A Kinshasa capitale de  la République démocratique du Congo, la situation macroéconomique n’est pas du tout bonne, en dépit d’une certaine reprise observée sur les principaux marchés des pays développés. Pour preuve, il suffit de jeter un coup d’oeil sur le taux de change d’hier mercredi pour constater qu’il n’y a pas assez de volonté au niveau du gouvernement pour maîtriser les différents paramètres qui concourent à la maîtrise de la situation monétaire. Surtout lorsqu’on connaît que l’actuel déficit est essentiellement  budgétaire.

Comme conséquence les prix des biens et services ne pourront pas rester inchangés sur les principaux marchés, et c’est le petit peuple qui va payer le prix. Heureusement, le parlement vient d’ouvrir sa session, essentiellement budgétaire, et aura les mains libres pour voir combien le pays va proposer pour amélioration des conditions de vie de la population. De même, l’occasion sera indiquée pour le parlement de poser de questions précises au gouvernement pour alléger les maux du congolais qui n’ont que trop souffert.

12 millions jetés dans l’eau

Il sied de souligner qu’au niveau de la Banque centrale du Congo (BCC), l’autorité monétaire a défini une politique monétaire qui consiste à injecter la devise étrangère, afin d’éponger le trop de liquidités  encore en circulation sur le marché de Kinshasa. Pour la BCC, il ne s’agit que d’une politique ponctuelle et non systémique.

C’est la raison pour laquelle la BCC est intervenue sur le marché, en vendant la somme de 12 millions de dollars Us le 10 septembre dernier à 10 banques commerciales. Ceci, après avoir vidé le malentendu créé par certains banquiers de mauvaise foi, qui souscrivaient même pour des offres qui sont au­-delà de leur capital initial.

Est-ce une raison pour dire que les 12 millions de dollars Us ont été jetés dans l’eau ? Non, dans la mesure où l’intervention a permis tant soit peu d’éponger une importante somme des  Francs congolais. Mais la question qui demeure pendante est celle de savoir, est-ce que les 12 millions ont contribué à l’amélioration de la situation sur terrain ? Du constat général, l’intervention n’aura pas apporté la réponse qu’on attendait d’elle la stabilisation du taux de change. Et pourtant: c’est à la surenchère à laquelle nous avons assistée pour la journée d’hier. Et si tel n’est pas le cas, il est alors capital que l’on sache à qui revient la responsabilité.

La réponse est budgétaire

Comme nous l’avons démontré, la Banque centrale du Congo a développé plusieurs stratégies afin que l’ajustement puisse jouer en faveur du Franc congolais. C’est le cas de la vente occasionnelle des devises, la vente des billets de trésorerie (BTR), instrument par excellence de la Banque centrale, Mais si au jour le jour la population ne fait qu’observer du yoyo sur le marché de changes, elle doit se poser la  question de savoir  qu’est-ce qui se cache derrière cette situation ? Après analyse de la situation, il est permis aujourd’hui d’affirmer que l’instabilité de la monnaie est expliquée par un choc permanent d’origine budgétaire. De ce fait, la réponse appropriée ne peut venir que du gouvernement, à travers la gestion ordonnée des dépenses. Car dans toute logique, il est inadmissible que le gouvernement continue à dépenser plus qu’il n’encaisse, la crise économique aidant.

Devises et importations : la RDC court un risque d’asphyxie

Le marché des produits alimentaires im­portés connaît actuellement une certaine fébrilité. Non seulement les chinchards, les poulets, la viande, la farine de fro­ment, pour ne citer que ceux-là sont de plus en plus rares, mais l’on assiste en même temps à une valse d’étiquettes qui procure des cépha­lées aux ménagères. En cette période de la rentrée scolaire, le bud­get ménager du citoyen moyen est mis à rude épreuve, au point que nouer les deux bouts du mois relève de la presti­digitation.

Dans les entrepôts, les grands distributeurs jouent la prudence et surfent sur l’anticipation. Au rythme hebdomadaire où la mon­naie locale se déprécie, soutiennent-ils, ils préfè­rent vendre leurs marchan­dises au compte-goutte, ne sachant pas quand et comment seront effec­tuées les prochaines importations. C’est une crise artificielle qui permet aux importateurs de ne pas vite épuiser leurs stocks.

Dans les marchés et chambres froides, l’offre des produits alimentaires connaît ainsi une chute brutale, ce qui entraîne à la fois leur rareté et une augmentation des prix qui désarçonne les ménagè­res. Partout les plaintes montent et partout, on s’interroge sur les probables voies de sortie de cette crise dont on ne sait pas pour l’instant prédire l’issue.

Sur les différentes places des cambistes de la ville, le tableau d’affi­chage de taux de change est constamment retouché à longueur de journée et au rythme de la demande du billet vert. Hier, le dollar s’échangeait entre 835 et 840 FC, alors que la semaine passée, il se situait à 830 FC.

Un coup d’oeil sur les réserves internationa­les donne un petit paquet de plus au moins 800 mil­lions de dollars. Ce qui représente 7 semaines seu­lement d’importations. On peut d’emblée s’en inquié­ter. Si on se rappelle qu’en avril, le niveau de réserves extérieures de la BCC se situait à 32 millions de dollars, on peut pousser un ouf de soulagement et se dire qu’on a échappé à la catastrophe. La fin du monde en miniature était déjà perceptible. On peut se réjouir qu’aujourd’hui, on est passé à quelques millimètres de la catastro­phe.

Tolérance zéro dans tous les secteurs de la vie nationale

Si les caisses de l’Etat sont aujourd’hui vides, il faut reconnaître que des esprits retors les ont transformées en tonneau de Danaïdes, au point que la plupart des recettes pu­bliques prennent souvent la destination des poches des individus. C’est ici le lieu de saluer l’opération tolérance zéro qui doit im­pliquer une plus grande discipline dans tous les secteurs. Tout le monde s’attendait à la manne chi­noise, mais le temps a fini par nous inviter à compter sur nos propres ressour­ces. Il faut que des méca­nismes plus contraignants soient mis en place pour boucher toutes les brèches et empêcher que les gens puissent gagner mal­honnêtement leurs salai­res, au lieu de les laisser saigner constamment et impunément l’Etat.

Dans le fonction­nement normal d’un Etat, on ne doit plus compter sur ses propres ressour­ces que sur les aides ex­térieures, telle doit être la nouvelle philosophie au niveau de la gestion de notre pays. Tant au niveau des recettes pétrolières que minières et autres. Si cela n’est pas faut, alors on court vers l’asphyxie avec un arrêt des importations des pro­duits alimentaires. Il faut alors que la commission constituée au niveau du ministère de l’Economie nationale et Commerce, s’active pour éviter que la guerre de taxes dues à l’OCC ne puis­se conduire à l’asphyxie que tout le monde redoute.

(DN/TH/GW/Yes)

L’Avenir/Le Phare