La guerre n’est plus un moyen de chantage en vue d’accéder au pouvoir. On pensait que le Cndp avait fini par assimiler la leçon. On constate malheureusement que tel n’est pas le cas. Ainsi, cet ex-mouvement rebelle ne rate aucune occasion pour faire chanter les institutions nationales
Le Cndp et le gouvernement ne sont plus dans la phase de négociation, mais d’exécution des résolutions issues des négociations commencées à Naïrobi et qui se sont poursuivies en Rdc, particulièrement à Goma.
C’est ainsi que les ex-combattants du Cndp participent aux côtés des Fardc aux opérations de traque des Fdlr. Les politiques, même si leur situation n’est pas facile, après que le peuple congolais ait décidé de se choisir par voie des élections ses dirigeants, mettant ainsi fin au partage du pouvoir, le Cndp a vu la voie ouverte de se muer en parti politique, voie obligée pour conquérir le pouvoir par les urnes.
Le Cndp est toujours prêt à relever ce qu’il considère comme promesse non tenue sans rassurer lui-même qu’il a rempli sa part du contrat. Il y a quelques mois, on avait dénoncé les barrières que ce mouvement se permettait encore en vue de contrôler la circulation et tracasser les citoyens congolais.
Le Cndp est monté au créneau pour démentir ces informations. Aujourd’hui, c’est l’opération Kimia 2 qui remet l’affaire sur le tapis en dénonçant une administration parallèle de ce mouvement. Une façon pour le Cndp de dire que c’est le statu quo au Nord-Kivu. « La cellule de communication des opérations Kimia II révèle l’existence d’une administration parallèle dans certains coins du territoire de Rutshuru dont le chef-lieu du même nom est situé à 75 kilomètres au nord de Goma ».
Comment peut-on comprendre cela ? Quelle est la part de l’autorité de l’Etat au niveau de la province ? Le gouvernement provincial serait-il incapable de relayer les efforts du gouvernement en cette matière de la sécurisation de la province ? Faut-il finalement que l’on mette cette province en état d’urgence question d’y placer des autorités de circonstance jusqu’à ce que sera rétablie effectivement l’autorité de l’Etat ?
N’eut été l’opération Kimia 2, on serait surpris, mais, peut-être que le mal aurait été profond. La petite administration parallèle se serait dotée de sa police et de son armée. Car, on ne peut pas avoir une administration sans moyen de la défendre. Il nous revient qu’on n’en saurait rien si la révélation n’a pas été faite « au terme d’une mission de sensibilisation de la population sur la nécessité de la restauration de l’autorité de l’Etat dans cette partie du pays. Cette mission a conduit les responsables de la cellule de communication de Kimia II à Bunagana, à plus de 100 kilomètres au nord-Est de Goma, dans le territoire de Rutshuru », renseigne la Radio Okapi.
On a mis fin à la rébellion sans démanteler les structures de cette rébellion au niveau de son héritage. Car, pour asseoir son autorité, le Cndp avait pris un certain nombre de mesures. C’est ainsi par exemple que les localités de Bunagana, Rutshuru et Nyanzale avaient été illégalement érigées en cités lors de la rébellion du Cndp. Et depuis, les animateurs de ces entités échappent au contrôle des autorités établies, ont indiqué ces mêmes responsables, selon toujours la Radio Okapi. C’est tout simplement inacceptable.
Lorsqu’on parle de la restauration de l’autorité de l’Etat on ne doit pas entendre seulement l’autorité au niveau gouvernemental. On entend par contre que même au niveau local, l’Etat soit présent à travers ses structures habituelles que sont les territoires, les secteurs et les villages. Il nous revient en ce qui concerne la province du Nord-Kivu que le problème de la restauration de « l’autorité de l’Etat ne se pose pas seulement dans ces trois localités de la province du Nord- Kivu, mais aussi dans toute la partie de cette province anciennement sous contrôle du Cndp ». Cette administration fonctionnerait encore dans le Masisi.
Les localités de Ngungu, Karumba, Bihambwe, Mushaki, Kitchanga et Kirolirwe seraient particulièrement indiquées. Ce ne sont pas des allégations sans fondement, mais des évidences ainsi révélées par une commission dans laquelle on trouvait aussi bien les autorités provinciales que celles de la Monuc. Peut-on conclure que les populations qui habitent dans ces localités ne sont pas encore prises en charge par la province après leur libération du joug du Cndp ou encore elles refuseraient leur nouvelle situation et se plairaient dans l’ordre du Cndp ? Ce qui est très grave et met à nu l’incompétence de l’autorité provinciale. Sinon comment accepterait-elle que les chefs de postes installés par le Cndp notamment à Bahunde dans le Masisi, à Karuba, Ngungu, Mushaki, Kilulu, Rubaya, Masisi centre, Kibabi et Murambi continuent à fonctionner.
L’autorité provinciale du Nord-Kivu va-t-elle en itinérance dans les territoires libérés ? Si oui, considèrerait-elle que l’administration parallèle n’aurait aucune incidence sur la bonne marche de la province ? On peut donc dire qu’il y a un vrai problème sur cette partie du territoire congolais. La population a une raison de ne pas se sentir sécurisée lorsqu’elle doit servir deux maîtres à la fois. Telle situation est emprunte de tracasseries diverses. Si on ne peut pas neutraliser une administration parallèle d’une rébellion qui, officiellement s’est muée en parti politique, serait-on en même de maîtriser la situation dans le cas où des hommes armés viendraient occuper cette partie du territoire ? Qu’en est-il des zones minières ? Autant de questions qui méritent qu’on y réfléchisse. L’autorité provinciale a du pain sur la planche. Elle doit adapter sa manière d’exécuter son pouvoir dans cette situation particulière. Aux grands maux de grands remèdes dit-on.
Deux poids deux mesures
On a l’impression que parmi les membres d’anciennes rébellions, beaucoup ne sont pas prêts à se débarrasser du vieil homme. On en dire autant de la Province orientale. Lorsqu’on apprend l’arrestation d’un activiste des droits de l’homme en préparation d’une insurrection, on comprend pourquoi il faut traquer tous ceux qui semblent ne pas comprendre qu’il y a un temps pour faire la guerre et un temps pour développer le pays. C’est ici que le cas de Mme Milambo devient intéressant. Car, ce qui est vrai pour le Nord-Kivu l’est pour Kinshasa. Pour rappel, Kilambo Kalumbu Florence est mariée à un certain révérend-pasteur Jean-Pierre Muzinga non autrement identifié. Mère de quatre enfants, elle était infirmière aux cliniques Ngaliema.
Politiquement, elle est membre influente du Mouvement pour la libération du Congo (Mlc). Ce mouvement, on le sait, avait cessé de gérer des hommes armés en dehors de la garde qui était mise à la disposition de JP Bemba, non pas comme chef du Mlc, mais comme ancien vice-président de la République. Mme Kilambo, comme certains membres du Cndp, semble ne pas comprendre que le Mlc n’est plus un mouvement rebelle. Il s’est mué en parti politique et il a même participé aux élections de 2006.
Dès ce moment là, toute implication dans le comportement des soldats devenait un problème qui mériterait que l’Etat s’en occupe. Il était devenu compréhensible que cette dame devienne une cible pour les services. Car, inciter les militaires aux actes ne correspondant pas à leur mission ne peut laisser indifférent. Le contraire aurait surpris tout le monde. C’est ce qu’on reproche à l’autorité provinciale du Nord-Kivu. Au gouvernement central, on dirait que , si on avait usé de la force contre les milices de JP Bemba, on ne peut comprendre qu’on tolère l’administration parallèle au Nord-Kivu. Ce serait deux poids deux mesures. Il nous revient cependant qu’à Kinshasa on n’a pas encore puni les auteurs de la situation qui a conduit à une guerre en pleine capitale.
Contrairement à ce que d’aucuns puissent y penser, c’est pour cette raison et cette raison seulement que cette dame, Florence Milambo a été tout de même appréhendée par la justice militaire. Mais apprend-on de la même source, avant qu’elle comparaisse, elle a choisi de se sauver. D’aucuns disent même qu’elle aurait bénéficié des complicités pour s’évader. C’est la preuve d’une conscience chargée. Que peut-on en dire davantage. Le mieux aurait été qu’elle réponde de ses actes. Sous d’autres cieux on mettrait à ses trousses tout ce qu’on a comme moyens pour la retrouver. Car, cette dame qui mérite la traque des services, est un danger pour l’ordre public.
Kinshasa avait connu des événements sanglants à l’issue desquels le leader du Mlc a pris le chemin d’exil européen où il sera arrêté par la Cpi. Jusqu’à présent, on n’a pas encore élucidé les responsabilités de des événements mis globalement sur le dos de JP Bemba. Et pourtant, Mme Kilambo, selon certains témoignages, serait impliquée dans ces événements en incitant les militaires à la rébellion contre l’ordre public.
Il va de soi, selon les informations en notre possession que : « En cas de découverte de la personne, elle sera appréhendée et acheminée devant son juge naturel. Et quiconque, à différents niveaux serait en possession des informations la concernant, est invité à collaborer avec l’autorité la plus proche ». Cela a tout l’ère d’un vœu pieux. Ne dit-on pas que la fin justifie les moyens ?
(CL/GW/Yes)
L’Avenir