Même si le souci de « verrouiller » les por­tes d’entrée a l’Unikin est louable, le cas d’espèce est cependant interpellateur dans la mesure où il cons­titue un préjugé négatif sur la valeur d’un parchemin qui devrait, en principe, mettre tout le monde d’accord sur les qualités intellectuelles de son détenteur. Il y a plus de 42 ans, le diplôme d’Etat avait été institué dans le but de mettre fin a l’anarchie dans la délivrance des titres scolaires sanctionnant la fin des études secondaires dans notre pays et ouvrant la voie au cycle supérieur de l’enseignement national.


Jusqu’à preuve du contraire, l’enfant congo­lais vivant au pays n’a pas d’autre document qui le rend « éligible » aux études supérieures. Aussi, l’impo­sition du concours d’entrée à l’Unikin aujourd’hui, et peut-être dans d’autres établissements publics ou privés demain, est une voie largement ouverte à la con­testation des capacités intellectuelles du porteur du diplôme d’Etat. Cela est très dangereux car, si celui-­ci perd l’un de ses attributs majeurs, à savoir celui de sauf-conduit vers les études supérieures, en République Démocratique du Congo comme à l’étranger, Lauréat du secondaire ris­que de connaître les pires difficultés pour son avenir académique.

Déjà, l’on se plaint du fait que certaines univer­sités occidentales ont pris coutume soit de soumettre les étudiants congolais aux tests d’entrée, soit de les obliger à reprendre la der­nière année du cycle secon­daire avant d’avoir le visa d’études pour l’échelon su­périeur et universitaire. Voilà qu’alors que la controverse bat son plein autour de ce traitement discriminatoire, l’Unikin apporte de l’eau au moulin des pourfendeurs du diplôme d’Etat.

Soigner le mal à la racine

Ce n’est certes pas sur un coup de tête que les autorités académiques de l’Université de Kinshasa ont pris la résolution d’imposer un test d’entrée a leurs fu­turs étudiants. L’on croit sa­voir que cette mesure est dictée par les taux fort éle­vés d’échecs que l’on enre­gistre dans les différentes filières de l’enseignement supérieur et universitaire. L’impression  est que l’enseignement élémen­taire, primaire et secondaire en RDC connaît une baisse inquiétante. Le diplôme d’Etat, qui devrait couronner l’excellence, semble plutôt favoriser la médiocrité.

Des lauréats d’un niveau fort douteux en français parlé et écrit, accusant des insuffisantes criantes dans leurs disciplines spécifi­ques de formation, affichent des pourcentages qui ne peuvent être que le fruit du clientélisme, de la corrup­tion, de la tricherie, du trafic d’influence.

La réhabilitation sociale et « scientifique », de la maîtresse de la mater­nelle, du maître d’école, du « professeur » du secondaire, la construction et le réamé­nagement des infrastructu­res scolaires, l’équipement des écoles en manuels et en matériel didactique, le respect des programmes d’enseignement s’imposent, aux quatre coins de la République, si l’on veut revalo­riser le diplôme d’Etat.

Notre système éducatif doit être repensé à la base. Il est anormal que la notion d’échec scolaire ait disparu de l’univers congolais, pour la simple et bonne raison que la difficile conjoncture économique interdit aux bourses modestes de tolé­rer des enfants « bisseurs ». Que peut-on attendre, à l’Université ou Institut Supé­rieur, d’un élève ayant achevé son cycle primaire ou se­condaire sans avoir réussi à passer correctement une seule classe mais « lauréat » de l’examen d’Etat grâce au « fiko fiko fion... » (Choix multiple ou tombola) ?

Ce parchemin est en grand danger d’être transformé en chiffon, sans valeur pour son détenteur. Par ailleurs, dans l’optique de la généra­lisation du test, il est temps de prévoir des structures de, récupération des candidats inaptes aux études su­périeures. La pratique du contrôle des connaissances des finalistes du secondaire par le biais des concours d’entrée devrait interpel­ler ceux qui pensent avoir tout règle avec le diplôme d’Etat.

(Ern/GM/PKF)

Kimp/Le Phare