Ils bravent un soleil de plomb qui leur foudroie le dos et sont recouverts d’une épaisse couche de poussière que renvoie aux abords, le flux de véhicules qui circulent dans les deux sens de la Route des poids lourds.
Un phénomène paraissant nouveau, des enfants d’environ 12 ans, ont investi ces lieux qu’ils ont transformés en une carrière. Toutes proportions gardées, ces enfants ressemblent à d’autres enfants congolais travaillant dans l’exploitation artisanale des mines dans les provinces minières de la RD Congo.
A longueur de journée, ces mineurs en âge de scolarité reçoivent des coups de marteau sur le doigt. Pourvu qu’ils arrivent à concasser quelques kilos de caillasses. Véritable business, certains parmi ces enfants concassent les pierres pour le compte de leurs familles. Pour ce cas de figure, ces enfants travaillent aux côtés de leurs parents. Un deuxième cas est celui des enfants qui travaillent à titre personnel.
Une activité de dur labeur surtout que la production est au prorata des énergies. Une véritable épreuve des forces. Mais chaque concasseur reste respectueux du bien d’autrui. Pour ces enfants, des blocs de bétons en provenance des routes en réfection, constituent leur matière première.Un travail somme toute difficile. Cependant; ces jeunes concasseurs commuent leurs peines quotidiennes en joie après qu’ils ont vendu quelques Kilos de caillasse. Ceux travaillant en groupe parviennent à produire plus d’une tonne qu’ils vendent à quelques dizaines de dollars.
Une descente sur les lieux a renseigné que ces enfants sont issus des familles sans ressources. Tous habitent Kingabwa, le principal quartier populaire de la commune de Limete. S’exprimant sous couvert de l’anonymat, une concasseuse quadragénaire et mère de six enfants, justifie la pratique par le chômage de son mari. « Après les pillages de septembre 1991 et janvier 1993 nous menons une lutte permanente pour la survie. Mon mari travaillait dans une savonnerie littéralement pillée en 1991. Depuis, il est resté au chômage, au point que la famille s’est retrouvée sans ressources. Face aux impératifs de la vie, jai résolu de concasser la pierre pour des raisons de survie. Autrement, c’est toute la famille qui s’expose à un péril certain ».
Pour augmenter la production, notre interlocutrice n’a pas eu d’autres alternatives que d’impliquer ses jeunes enfants Junior (11 ans) et Hérithier (13 ans) dans cette rude activité. La pratique, comme un spectacle offert au public, semble être légitimée.
Quid des droits de l’enfant ?
Quelle leçon peut-on tirer d’autre et qui soit contraire à l’atteinte des droits garantis à l’enfant ? Il existe, en effet, un arsenal d’instruments juridiques interdit le travail des enfants. Par travail des mineurs, on sous-entend toute exploitation des enfants dans une activité lucrative et rémunératrice de quelque nature. Le concassage des pierres ne fait-il pas partie de ce travail des enfants? Dans l’hypothèse que ce soit le cas, la question est de savoir quelles dispositions l’autorité politico-administrative de Limete a prises pour protéger ces enfants et les épargner de toutes les conséquences négatives qu’entraîne ce travail de concassage de pierres sur leur croissance physique et morale.
Il est important de souligner que ce cas des enfants concasseurs n’est pas isolé. Il existe, à travers la RD Congo en général et la ville de Kinshasa en particulier, d’autres formes de travaux des enfants. La réalité est que tout le monde s’apitoie mais personne ne semble prendre le problème à bras le corps pour le condamner fermement. Aussi, pensons-nous, les textes sur les droits de l’enfant ne doivent pas être un slogan vide, un fonds de commerce pour des ong locales et ou internationales.
Bien au contraire, des actions concrètes doivent accompagner ces dispositions juridiques en vue de leur donner un contenu réel.
(Tkm/GM/PKF)
Laurel Kankole/Forum des As