livres bibliothequeTeint  sombre, l’oeil vif, la soixantaine révolue, Paul Lutonadio a dé­cidé d’ouvrir une biblio­thèque publique dans la concession de la maison communale de Nd­jili. Ouvert au public de­puis 2007, la « Bibliothèque pour la Promotion de l’Enseignement et de la Recherche Scientifique » (BER) contient trois mille ouvrages.

Le lecteur occasionnel ou l’abonné a l’embarras du choix devant des rayons garnis de trois mille li­vres. On y dénombre des journaux, des revues et des ouvrages à  carac­tère scientifique, culturel, politique, économique, re­ligieux.

Faute des moyens, Lutonadio Kalunga, fé­rus de lecture depuis son jeune âge, s’est résigné à confiner ses ouvrages dans un container de dix mètres de longueur. Les visiteurs, pour la plupart des étudiants, lisent sous les arbres.


L’abonnement mensuel est de 2.000 francs congolais. Le client ordinaire débourse 500 francs pour la lecture.
En dépit de cette tarification somme toute raisonnable, l’ancien ca­dre de Tangi- Frères n’a pas encore accueilli grand monde jusqu’ici. Pendant les périodes de disette, à savoir les grandes vacan­ces, il lui arrive d’enregis­trer cinq clients seulement par jour.

Comme documents politiques, historiques et culturels, on trouve ceux consacrés à la Sierra Leo­ne, à l’Angola, aux Usa, au Portugal, à la Chine, à la Corée du Nord, aux deux guerres mondiales, au Congo-Zaïre, aux rivalités franco-belges au Congo... mais également à la révo­lution russe, à Henry Kissinger, à Nkwame Krumah, à Sekou Touré, à Mao Tsé Toung, à Hitler, à Kasa­-Vubu, au Kimbanguisme, au Coran, aux Congolais comme Isidore Ndaywel, Thassinda, Mwamba Mpu­tu, Laurent Désiré Kabila et Joseph Kabila, à Mobu­tu etc. Des dictionnaires, des livres de médecine, d’anglais, de droit... sont également visibles chez Lutonadio Kalunga.

Une longue marche

L’homme a affirmé avoir investi au moins vingt mille dollars pour monter «sa » bibliothèque. A l’en croire, l’idée avait germé dans sa tête en 1996, une année après son départ du groupe Universal Plas­tiques, Sonpek et Tangi­-Frère.

Notre interlocuteur se rappelle encore les railleries de ses proches qui lui conseillaient plutôt de se lancer dans des affaires plus rentables.« Vos lecteurs po­tentiels, à savoir les fonc­tionnaires, logent souvent le diable », lui disait-on.

 « En dépit de ces remar­ques somme toute perti­nentes, j’ai tenu à doter Ndjili, peuplé jusqu’ici de plus de deux millions d’ha­bitants, d’une bibliothèque générale », a-t-il indiqué. A la question de savoir com­ment il s’y est pris pour matérialiser son rêve, il a affirmé avoir sacrifié une partie de ses économies. Pendant une dizaine d’an­nées, il a fait alors le tour des lieux de vente des li­vres dans la capitale.

A l’époque, il lui ar­rivait de marcher a pieds de Ndjili à la place Pont Kasa-Vubu ou au Mar­ché Central pour, à la re­cherche des ouvrages à racheter. Cette étape une fois franchie, il s’est alors tourné vers le bourgmestre Bende Bende, qui lui a octroyé un espace sur le terrain municipal. Paul Lutonadio a précisé avoir reçu dans le passé des personnes évoluant dans les hautes sphères politiques pour s’enquérir du contenu de ses ouvrages ou encore des raisons de l’implan­tation d’une bibliothèque dans ce coin de la capi­tale.

« Je suis habité simplement habité à l’idée de combattre l’analphabé­tisme, l’ignorance et même aider les étudiants dans le cadre de leurs travaux pra­tiques, de fin d’études », se plait-il a raconter. Mais no­tre hôte se fait beaucoup de soucis à cause du man­que d’enthousiasme des habitants de Tshangu pour la lecture en plein air. Son autre préoccupation est le retour des pluies, très pré­judiciable à une telle acti­vité.

(BT/Yes)

Jean-Pierre Nkutu/Le Phare