Agenda diplomatique chargé. C’est le moins que l’on puisse dire pour Kabila. Désormais, voici la page tournée. Bien que dans son bloc-notes, il reste New York, le siège des Nations unies, où auréolé de son titre de président en exercice de la CEEAC et, depuis, lundi 7 septembre, de celui de la SADC, Joseph Kabila Kabange ne peut que faire grande impression auprès de ses pairs Chefs d’Etat qui se rendront à l’Assemblée générale des Nations Unies, le Président de la République a, enfin, du moment pour se replonger dans les affaires nationales. Or, précisément, c’est dans quatre jours- mardi 15 septembre 2009- avec la rentrée des Chambres parlementaires qu’a lieu le moment politique le plus fort de la vie nationale.

Une session qui s’ouvre et, comme toutes les autres, va durer trois mois. Trois mois dans une démocratie peuvent tout donner. Bien sûr que la coalition au pouvoir, bien qu’à constamment gérer politiquement, est, du moins sur papier, solidement constituée. Sur papier car, faut-il le souligner, nul ne peut rien exclure. On rappelle comment, avec l’affaire Kamerhe, la dernière session parlementaire a été introuvable pour la Majorité présidentielle. Même si le happy end a été au rendez-vous, qu’est-ce qu’il n’en a pas fallu du temps, de l’énergie, du génie!

La majorité préoccupée par son avenir

Trois mois plus tard, qui pourrait dire que les plaies se soient cicatrisées et que les camps ne se regardent plus en chiens de faïence! Il se trouve que c’est cela la vie politique. Et il faut bien poursuivre le chemin, en ayant à cœur l’intérêt du plus grand nombre. En ayant surtout à cœur – s’agissant de la Majorité – l’obligation de gagner. A quasiment un an de la fin de la mandature, Si le passé doit éclairer la Majorité, c’est surtout l’avenir qui devrait la préoccuper. Il faut semble-t-il solder les comptes de 2006 en ouvrant aujourd’hui et maintenant la page - le chantier – de 2011. Comment - et avec qui - gagner en 2011? Dès lors que la politique est dynamique, comment commencer à écrire les pages de 2011?

Croire que Joseph Kabila Kabange n’a pas fait de 2011 sa priorité des priorités serait faire mauvaise route. Son tsunami, il l’avait déjà suffisamment annoncé. Même s’il avait donné de date – « d’ici fin juin » - et que celle-ci n’avait pas été tenue, tous ses proches disent que « c’est précisément comme cela que fonctionne le Chef de l’Etat ». Et d’ajouter : « Ce qui compte pour lui, ce n’est pas le temps qu’il met à réaliser un projet, c’est qu’il y parvienne ».

Alors ce tsunami viendra-t-il avant -ou après - la rentrée des Chambres ? Les paris sont engagés. Il y a ceux qui pensent que le Chef de l’Etat pourrait laisser les Chambres travailler à leur guise. Or, à l’Assemblée nationale, outre qu’il existe plusieurs arriérés parlementaires dont des interpellations du Premier ministre Adolphe Muzito initiées par les Députés Lisanga et Lumbala - à ce propos, le Président de l’Assemblée nationale Evariste Boshab Mabudi avait juré qu’à la rentrée, les Députés débattraient en priorité des arriérés parlementaires, cela veut dire ce que cela veut dire! - on apprend que le MLC Jean ­Lucien Busa aurait déjà apprêté une motion de défiance contre le Premier ministre. D’autres jurent sur le fait que la recette Gizenga pourrait être rappelée.

A savoir, devant les énormes difficultés que le Gouvernement affronte, l’élégance serait que le Premier ministre évite la grande humiliation. Les Députés revenant de leurs vacances seront si échaudés face aux critiques voire aux attaques subies de la part de leurs électeurs qu’ils pourraient dans l’isoloir, même appartenant à la Majorité, se laisser aller par l’instinct animal: se sauver d’abord, et voir le reste ensuite. Certes, dans une interview au « Soft International » (n°1004, date 7 septembre 2009), le porte-parole du Gouvernement, le ministre Lambert Mende Omalanga (AMP-CCU) a eu raison d’assurer que le Gouver­nement abordait la rentrée parlementaire « avec la même sérénité que toutes les autres rentrées des Chambres ».

La question à 1.000 dollars reste posée.

Expliquant que « l’événement le plus significatif de l’entre-deux sessions (...) la réitération des engagements du Président de la République qui pilote la Majorité de mener jusqu’à terme l’opération « Tolérance zéro contre les abus sociaux et les anti­-valeurs ». « Rien qui s’écarte de la vision largement partagée par toutes les forces politiques AMP et Alliés représentées au Gouvernement qui estiment que le saint de notre pays réside dans une vigoureuse action de moralisation de la vie publique. C’est à ce prix, et à ce prix seule­ment que nous serons en mesure de donner à notre peuple ce pour quoi il a placé sa conviction dans notre Majorité ».

Ajoutant que « la session parlemen­taire de septembre est primordiale­ment budgétaire ». Mais « le Soft International » fait part des « arriérés parlementaires dont la question qui fâche, à savoir, l’interpellation du Premier minis­tre », le ministre Mende est plus explicite : « Il n’y a pas matière a fâcheries dans cette initiative qui relève des relations inconstitutionnellement normales en démocratie. Le parlementaire qui a introduit une motion d’interpellation contre le chef du gouvernement est dans son droit le plus légitime. Pour autant, je peux me permettre de parier que cette motion ne produira les effets spectaculaires et dramati­ques que certains médias anticipent fébrilement que si elle a le soutien de la majorité des membres qui composent la Chambre basse du Parlement.

Or, à ma connaissance, et jusqu’à preuve du contraire, la motion en question est le fait d’un député de l’opposition. Cela m’étonnerait énormément que la Majorité présidentielle laisse à un Député de l’opposition le soin de régler des problèmes qui touchent à son leadership. En admettant que des changements soient jugés indis­pensables dans l’Exécutif national que la Majorité a mis en place, c’est à cette Majorité, et à elle seule­ment, qu’incombera la tâche d’y pourvoir. Dans aucune démocratie pluraliste digne de ce nom, on a vu une Majorité qui se respecte laisser l’opposition faire le ménage à sa place. Cela pour dire qu’une motion issue de l’opposition a générale­ment assez peu de chance d’être fatale à un Gouvernement issu de la Majorité sauf si cette dernière adopte une attitude politiquement inconséquente ».

A entendre le ministre de la Com­munication et des Médias, c’est donc en son sein que la coalition pourrait être amenée à régler ses problèmes – « s’il y en a et, très clairement, il y en a ». Pas au sein de l’Assemblée nationale. La décla­ration de Mende a pour avantage de monter en puissance la recette Gizenga . Mais la question reste toujours de mise : avant ou après la rentrées des Chambres . Question à 1.000 dollars.

Plus d’un hémicycle des provinces sert le spectacle d’empoignades de la représentation du peuple

Le calme revenu à l’Assemblée provinciale de l’Equateur la semaine dernière, n’aura juste produit qu’un effet médiatique. Sur le terrain, la situation demeure encore très précaire en dépit de la présence des Conseillers du Chef de l’Etat à Mbandaka. En témoigne les incidents survenus à l’occasion de la séance plénière du mardi 8 septembre dernier. Des frictions ont été enregistrées entre les députés des deux camps rivaux. La conséquence, c’est que la séance plénière du jour n’a pas eu lieu. Elle a été renvoyée à une date ultérieure. Même les pourparlers de la dernière chance prévus entre émissaires du Président de la République et les deux groupes ennemis de l’Assemblée provinciale ont avorté. Des observateurs ont noté, au contraire, une forte concentration des forces de l’ordre devant le bâtiment de l’Assemblée provinciale.

Comme si ce fâcheux désagrément ne suffisait pas dans le microcosme politique national, voilà que l’Assemblée provinciale du Nord-Kivu vient aussi de se signaler négativement. A la plénière du mercredi 10 septembre, les députés de cette province ont rejeté à une majorité écrasante l’ordre du jour leur soumis. Celui-ci concernait principalement la lecture, puis l’adoption du rapport de la Commission économico-financière sur le budget 2010 de la province. Dépité par cette attitude un peu cavalière de ses pairs, le président de  l’Assemblée a annulé la séance qu’il venait à peine d’ouvrir. Pour la première fois dans l’histoire parlementaire du pays, une plénière n’a ainsi duré que cinq pauvres minutes. Depuis, il s’observe un climat délétère à l’Assemblée provinciale du Nord-Kivu. Les députés tiennent à un huis clos avant de traiter la question en plénière. Le bureau n’a pas jugé ce préalable opportun. Une concertation est donc envisagée entre le bureau et les différents groupes parlementaires. De celle-ci dépendra la date de la prochaine plénière.

Le vase déborde

Alors que l’opinion s’y attendait le moins, c’est la capitale qui clôture pour l’instant ce sombre feuilleton parlementaire. A Kinshasa, les députés provinciaux manquent de siège. Et faute d’argent, semble-t-il, l’Assemblée provinciale ne peut même pas louer une salle pour ses réunions. Les élus du peuple eux-mêmes cumulent trois mois de retard de leurs émoluments : Il    s’ensuit que depuis la rentrée parlementaire en province, laquelle intervient  au mois de juillet selon les us et coutumes en vigueur au pays, l’Assemblée provinciale de Kinshasa végète dans l’école buissonnière. Pourtant, il y a urgence. A cause de la session budgétaire qui doit sanctionner cette rentrée parlementaire.

Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, le président de cette institution a promis de convoquer une plénière incessamment. Vendredi précisément. Mais il n’y a aucune assurance. Mais en ce qui concerne la question du siège de l’Assemblée provinciale, Roger Nsingi a promis que le ministre des Affaires foncières sera   convoqué par les élus du peuple. Une question orale avec débat est en préparation contre lui. En effet, le ministre avait promis à l’Assemblée de Kinshasa un bâtiment qui a curieusement été occupé par un autre organisme.

A ce rythme de cacophonie sur fond de sabotage dans les provinces, il y a lieu de craindre que la situation ne fasse tâche d’huile et ne cause un sérieux préjudice à la stabilité nationale. Surtout qu’en ce qui concerne la capitale, certains stigmatisent un règlement de comptes de l’exécutif provincial contre le législatif. Dossier à suivre.

Comme si toutes ces tempêtes qui ravagent les Assemblées provinciales ne suffisent pas, la rentrée parlementaire prochaine à l’Assemblée nationale, s’annonce orageuse. En effet, d’après des sources proches du Palais du peuple, il se prépare en ce moment des motions de défiance et des dossiers coupe-gorges. En tout cas, il faut s’attendre à un chambardement des écuries d’Augias.

(DN/Milor/GW/Yes)

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