mwanguMême si aucun mot d’ordre n’a été lancé par les syndicats pour le boycott de la rentrée des classes lundi 7 septembre, les parents d’élèves sont aussi inquiets des rentrées précédentes quant aux frais à payer au cours de l’année scolaire qui s’ouvre.

Le ministre de l’Enseignement primaire, secondaire et professionnel Maker Mwangu Famba vent les impliquer dans la gestion des ressources financières allouées aux écoles pour leur fonctionnement.

Cette année, annonce-t-il, l’assainissement de la gestion des ressources financières sera au cœur de toutes les préoccupations.

Interview

Vous confirmez que la rentrée scolaire a bien lieu lundi 7 septembre...

La rentrée scolaire aura lieu comme cela a été prévu dans notre calendrier, c’est-à-dire le 7 septembre. Et nous avons pris toutes les dispositions nécessaires pour que l’année scolaire 2009-20 10 se déroule sans heurts.

Il est devenu une habitude qu’à la veille de la rentrée scolaire, le ministère de l’EPSP et les principaux syndicats des enseignants se livrent à des négociations. Apparemment, il n’y a rien eu de tel pour cette rentrée scolaire...

Nous avons atteint l’âge de la maturité. Récemment, nous avons reçu les responsables du SYECO (Syndicat des Enseignants du Congo) qui est un groupe syndical important. Et à l’issue de cette rencontre, le secrétaire général de cette structure a fait une déclaration important appelant les enseignants à être prêts, le 7 septembre, pour accueillir les élèves. En outre, d’autres corporations syndicales confirment qu’il y aura rentrée des classes à cette date-là.

Comme à la veille de chaque rentrée scolaire, les parents sont très préoccupés pour les frais à payer à l’école. Comment avez-vous accueilli le décret de l’archevêque de Kinshasa fixant les frais scolaires pour les écoles catholiques de Kinshasa ?

Après la publication de ce décret, moi-­même et la ministre provinciale de l’EPSP, avons approché Mgr Monsengwo, à qui nous avons directement exprimé notre préoccupation. Aussitôt, un groupe de travail composé des experts du ministère de l’EPSP, au niveau national et provincial, ainsi que ceux de l’archidiocèse de Kinshasa  s’est mis à la tâche. Cette équipe a travaillé d’arrache-­pied pendant trois jours et a produit un document important, qui revoyait en fait le décret signé précédemment par l’archevêque de Kinshasa. Aujourd’hui (ndlr, l’entretien a eu lieu mercredi 2 septembre), Mgr Monsengwo vient de signer deux documents. Le premier décret porte sur la mise en place du Fonds commun de solidarité. Et le deuxième décret donne en fait les directives à suivre pour le bon fonctionnement de ce fonds. Il faut souligner que ce sont des décrets privés qui ne concernent que l’Eglise catholique...

Mais que prévoit le ministère de l’EPSP en ce qui concerne les frais scolaires de cette année ?

A notre niveau, nous avons sorti deux arrêtés donnant les directives nécessaires à l’élaboration d’un canevas budgétaire par les écoles. Et nous avons donné des instructions précises pour que les commissions provinciales de l’EPSP se réunissent afin de permettre aux gouverneurs de provinces de prendre l’arrêté fixant les frais scolaires. Ces commissions se sont réunies et ont fixé les frais scolaires qui varient selon les spécificités de chaque province, parce que la réalité de Kinshasa n’est pas celle de Lubumbashi ou de Mbuji-Mayi, par exemple.

Est-ce que les gouverneurs de provinces ont déjà pris les arrêtés et qu’elle est la moyenne nationale ?

Vous devez retenir que nous avons décentralisé la fixation des frais scolaires. Au niveau de Kinshasa, par exemple, la commission de l’EPSP s’est réunie et le gouverneur de la Ville a pris un arrêté fixant les frais scolaires. Et c’est à cet arrêté du gouverneur que vont se greffer le décret de l’archevêque de Kinshasa et les autres textes. Ca me paraît logique. Je dirais aussi que le décret signé par Mgr Monsengwo nous a donné une arme pour bien suivre ce qui se passe au niveau des écoles catholiques. Je crois qu’il y a lieu d’apaiser les parents que les choses sont assez claires. Je les assure qu’il y aura un changement au niveau des écoles, notamment catholiques.

Les parents attendent avec impatience l’application du principe de la gratuité de l’enseignement, qu’en est-il ?

Les parents ne peuvent pas s’attendre à la gratuité. En tout cas, pas pour cette année scolaire. Certes, la gratuité est affirmée dans la constitution, mais il faut qu’elle soit inscrite  dans une loi. Et à ce propos, nous sommes très avancés dans le projet de loi sur le système éducatif en R-dCongo. C’est cette loi-là qui va donner un contenu et déterminer les limites de la gratuité. Donc, il va falloir que nous attendions cette loi qui va définir le concept de la gratuité de l’enseignement en R-dCongo. C’est vraiment important que nous ayons cette loi.

Quand est-ce que ce projet de loi sera finalisé ?

Nous sommes très avancés dans le travail et, d’ici là, le gouvernement va le transmettre au parlement. Entre-temps, il y a quelques expériences pilotes que nous sommes en train de surveiller. Le Katanga est en avance dans ce domaine, le Bandundu vient de commencer la sienne au niveau de la 1ère année primaire. Sans oublier la province de l’Equateur. Nous sommes donc en train de suivre ces trois expériences pour voir comment ces provinces traduisent dans les faits la notion de gratuité. Cependant, au niveau national, nous attendons la loi qui va définir le concept de gratuité. Et nous pourrons lancer la gratuité comme prévue dans la constitution. Toutefois, c’est au niveau de l’enseignement primaire qu’il y aura gratuité, parce qu’il doit devenir obligatoire en R-dCongo. Souvent, on entretient une confusion autour. Le principe ne s’appliquera pas à l’enseignement maternel qui est encore facultatif dans notre pays, ainsi qu’à l’enseignement secondaire.

Quel commentaire faites-vous de ces expériences pilotes ?

C’est une bonne chose, et d’ailleurs, nous remercions les gouverneurs de ces trois provinces qui ont pris cette initiative à la fois courageuse et encourageante. Ceci montre qu’il y a réellement un besoin. Certes, il y a 13 millions d’enfants qui fréquentent l’école, mais on constate par ailleurs que beaucoup d’enfants quittent l’école ou ne la fréquente pas. Notre mission est de ramener à l’école les enfants qui sont en dehors du système scolaire national. Les expériences qui sont menées au Katanga, et bientôt au Bandundu et à l’Equateur, nous permettront de réorienter les choses sur la question de la gratuité de l’enseignement.

Aujourd’hui, l’université n’est plus à même de recevoir tous les élèves que vous diplômés. N’envisagez-vous pas un mécanisme pour qu’aussitôt après les études, ils soient opérationnels ?

C’est un problème important qui nous préoccupe. Nous avons maintenant une stratégie sectorielle où nous avons pris l’option d’augmenter le nombre des écoles professionnelles. L’objectif est d’avoir 50% d’écoles professionnelles par rapport aux écoles qui donnent l’enseignement général. Aujourd’hui, il y a très peu d’écoles professionnelles. Elles représentent moins de 10%. Il faudra qu’on arrive au bout d’une période de 5 ans à plus de 50%.

Cependant, il faut faire remarquer que l’école professionnelle coûte cher quant à son fonctionnement. Mais il faut qu’on en crée davantage. Il faut aussi que nous revisitions notre programme pour mettre l’accent sur la notion de professionnalisation de notre système éducatif. Les options sont déjà levées. Je continue à dire que nous avons un bon système bien qu’il présente certaines faiblesses, notamment la qualité de la formation. Nous faisons beaucoup d’efforts pour élever le niveau des élèves. Il faut dire qu’on ne leur donne pas suffisamment de supports et de manuels pédagogiques. Il faut également recycler les enseignants, si l’on veut avoir un grand nombre d’enfants bien formés.

Quand vous dites qu’aucun élève ne sera chassé de l’école cette année pour scolarité non payée, il y a des chefs d’établissement qui rient sous cape... Nous avons demandé aux commissions provinciales de l’EPSP d’activer les comités de suivi. Il ne suffit pas seulement de statuer ou de fixer les frais scolaires, mais il faut mettre en place un système de suivi. Je pense que le meilleur suivi, c’est celle-ci qui est fait par les parents eux-­mêmes. Nous leur demandons d’aller désormais payer eux-mêmes les frais à l’école. Il ne faut plus considérer l’enfant comme l’intermédiaire financier entre les parents et l’école. Nous voulons donc instaurer un contact permanent avec l’école. En effet, les parents doivent savoir où étudie leur enfant, ce qui se passe à cette école... L’éducation des enfants est à ce prix une affaire de tous. Si les parents s’impliquent réellement dans le fonctionnement de l’école, ils comprendront beaucoup de choses qui s’y passent.

Quelles sont les attentes du ministère de l’EPSP pour cette année scolaire ?

Au cours de ces deux dernières années, nous avons placé l’année scolaire sous le signe de la pédagogie. Par contre, cette année, la bonne gouvernance et la bonne gestion des ressources allouées aux écoles seront au cœur de nos préoccupations. Notre objectif est d’améliorer la gestion des ressources financières dans nos écoles.

Les frais scolaires qui y sont versés doivent être bien gérés, cette fois-ci, afin qu’ils aident réellement à résoudre les problèmes que l’on rencontre dans nos écoles. Cela a été vraiment notre faiblesse au cours de précédentes années. Chaque école étant considérée     comme une entité, nous voulons que les parents conviennent avec les responsables des écoles d’un canevas budgétaire suivant les instructions du ministère de l’EPSP et l’arrêté du gouverneur de province qui fixe les frais pour l’école.

monsengwoC’est ensemble qu’ils doivent faire fonctionner l’école .Nous allons assainir la gestion des ressources financières allouées aux écoles et les chefs d’établissement qui ne se conformeront pas, s’exposeront  à des sanctions. Je n’entends transiger.

Critiqué après son décret, Mgr Monsengwo fait des mises au point

Défenseur acharné de la suppression de la prise en charge des enseignants par les parents d’élèves, Mgr Laurent Monsengwo Pasinya s’est trouvé au centre d’une vive controverse pour son décret (n°ARKI N/LMP/09 13/2009). Qui fixe les « frais d’intervention ponctuelle » à l’équivalent en francs congolais de 180 dollars (école secondaire) et de 100 dollars (école primaire) pour toute l’année.

Lors d’un point de presse qu’il a tenu, samedi 5 septembre, au siège de l’archidiocèse de Kinshasa, Mgr Monsengwo s’est dit mal compris dans l’opinion. Ceci témoigne du malentendu, voire de la confusion, qui règne autour des frais scolaires que les parents doivent payer à l’école. C’est donc un démenti que l’archevêque de Kinshasa a voulu apporter, à sa manière, estimant que son décret a été mal interprété.

Ecole pour tous

Pour lui, il ne s’agit que d’une « proposition » qu’il a faite pour « remettre de l’ordre ». En effet, a déploré le prélat catholique, les chefs d’établissement sont allés jusqu’à demander 300 ou 400 dollars par enfant au cours de ces dernières années, sans que personne ne lève le moindre doigt. A ses yeux, c’est la corruption, la concussion et le vol.

« C’est une proposition et non une décision », a tranché dans le vif. Mgr Monsengwo. Que cela soit donc clair. Et cette « proposition » s’appuie sur les lettres circulaires (n° MINEPSP/CABMIN/003 et MINEPSP/CABMIN/004) du 6 et 8 juillet 2009 qui donne les directives pour l’année scolaire 2009-2010, sur l’arrêté (SC/0207/BGV/MINEECG/HT/2009) du 29 août du gouverneur de la Ville de Kinshasa qui fixe les frais de scolarité des écoles publiques et privées agrées pour l’année scolaire 2009-2010.

Mais aussi sur la lettre circulaire (n° MINEECG/CABMIN/003/BLD/N/2009) du 1er septembre 2009 de la ministre provinciale en charge de l’Education portant clé de répartition des frais scolaires. Et de souligner: « Les frais ainsi perçus seront gérés selon la clé de répartition suivante frais de fonctionnement (20%) Fonds commun de solidarité (20%) et intervention ponctuelle de toute nature (60%).

L’archevêque de Kinshasa propose que les frais de fonctionnement ainsi que les frais destinés aux interventions ponctuelles de toute nature soient gérés par le conseil de gestion de l’école.

Que le coordinateur diocésain et urbain les sous coordinateurs les responsables d’écoles d’association et les chefs d’établissement ainsi que les présidents des comités scolaires veillent à la stricte application de son décret.

Mgr Monsengwo a dit être préoccupé par l’accès à l’école du plus grand nombre d’enfants rdcongolais. C’est dans cette perspective d’assainir la gestion financière dans les écoles et pour accompagner le gouvernement dans ses efforts pour faciliter l’accès à l’école de tous les enfants en âge de scolarité qu’il a pris l’initiative de créer pour les écoles catholiques de Kinshasa le Fonds commun de solidarité (FCS).

Ce fonds a pour missions de mobiliser les fonds en vue de la prise en charge de la scolarité des enfants démunis, la réhabilitation et la construction des infrastructures scolaires et leur équipement en mobiliers et matériels didactiques ainsi que du fonctionnement des écoles.

(DN/Milor/GW/Yes)

(Tshimanga Dolay/Patience Kimvula/Le Soft