medi tradiLa commémoration de la 7ème journée africaine de la médecine traditionnelle a montré les insuffisances des pouvoirs publics à accompagner une médecine enracinée, à laquelle recourent de plus en plus les Congolais. Pour ou contre la médecine traditionnelle ?

En République démocratique du Congo, comme ailleurs, ce type de débat est passé de mode, depuis que l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a, sous certaines conditions, donné ses lettres de noblesse à l’art ancestral de guérir. Plusieurs arguments ont, certes, contribué à la conversion de mentalité sur le sujet. D’abord celui du coût, prohibitif, des médicaments et des soins dans des hôpitaux classiques. Ensuite, celui de la précarité grandissante des populations. Enfin, celui de la prolifération des produits asiatiques et européens de contrefaçon sur le marché africain.

La RDC, comme d’autres pays sur le continent, peut aussi s’émanciper sur ce terrain. Immensément riche de par la diversité de sa faune et sa flore, elle possède de réels atouts pour devenir le creuset de la recherche dans le domaine médical. Sa vaste biodiversité est, en effet, susceptible de conduire à la découverte de nouveaux médicaments. Elaborés selon les normes internationales, les futurs médicaments « Made in DR Congo » devraient contribuer à lutter efficacement contre les maladies endémiques émergentes, y compris le VIH/Sida.

Cette vision ne relève point de l’utopie. Depuis des générations, les populations congolaises recourent avec bonheur à la phytothérapie. Leurs compatriotes scientifiques croient aux pouvoirs de cette médecine mais regrettent de n’y être pas initiés. Les dirigeants politiques, par contre, semblent distraits tant qu’ils peuvent, aux frais de la République, s’offrir de dispendieux soins en Afrique du Sud ou en Europe.

Toutefois, en dépit du contraste auquel donne droit la problématique en RDC, l’engouement des citoyens envers la médecine traditionnelle mérite d’approfondir la réflexion. L’OMS, la première, invite au débat les pays de tous les continents, qu’ils soient industrialisés, en développement ou sous-développés.

L’alternative au Nigeria

Le lundi 31 août 2009 a coïncidé avec la commémoration de la 7ème Journée africaine de la médecine traditionnelle. « Médecine traditionnelle et sécurité des patients » a été proposé par l’OMS comme thème de l’année.

Invité à prononcer une allocution, au nom du gouvernement, le ministère congolais de la Santé n’a pas surpris l’assistance. Dans son message à la nation, il a déclaré qu’il « met tout en œuvre pour appliquer la politique du gouvernement en matière de médecine traditionnelle ».

En guise de « politique », le ministère a simplement énoncé la reconnaissance de la médecine traditionnelle comme « partie intégrante des soins de santé primaires devant améliorer l’accès aux soins… ». Il a ajouté que le gouvernement s’engage à « assurer la qualité des produits utilisés … et la sécurité des patients en renforçant les compétences des praticiens ».

Les critiques dénoncent des propos aussi simplistes et non conformes à la réalité du terrain. C’est le lieu aussi, pour eux, de relativiser le message de l’OMS mettant « en garde contre une mauvaise utilisation de la médecine traditionnelle », sans une alternative.

L’alternative, c’est notamment celle qu’expérimente le Nigeria. Et de manière fort intelligente. Au lieu de discours et de vœux pieux, Abuja a effectivement pris en charge ses tradipraticiens. Il les a envoyés en formation en Chine d’où ils sont revenus nantis du savoir et équipés de mini laboratoires de production des médicaments.
Aujourd’hui, les tradipraticiens nigérians mettent au point des médicaments sous la forme attrayante de gélules, capsules, comprimés, solutés.

Ils utilisent des emballages labellisés et travaillent en harmonie avec les médecins universitaires dans les mêmes hôpitaux publics. La politique officielle a favorisé la cohabitation et promu la médecine des ancêtres. Bref, elle sert les patients dans des conditions idéales.

(DN/Milor/GW/Yes)

Le Potentiel