Quatorze chefs d’Etat et de gouvernement de la SADC hôtes de marque de la capitale de la RDC, Kinshasa, transformée pour la circonstance en capitale également de cette communauté de développement de l’Afrique australe pendant deux jours, lundi et mardi, des travaux de son 29ème Sommet
Il y a encore quelques années, aurions-nous pu rêver d’un tel destin ? Englué dans notre pessimisme ambiant tout rd-congolais, jour après jour, notre peuple s’enfonçait dans le trou, dans son trou, celui de la facilité. De la fatalité ? Bien sûr, notre pays est loin d’être tiré du gouffre dans lequel il était/on l’avait plongé. Il faudra encore tant d’efforts à consentir, tant de sacrifices à engager.
Pourtant, chaque jour qui passe montre que la RDC se relève, et les témoignages à l’occasion des visites ne manquent pas de la part de ceux, de plus en plus nombreux, qui se rendent chez nous. Ainsi, les RD Congolais ont savouré leur plaisir d’avoir niqué leurs voisins à l’occasion de la visite de Mme Clinton.
On connaît les relations personnelles qui unissent les Clinton avec le président Paul Kagame. Ces dernières années, le couple avait multiplié des visites au pays des mille Collines et avait passé des nuits dans les montagnes du Kivu, là où nichent les grands singes.
Pourtant, la secrétaire d’Etat de l’administration Obama s’est rendue à Goma, à un jet de pierre de Gisenyi, a rencontré Kabila, sans voir Kagame. Un pied de nez! Du bonheur! C’est ce que Sarkozy est venu rappeler au peuple de RDC: «Nous sommes un grand pays, avec un grand destin. Il ne tient qu’à nous...».
Il ne tient qu’à nous, non pas de rêver ce destin, mais de le réaliser. Kabila s’y emploie. Salut à nos visiteurs de la Sadc qui viennent donner le témoin à Kabila. Bienvenu à vous. Chez nous. Chez vous.
C’est à la Cité de l’Union Africaine (UA), Mont Ngaliema que se tient lundi 7 et mardi 8 septembre le XXIXème sommet des chefs d’État et de Gouvernement des pays membres de la Communauté Economique et de développement des Etats de l’Afrique australe (SADC). Quinze chefs d’État étaient attendus, mais ce sont 14 pays membres qui seront représentés au haut niveau à ce sommet. Madagascar ayant été suspendu en raison de la situation politique interne.
Selon le ministre de la Communication et des Médias et porte-parole du gouvernement, Lambert Mende Omalanga, toutes les personnalités invitées devaient être à Kinshasa dimanche avant la fin de la journée. Le Sud-Africain Jacob Zuma, dont c’est la première visite en RDC, le Zimbabwéen Robert Mugabe et son premier ministre Morgan Tsvangirai, le Tanzanien Kikwete, le roi du Lesotho, la Malawite Elizabeth Panda (Premier ministre) étaient, eux, déjà arrivés à Kinshasa, dimanche 6 septembre alors que nous allions sous presse.
Outre Madagascar qui ne sera pas représenté au plus haut niveau, c’est finalement le Premier ministre angolais qui représentera l’Angola à la place du président Edouardo Do Santos. Au total, 14 chefs d’Etat et de Gouvernement (Afrique du Sud, Angola, Botswana, Lesotho, Malawi, Mozambique, Zimbabwe, Swaziland, Zambie, Namibie, Tanzanie, Maurice, Seychelles) prendront part à ce sommet.
A la veille du sommet, le conseil des ministres de la SADC présidé par le ministre (RDC) de la Coopération régionale et internationale, Raymond Tshibanda Tunga Mulongo wa Majinda, est revenu sur la crise financière internationale qui secoue les économies africaines et le rôle de différents acteurs dans le fonctionnement de la maison commune et les projets de développement de la communauté. Mais aussi sur les priorités de la présidence r-dcongolaise de la SADC.
C’est depuis le 2 septembre que les travaux préparatoires ont démarré à Kinshasa. Ce sont d’abord les experts qui se sont réunis pendant trois jours au Grand Hôtel Kinshasa, avant de laisser la place aux ministres. Experts et ministres ont planché, dans le cadre de groupes de travail, sur des questions relatives au rôle de chacun des acteurs, à leurs responsabilités ou encore à leur meilleure participation dans l’édifice du «vivre en commun».
Les dirigeants des pays membres de la SADC qui se réunissent à Kinshasa auront à statuer à huis clos sur les travaux des experts, des hauts fonctionnaires et des ministres. On parle de 34 décisions que le sommet de Kinshasa rendra publique. Selon toute vraisemblance, experts et ministres ont convenu des actions à entreprendre pour le développement des Etats membres.
On retiendra que les travaux préparatoires ont consisté en l’adoption de l’ordre du jour du sommet des chefs d’Etat et de Gouvernement. Experts et ministres ont passé en revue les états financiers de la communauté, notamment la situation de la contribution annuelle des Etats membres, les implications de la crise économique mondiale sur la région de l’Afrique australe…
Au cours des travaux préparatoires, les débats ont été d’autant plus vifs que les participants ont fait le tour d’horizon des projets d’accord. Ils ont notamment porté des amendements au protocole sur la coopération en matière de politique, défense et sécurité, mais aussi au protocole sur le développement du tourisme. Le projet de mémorandum d’accord relatif à la coopération et l’intégration interrégionales entre les marchés communs de l’Afrique orientale (COMESA, ÉAC) et de l’Afrique australe (SADC) a été adopté.
De même que le plan d’action stratégique décennal de lutte contre la traite des personnes, ainsi que tant d’autres projets d’intérêt majeur pour le développement de la région. Le sommet de Kinshasa est, de l’avis des experts, important parce que les chefs d’Etat et de gouvernement auront à prendre des décisions dans plusieurs domaines de coopération et d’intégration régionale. On parle avec insistance de l’agriculture, l’industrie, du commerce, des finances, des investissements, des mines, des transports et communication…
Energie, eau, tourisme
Selon des sources, les questions d’énergie, tourisme, eau, agriculture, ressources naturelles, élevage, lutte contre les maladies animales, pêche, forêt, faune et flore sont aussi des sujets de préoccupation des chefs d’Etat et de gouvernement. Pour le secrétaire exécutif de la SADC, le Mozambicain Thomas Salomao, la tenue du sommet de la SADC à Kinshasa est un signe, certes, du retour de la paix et de la relance économique de la R-dCongo.
Par exemple, une décision sur l’agriculture concerne l’Institut agronomique de Yangambi pour la recherche agronomique ou encore de la décision sur l’accès au crédit agricole, la transformation des produits agricoles. Il s’agit d’une coopération entre la RDC et les fermiers de Botswana, Zambie et Afrique du Sud. En matière de forêt, la R-dCongo qui est le 2è poumon mondial, jouera un rôle majeur dans le changement climatique…
Afin d’atteindre ses buts, la SADC harmonisera les lignes d’action et les programmes politiques et socioéconomiques des États membres. Et elle encouragera les peuples de la région et leurs institutions à prendre les initiatives visant à développer les liens économiques, sociaux et culturels dans tout cet espace, à élaborer des politiques visant à éliminer progressivement les obstacles à la libre circulation des capitaux et de la main-d’œuvre, des biens et services…
Cependant, pour renforcer le développement économique dans la région, il était nécessaire de créer un environnement favorable aux investissements étrangers, transfrontaliers et intérieurs. Y compris la promotion de la recherche-développement. Aujourd’hui, l’objectif de la SADC est de poursuivre un calendrier d’intégration régionale commun reposant sur des intérêts politiques, économiques et commerciaux. Cet objectif de la SADC ne peut se réaliser que par la zone de libre échange.
En effet, la ZLE de la SADC est le premier jalon vers l’atteinte de cet objectif. Elle représente un marché régional valant 360 milliards de dollars, avec une population totale de 170 millions d’habitants. La RDC et l’Angola devraient rejoindre la ZLE en ajoutant ainsi 71 milliards de dollars et 77 millions d’habitants au marché de la SADC.
La mise en œuvre de la ZLE a débuté en 2000, à la suite de la signature du protocole commercial de la SADC, en 1996. La libéralisation des tarifs douaniers s’est réalisée à un rythme variable. En général, les pays plus développés ont abaissé leurs tarifs plus rapidement. Cependant, une union douanière est établie lorsqu’un groupe de pays forment un territoire douanier unique dans lequel il existe une zone de libre-échange et un tarif extérieur s’appliquant aux non membres.
La ZLE facilite l’harmonisation des procédures et des classifications douanières, l’accroissement de la coopération douanière, la réduction des coûts par l’introduction dans l’ensemble de la région d’un document normalisé unique pour le dédouanement… De ce fait, la zone libre d’échange témoigne de la volonté que les chefs d’État de la région accordent à la construction d’un développement solidaire pour l’ensemble de l’espace commun, souligne Thomas Salomao.
RDC replacée sur orbite
De toute évidence, la tenue du sommet de Kinshasa est porteuse d’espoir pour la RDC, désormais pacifiée. Faisant le tour d’horizon des secteurs de l’économie réelle, le secrétaire exécutif de cette organisation souligne que le secteur minier est le plus durement touché dans la région.
En effet, en 2009, les prix de principaux matières premières: diamant, cuivre, nickel, uranium et pétrole ont chuté à leurs niveaux d’avril 2006, voire à des niveaux inférieurs. Ce qui a entraîné des pertes de revenus pour les États, la montée du chômage et la chute des investissements.
Les niveaux de l’emploi ne cessent également de décliner dans certains États membres. Si le secteur financier de la région, en particulier le secteur bancaire, a été relativement épargné, il existe des effets de contagion financière qui peuvent être néfastes aux autres flux financiers vers la région.
La contraction des flux financiers signifie que les Etats membres dépendront fortement des institutions financières multilatérales, note le secrétaire exécutif, Thomas Salomao. Le commerce mondial a décliné pour la première fois, depuis 1982. Ce déclin est même le plus fort depuis 80 ans. Au cours du quatrième trimestre de 2008, des chutes majeures des exportations ont été enregistrées dans de nombreux pays.
La chute des recettes d’exportation découlant de la faiblesse des prix des produits de base conjuguée aux manques à gagner sur les taxes à l’exportation exerce des pressions sur le compte courant des États membres.
Dans le secteur manufacturier, le taux d’utilisation des capacités, qui avait chuté à 10%, s’est amélioré. Le secteur agricole devrait croître de 24%, en 2009… En dépit de ces améliorations, des défis demeurent, en particulier en ce qui concerne l’accès aux lignes de crédit pour rehausser l’utilisation des capacités industrielles et l’appui budgétaire dont les gouvernements ont besoin pour exécuter les travaux urgents de réhabilitation des infrastructures.
Cependant, la consommation de cultures vivrières non céréalières telles que le manioc et le plantain est en hausse dans bon nombre de pays. Et la région demeure un importateur net de lait et de viande. Si la production et les disponibilités alimentaires se sont améliorées dans la région, l’insécurité alimentaire et la malnutrition existent au niveau des ménages.
L’argent à réponse à tout. Les politiques mises en route ont besoin d’argent pour leur exécution. Deux possibilités: exercer la pression pour accéder aux ressources additionnelles du FMI, de la BM et de la BAD et mobiliser les ressources nationales. A l’issue de ce sommet, la RDC prendra la présidence de la SADC.
La présidence r-dcongolaise est vivement saluée, à l’interne comme à l’externe. Il y a encore quelques années, aurions-nous pu rêver d’un tel destin ? Englué dans notre congopessimisme ambiant, jour après jour, ce pays s’enfonçait dans le trou. Il est loin d’être tiré du gouffre. Il faudra encore tant d’efforts à consentir, tant de sacrifices.
Reste que quelque chose se passe et il paraît évident que ce pays se relève. Pas certes comme on l’aurait souhaité. Mais se relève. Cela paraît évident. Tout au moins au plan de la reconnaissance diplomatique. C’est le lieu de tirer une fière chandelle à une gouvernance et, donc, à une vision. Il suffit de revoir un ballet diplomatique tout récent. Les chefs du FMI, de la Banque Mondiale, des banquiers du Continent. Et comment ne pas citer la visite de Hillary Clinton.
En l’espèce, on connaît les relations personnelles qui unissent les Clinton avec le président Paul Kagame. Ces dernières années, le couple avait multiplié des visites au pays des mille Collines et avait passé des nuits dans les montagnes du Kivu, là où nichent les grands singes. Mais la secrétaire d’État de l’administration Obama s’est rendue à Goma, à un jet de pierre de Gisenyi, a rencontré Kabila, sans voir Kagame.
Cela ne peut qu’être le trait d’une nouvelle politique de l’administration américaine dans les Grands lacs africains. Du bonheur! Aux R-dCongolais d’en tirer parti. En attendant, salut à nos hôtes, salut aux Chefs d’Etat et de gouvernement de la SADC. Bienvenu à vous. Chez nous. Chez vous.
(DN/Milor/GW/Yes)
Shimanga Dolay/Patience/Kimvula/D. Dadei/Le Soft