Encore une fois, une bande des contrefacteurs vient d’être démantelée après avoir tombé dans leur propre piège à Mbuji-Mayi. C’est une opération devenue monnaie courante dans cette capitale diamantifère congolaise.
Il ne fait pas l’ombre d’un moindre doute que la contrefaçon a pignon sur rue en RD Congo. Si notre pays ne rivalise pas dans ce domaine avec l’Italie de l’époque, en tout cas il n’en est pas très éloigné. En faut-il encore une preuve ? La capitale mondiale du diamant industriel, Mbuji-Mayi, vient d’en faire une expérience amère, qui témoigne de l’expansion, si on ose dire, de cette « industrie » de la monnaie.
Des éléments de la sécurité de la Mission des Nations Unies au Congo (Monuc) se sont saisis, en début de cette semaine, de deux contrefacteurs qui ont été aussitôt mis en garde à vue à la police criminelle congolaise de cette ville diamantifère. Aussitôt après leur arrestation, la branche criminelle de la police congolaise de Mbuji-Mayi a entrepris des investigations devant permettre d’en savoir davantage sur l’étendue du réseau de ces contrefacteurs qui, rapporte la radio onusienne Okapi, a pris dans le chef-lieu du Kasaï Orientale un développement exponentiel inquiétant.
Le manège est simple dans ce genre d’opération qui, couplée à la consommation et à la vente de la drogue et de tous ses dérivés tend à occuper le clair du temps des jeunes congolais gagnés par l’oisiveté, faute d’emploi. Leur excuse s’arrête là, net
Généralement, les malfaiteurs approchent leurs victimes à qui, ils demandent un montant qui rassure tout de suite parce que apparemment dérisoire dans une ville il en circule beaucoup, beaucoup trop même, 500 $ dollars américains…, seulement, avec la promesse que ce montant en rapporterait – tenez-vous bien – un pactole de 90.000 dollars yankee. Comme dans un compte de mille et une nuit.
Mal leur en a pris parce que le coup monté a tourné court les malfrats ayant commis l’imprudence – y a-t-il jamais de crime parfait ? – tout simplement du fait que les contrefacteurs avaient donné rendez- vous à leurs victimes au quartier général de la Monuc, prétextant que c’est là bas qu’ils allaient retirer les fonds. Un peut comme si la Monuc était mêlée à cette opération.
L’information s’étant ébruitée et la Monuc en ayant eu vent a fini par alerter la police qui s’en est saisie avant d’arrêter les contrefacteurs. De quoi satisfaire le commandant de la police d’investigation criminelle (Pic), le colonel Fariala, qui s’est félicité de ce beau coup de filet qui est de nature à décourager les autres contrefacteurs qui pullulent dans la ville de Mbuji-Mayi.
Recrudescence inquiétante
De tout temps, le chef-lieu de la province du Kasaï-Orientale a toujours été le centre d’intérêt des contrefacteurs et autres bandits de grand chemin dont les fameux « Ba Yuda », dénomination que se sont donnés un gang de malfaiteurs de Kananga voisin de la province du (Kasaï-Occidental), dont la réputation était bâtie sur un procédé bien singulier qui consistant en rançonnement systématique des voyageurs empruntant les trains de la SNCC (Société nationale des chemins de fer). Exactement comme dans un Far West, ces bandits gambadaient au-dessus des wagons de cette société pour réaliser leurs forfaits. Depuis, ils se sont convertis en musiciens célèbres bien connus dans le pays.
Dans le lot de tous ces malfaiteurs, figuraient en bonne place des ressortissants ouest africains, notamment des Sénégalais et des Maliens qui avaient investi les deux Kasaï où ils avaient développé le trafic, clandestin du diamant. Mais ce trafic avait amené ces « Ouestafs » à entreprendre d’autres activités commerciales de tous genres justes pour servir de couverture à leur exploitation clandestine de cette matière précieuse. Celle-ci justement nécessitant beaucoup de moyens financiers, il fallait bien trouver de l’argent par tous les moyens et l’un de ceux-ci fut naturellement la contrefaçon du dollar américain essentiellement.
A ce propos, réputés spécialistes dans cette activité illicite, des sujets nigérians, gambiens et camerounais déferlèrent sur Mbuji-Mayi depuis les années 1960. Ils y ont entrepris la contre façon à grande échelle, achetant le diamant à qui mieux- mieux qu’ils revendaient à des « antennes » installées généralement tant à Lubumbashi qu’à Kinshasa. A défaut de les écouler en Europe (Anvers, Londres et Amsterdam notamment).
Le cas de Mbuji-Mayi n’est pas unique. Il est vrai que la recrudescence du phénomène de contrefaçon des billets de dollars américains y a déjà fait plusieurs victimes dans le passé. Plusieurs personnes se sont déjà fait subtiliser leurs économies parce qu’elles croyaient dans la magie de ces prestidigitateurs qui leur ont fait construire des châteaux en Espagne. Plutôt une rêverie dont elles s’en sont rendu compte bien tardivement.
On rapporte même un cas récent d’un sujet libanais exerçant un commerce honnête sur place qui s’était fait rouler dans la farine par le manège d’un contrefacteur qui lui avait fait miroiter des alouettes bien rôties. Résultat de cette course à l’argent facile, le Libanais a choisi de mettre fin à sa vie pour 60.000 dollars américains qu’il s’était fait escroquer par son « sauveur ».
Le phénomène s’est déjà emparé de Kinshasa et de Kisangani ainsi que de tous les sites d’exploitation clandestine des matières précieuses. Le cas de Kinshasa s’est doublé d’un autre genre de contre façon. On ne sait pas à quelle source les contrefacteurs se procurent des clichés des billets de 100 dollars surtout grâce auxquels ils font en un tournemain, une démonstration devant leurs « clients » potentiels pour les convaincre de la justesse de l’opération. En deux temps, trois mouvements, les dollars tombent à la pelle sur la table. Le procédé se fait à l’aide des produits chimiques dont on ignore, là aussi, les fournisseurs.
Selon certaines indiscrétions, quelques éléments travaillant à l’Hôtel de monnaie seraient les grands pourvoyeurs de ces contrefacteurs qui ont pignon sur rue surtout dans la capitale où ils ont développé un vaste réseau de leur activité. Jusqu’à alimenter les cambistes qui dominent le marché de change avec, on le sait à présent, des vrais - faux dollars dont ils sont curieusement les seuls à identifier facilement, sans recourir au testeur.
Une anecdote croustillante. Un ancien ministre et également ancien président d’une grande équipe de football de Kinshasa s’était laissé berner par ceux qu’on appelle dans les milieux les « mbongolateurs » (contrefacteurs). L’infortuné exministre venait de vendre l’une de ses villas pour un montant dépassant les 100.000 dollars $. Sur conseil sans doute intéressé d’un de ses amis, il remit 80.000 dollars américains à un contrefacteur, démonstration à l’appui, contre quelque 500.000 dollars qu’il escomptait au bout de l’opération. Son « bienfaiteur », son escarcelle bien garnie, disparut dans la nature sans demander son reste et la victime n’avait plus que ses yeux pour pleurer à chaudes larmes son magot volatilisé.
Et dire qu’il y en a par milliers qui se font prendre dans ce piège. Malheureusement, la course à l’enrichissement facile laisse convaincre certains congolais à tenter l’ « expérience ». Quitte à constater les dégâts, généralement tardivement. A l’heure de la « tolérance zéro », vivement que ces deux contrefacteurs et leurs complices éventuels puissent-être sévèrement punis à la mesure de leur forfait. La contrefaçon étant un délit de droit pénal, nul, comme dans tous les autres cas, n’étant censé ignorer la loi.
(CL/Milor/GW/Yes)
Jeff Kalambaie/Uhuru