Il n’est un secret pour personne que trop de politiciens congolais siégeant dans les institutions abusent de la double nationalité pourtant proscrite dans la Constitution du pays. Le cas du député MLC pseudo congolais arrêté au Rwanda en étale l’intolérable scandale
Il y a une semaine, l’affaire de l’arrestation du député Mlc Dunia à Gisenyi au Rwanda a défrayé la chronique. Il a été interpellé sur base d’une plainte d’une banque rwandaise à qui lui aurait prêté de l’argent pour faire sa campagne électorale en Rdc.
Au Rwanda, on précise qu’il a été arrêté en sa qualité de citoyen rwandais. Thomas Luhaka, le secrétaire exécutif du Mouvement de Libération du Congo, en sigle Mlc, a précisé à la presse que Dunia est Congolais de souche tutsi et qu’il a été régulièrement élu dans la circonscription de Rutshuru dans le Nord-Kivu. Cependant, une bonne partie de l’opinion affirme, avec ou sans preuve, que l’intéressé serait Congolais et Rwandais selon les circonstances. Il aurait donc une double nationalité.
Cette affaire fait ressurgir l’épineux problème de la double nationalité qui, à un moment donné, avait fait bouger l’hémicycle tant de l’Assemblée nationale que du Sénat à la suite d’une motion qui réclamait à ce que les députés et les sénateurs qui étaient dans ce cas puissent opter soit pour la nationalité congolaise qui est une et exclusive et demeurer, le cas échéant au parlement soit pour l’autre nationalité et démissionner ipso facto de la représentation nationale. Il y a plus d’une année, elle avait fait bouger le Palais du peuple. Puis, on s’était convenu d’observer une moratoire de quelque six mois pour régler le problème. Puis, plus rien et l’affaire avait été renvoyé aux calendes grecques.
Il est tout de même utile de rappeler les dispositions constitutionnelles à ce sujet. Le problème de la nationalité est réglé par le Titre premier, chapitre 2 en son article 10. On y lit ce qui suit : « La nationalité congolaise est une et exclusive. Elle ne peut être détenue concurremment avec une autre. La nationalité congolaise est soit d’origine, soit d’acquisition individuelle. Est Congolais d’origine, toute personne appartenant aux groupes ethniques dont les personnes et le territoire constituaient ce qui est devenu le Congo (présentement la République Démocratique du Congo) à l’indépendance. Une loi organique détermine les conditions de reconnaissance, d’acquisition, de perte et de recouvrement de la nationalité congolaise. »
Dans les débats d’école, deux opinions diamétralement opposées s’affrontent et paraissent inconciliables. La première va dans le sens de la Constitution pour affirmer que toute personne doit s’affirmer : ou elle est congolaise ou elle ne l’est pas.
Cette opinion s’appuie surtout ce qu’on voit dans nos frontières, mais surtout celles de l’Est du pays. Et pourtant, la République démocratique du Congo partage ses frontières avec neuf pays. On accorde par exemple peu de considération ou d’intérêt à ce qu’un manianga de Luozi qui se fait Congolais en Rdc et Congolais de Brazzaville sur la rive droite du fleuve. Ou d’un mumbata qui est Angolais en Angola ou Congolais en Rdc. Mais c’est plus dramatique s’il s’agit des originaires des tribus de l’Est du pays.
Ouvrons une parenthèse pour paraphraser un professeur d’université qui, lors de ses enseignements, disait que seuls les originaires de la province du Maniema et celle du Kasaï Oriental peuvent se prétendre comme des Congolais à part entière. Pour la bonne et simple raison que ce sont ces deux provinces qui ne sont pas frontalières avec un pays étranger. Nous fermons la parenthèse.
Les tenants de l’autre opinion vont dans le sens contraire de la Constitution congolaise. Pour eux, le monde évolue à grands pas. Avec le développement des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication ; en sigle NTIC ainsi de la téléphonie cellulaire, la planète « terre » n’est plus qu’un gros village dont on peut parcourir les coins et les recoins en un temps record. Les frontières ne signifient plus grand chose. Et pour eux, le fait de s’accrocher à une seule nationalité et de façon exclusive, au moment où tout le monde parle de la globalisation, c’est un non sens.
C’est une mentalité rétrograde, selon eux, qu’il faut rectifier à tout prix. Tôt ou tard, les tenants de cette opinion s’engagent de ne ménager aucun effort pour obtenir l’amendement de cet article (art 10, chapitre 2, Titre I) qu’ils qualifient de dépassé par rapport à l’évolution du monde.
(DN/Milor/GW/Yes)
Denis Lubindi/L’Avenir