Un sentiment de scepticisme prévaut à nouveau dans l’opinion autour de la réforme des entreprises publiques autour de laquelle ont été proposées une série de plans de stabilisation que l’on croit inefficaces à la lumière des débâcles constatées notamment à l’Onatra et à la Gécamines
Le Directeur général de la Gecamines avait pour mission de baliser la voie pour assurer une meilleure restructuration de l’entreprise, jadis fleuron de l’industrie minière de la RDC. Après moins de quatre ans, il jette l’éponge, sans avoir boosté la production de l’entreprise. Désillusion donc pour les plans de stabilisation des sociétés d’Etat.
Paul Fortin n’a surpris que les non initiés. Le Canadien vient ostensiblement de jeter l’éponge « pour convenances personnelles ».
Il a été placé, début janvier 2006, aux commandes de la Gecamines, suivant le « contrat de stabilisation » signé au nom et pour compte de la RDC, entre le Comité de pilotage de la réforme des entreprises du Portefeuille (Copirep) et le cabinet français Sofreco.
Au lieu de 16 mois, la durée initiale de son contrat, il a accompli trois ans et demi. Sans avoir cependant rempli sa mission. Les statistiques sont éloquentes à cet effet.
Fin août 2009, la « production provisoire » de la Gécamines, lit-on sur son site Internet, se chiffre à 7.145 tonnes de cuivre, 149 tonnes de cobalt contre 26.051 tonnes de cuivre et 690 tonnes de cobalt l’année précédente (2008).
Curieusement, faisant fi des évidences, Paul Fortin dit avoir « accompli sa tâche ». Non sans alléguer par ailleurs « la fatigue », selon Radio Okapi, la première à rapporter l’information. Le président du bureau syndical permanent de la Gecamines, Prosper Kashoba, se souvient. « Quand Sofreco avait décidé de limoger Fortin, il y a deux ans, les travailleurs s’étaient mobilisés comme un seul homme pour le défendre farouchement. C’est pourquoi, en le voyant partir dans ces conditions, ça nous fait très mal. Nous comptions sur lui…».
Le départ de Fortin pose le problème de la portée réelle des plans de stabilisation, voie proposée par le Copirep pour la remise à niveau d’une catégorie d’entreprises publiques avant la mise en œuvre effective de la stratégie de réforme, telle que fixée par le décret du Premier ministre signé le 24 avril 2009.
Echec et mat
Ayant servi de cobaye pour l’expérimentation de la stratégie précitée, la Gecamines a déçu. Sa production a continué à décliner. Pour couronner la débâcle, le retrait, de son désormais ancien DG sur la pointe des pieds illustre l’échec des plans de stabilisation associant le mythe des « experts » expatriés.
On se souvient. Le Copirep avait recruté en 2005 le cabinet français Sofreco pour aider le gouvernement de la RDC à restructurer ses grandes entreprises de production condamnées à la faillite. Le contrat de gestion signé avec Sofreco comportait trois missions.
La mission de diagnostic devant permettre d’établir les fondements de la nouvelle Gecamines. La mission de gestion et d’optimisation permettant de stabiliser la production à un niveau susceptible d’assurer son équilibre financier. Préparation d’un plan de développement durable en vue de restaurer à moyen terme un niveau de production devant assurer une position forte de la Gécamines sur le marché. Tout bien considéré, la relance tarde à se concrétiser dans les autres entreprises qui testent les plans de stabilisation. C’est le cas, entre autres, de l’Onatra, la RVA, la SNCC. Ceci n’empêche pas le gouvernement de viser les prochaines cibles: la Régie de distribution d’eau de la RDC (Régideso) et la Société nationale d’électricité (SNEL).
Pour la Régideso, l’avis de pré-qualification signé par la ministre du Portefeuille est explicite. « Le contrat de gestion – d’une durée de cinq ans - a pour objectif d’assister la Régideso dans l’amélioration des performances techniques et commerciales essentielles … en milieu urbain et de tendre vers son équilibre financier ».
Et pourtant, l’épilogue Paul Fortin aurait dû servir de leçon. La classe politique doit s’en mêler. L’Union pour le développement du Congo (UDCO), parti dirigé par le député Banza Mukalayi, a vu dans la démission du Canadien les limites de l’illusion de l’expertise extérieure. «Les Congolais, mis dans les mêmes conditions de travail que les expatriés, sont capables de miracles », croit-il. Encore faut-il que la haute hiérarchie nationale laisse les mains libres à l’expert, expatrié ou local, pour que le miracle se produise. Ce qui n’est pas l’apanage des élites dirigeantes.
Pire, les interférences d’un «petit groupe» à la boulimie des avantages matériels, confirmera l’échec des plans de stabilisation des entreprises publiques.
(DN/Tkm/GW/Yes)
Le Potentiel
Last edited: 03/10/2009 13:59:27