bccLe déficit cumulé du secteur public, incluant celui du compte d’exploitation du Trésor et du compte général du Trésor, n’augure pas de bonnes perspectives pour cette fin d’année 2009. Comme s’il n’en suffisait, des informations concordantes font état d’un montant important des ordres de paiement en instance de règlement, soit plus de 200 milliards de Fc, à la Banque centrale du Congo (BCC). Si cette masse d’argent est injectée sur le marché, les deux mois restant de cette année 2009 risquent d’être de plus mouvementés. L’équilibre du cadre macro-économique tient donc au comportement qu’adopteront la Banque centrale et le Gouvernement.

Le « syndrome budgétaire » de fin, celui qui s’est révélé depuis 2006 par d’importants déficits entre novembre et décembre, risque de rattraper la RDC à la clôture de l’exercice budgétaire en cours.
 
Déjà l’important déficit cumulé du secteur public (BCC et Trésor) s’est répercuté sur le plan macro-économique par une chute libre du Franc congolais sur le marché des changes, entraînant logiquement un renchérissement des prix intérieurs, ramenant à la surface le spectre de l’inflation.

En effet, selon des sources généralement bien informées de la situation économique et financière de la RDC, ce que l’on craignait, c’est-à-dire la résurgence d’un important déficit dans les opérations financières de l’Etat pourrait se répéter en cette fin d’année. Déjà le déficit du compte d’exploitation de la Banque centrale du Congo a creusé le plafond alors que l’Etat congolais s’était engagé dans le budget 2009 d’apporter juste une subvention d’équilibre de 20 milliards de Fc à l’Institut.

A fin juin 2009, les « Notes de conjoncture » de la Banque centrale table sur un déficit de son compte d’exploitation proche de 25 milliards de Fc. Toutes logiques restant égales par ailleurs, celui-ci est allé crescendo. Aussi l’année 2009 pourrait-elle se clôturer, notent maints analystes, avec un important déficit du compte d’exploitation de la BCC. Lors de la conférence de presse qu’il a animée le 14 septembre 2009 dans son cabinet de travail, le ministre du Budget n’a pas éludé la question. « La Banque centrale du Congo doit être restructurée et redimensionner pour faire correspondre son compte d’exploitation à ses besoins. Ceci est du devoir de l’Etat qui doit aider la Banque centrale à se recapitaliser », a-t-il déclaré pour la circonstance.

Si le déficit du compte d’exploitation de la Banque centrale gonfle d’une certaine manière le déficit du secteur public – à défaut de la passivité de l’Etat à accompagner le plan de restructuration de l’Institut d’émission – c’est plus au niveau des opérations financières de l’Etat que se trouve le détonateur de choc probables susceptibles de perturber l’équilibre encore fragile du cadre macro-économique en cette fin d’année. Jusqu’à fin août, le compte général du Trésor a affiché un solde négatif impressionnant.

L’onde de choc s’est directement propagé sur le marché des changes, entraînant depuis une dépréciation sans précèdent de la monnaie nationale par rapport à la devise américaine, le dollar. Par effet domino, les déséquilibres se sont étendus sur le marché des biens et services, se traduisant par un renchérissement des prix intérieurs. Actuellement, le dollar file vers les 900 Fc/Usd.

Dans son projet de budget 2010, le gouvernement table fin 2010 sur un taux de change de 904,7 Fc/Usd alors que le taux budgétaire moyen se situe autour de 852,8 Fc/Usd. C’est dire que l’exécutif joue à la prudence.

L’exercice 2010 dépendra de ce qu’on aura fait de 2009. Le Premier ministre Adolphe s’en est souvenu lors de la transmission jeudi dernier à la chambre basse du Parlement du projet de budget 2010. « Les objectifs macroéconomiques ayant servi à l’élaboration du projet de budget de l’Etat pour l’exercice 2010 sont tributaires des réalisations de l’année 2009 », a-t-il indiqué.

Danger en vue

Mais, selon des informations concordantes, la situation pourrait se détériorer davantage à deux mois de la fin de l’année 2009. En effet, renseignent ces sources, le montant des ordres de paiement en instance finale de règlement à la Banque centrale du Congo, c’est-à-dire ceux ayant franchis toutes les étapes de la chaîne de la dépense depuis les étapes d’engagement, liquidation, ordonnancement et paiement, se chiffre à plus de 200 milliards de Francs congolais. Mesure donc l’impact d’une telle injection de liquidités sur le marché alors que la Banque centrale peine, depuis le lancement en janvier des opérations de vente des devises par voie d’adjudication, d’éponger le trop plein de liquidités sur le marché. Il faut donc craindre le pire. Et, il est bien à la porte de l’économie congolaise.

La fin de l’année risque d’être très mouvementé. Deux hypothèses peuvent être évoquées. La première, c’est au cas où la Banque centrale du Congo paie les 200 milliards de Fc avec des recettes réellement recouvrées pour le compte de l’Etat. C’est pourtant l’hypothèse la moins probable. La deuxième, c’est au cas où la Banque centrale, par défaut des fonds disponibles sur le compte du Trésor, accepte de financer le Trésor par voie de financement monétaire, c’est-à-dire la planche à billets. Toutefois, dans un cas comme dans l’autre, les conséquences sont presque similaires.

Car, les 200 milliards de Fc injectés sur le marché vont s’ajouter aux liquidités oisives que la Banque centrale peine, depuis quelque temps à éponger. Ce qui, logiquement, alimenterait les déséquilibres déjà présents sur le marché des changes. En conséquence, le franc congolais continuerait sa chute libre, perdant de plus en plus de terrain par rapport au dollar. Le dernier scénario sera probablement le renchérissement des prix intérieurs, corollaire à la forte dépréciation de la monnaie, suivi d’une poussée vertigineuse de l’inflation.

Ainsi, la Banque centrale du Congo, caissier de l’Etat et garant de la stabilité du niveau général des prix par une gestion parcimonieuse des liquidités monétaires, doit, avec le Gouvernement se mettre en synergie pour garantir une fin d’année apaisée aux congolais. Le congolais qui doit se faire avec un pouvoir d’achat fortement anémié n’a pas droit de subir une inflation injuste qui ne fera que ronger davantage ce maigre pouvoir d’achat.

Le pire peut être évité à deux mois de fin d’année 2009. Néanmoins, cela dépendra du comportement responsable qu’adopteront la Banque centrale du Congo et le Gouvernement.

(DN/Tkm/GW/Yes)

Faustin K./Le Potentiel