignifiante pour les élus du peuple que nous sommes, parce qu’il ne faut pas oublier que nous sommes souvent assaillis par des meutes d’électeurs envers lesquels nous sommes redevables, et nous n’avons que nos colères muettes contre le gouvernement pour avouer notre incapacité à résoudre les doléances sociales qu’ils nous exposent … » !

Ce point de vue est largement partagé par les députés de l’Opposition qui pensent avoir trouvé, dans cette conjonction d’intérêts, une eau abondante pour faire fonctionner le moulin qui va moudre Adolphe Muzito, devenu de ce fait un adversaire commun à abattre. Pour bien de députés des deux bords, le débat attendu autour de la motion de Clément Kanku procède d’un règlement des comptes à un « ennemi » devenu commun au-delà des clivages politiques.

Mais dans les rangs de la Majorité, un grand nombre de personnes prises d’une soudaine lucidité redoutent cependant l’effet boomerang d’un tel amalgame qui confine au suicide collectif de la famille politique. Un acte d’inconscience avéré si jamais les choses se passent de cette façon-là !

muzitoIls renfilent, en effet, dans cette confusion d’intérêts un montage politique diabolique concocté dans les officines de l’Opposition qui voudrait démontrer à l’opinion nationale, en cas de déchéance du Premier ministre, et par ricochet de tout le gouvernement, que même la Majorité reconnaîtrait explicitement l’incapacité de son propre gouvernement  de relever les défis du redressement économico-social du pays.

Pour plusieurs observateurs de la scène politique congolaise, cette confusion d’intérêts des députés des deux camps autour d’un objectif prétendument et erronément commun laisse planer une menace sérieuse sur le maintien d’Adolphe Muzito à la tête du gouvernement.

Au cas où la fronde triompherait, la Majorité présidentielle mordrait alors sa propre poussière pour avoir fait le jeu de l’adversaire, parce qu’une telle victoire aurait l’avantage d’ébranler la cohérence des esprits en son sein.

En pareille circonstance, tout se passerait comme si  Clément Kanku et Consorts auront alors réussi à convaincre les députés de la Majorité à boire une potion de ciguë concoctée à leur intention pour les guérir du mal de Muzito dont quelques-uns de ses membres s’affublent depuis un bout de temps !

Mais que se passerait-il en cette occurrence-ci ? Eh ben, ils en mourraient. Tout bêtement. Faute d’avoir compris suffisamment à temps qu’ils avaient fait le jeu de leurs adversaires. Ceux-ci auront alors beau jeu de se moquer de leur naïveté et de leur petitesse d’esprit  face aux enjeux réels dissimulés sous cette motion.

Muzito ne ferait peut-être plus l’unanimité autour de sa personne dans la mouvance politique créée autour du Raïs Joseph Kabila ? Peut être bien que oui, peut être bien que non ! Mais d’aucuns pensent que le moment n’est pas propice pour résoudre cette équation. On ferait bien de remettre à plus tard la manifestation de l’hostilité contre la personne de Muzito en rejetant purement et simplement la motion de Kanku à défaut de lui opposer un vote négatif.
Mais pourquoi, diantre !, ne saurait-on pas régler cette affaire par voie de concertation au sein de l’AMP ?

Car, à persister à vouloir obtenir coûte que coûte la tête d’Adolphe Muzito dans les circonstances actuelles et de cette manière incongrue, force est de reconnaître qu’on fera le jeu d’une Opposition qui va s’auréoler d’avoir ébranlé la cohésion de la Majorité en usant du stratagème qui aura consisté à se servir de ses élus pour pourfendre le gouvernement dont ils sont sensés de défendre la cause bec et ongles. O comme cela fait penser à l’avertissement des anciens régimes communistes qui promettaient de pendre les capitalistes avec la corde que ceux-ci leur vendraient !

Et si d’aventure au sein de la Majorité on tarde malgré tout à ne pas appréhender la profondeur des conséquences qui pourraient découler d’une éventuelle inconscience face au piège que leur tend la motion de Kanku, alors il ne reste plus qu’à Joseph Kabila, autorité morale de cette Majorité, d’intervenir pour rasséréner la conscience de ses troupes. Comme ce fut le cas dans l’affaire Kamerhe !

(DN/CV/Yes)

Clément Vidibio/MMC