Les Etats-Unis d’Amérique sont pragmatiques. Après les cauchemars que l’ère Bush a inspirés au monde entier en général, et à la République démocratique du Congo en particulier, voici l’Administration Obama qui prône l’ouverture au monde, le dialogue et le multilatéralisme.

Pour la RDC, le geste d’Obama consacre le retour en grâces, en souvenir du statut de « fidèle allié » de Washington conféré autrefois au président Mobutu et au Zaïre à l’époque de la Guerre froide. Dans sa nouvelle redistribution des cartes, Washington entend, à travers des relations transparentes, couvrir de bienveillance la République démocratique du Congo. C’est une évolution positive par comparaison avec l’embargo imposé jadis à la RDC par le président Bush.

Ainsi, après sa première mission en RDC, la secrétaire d’Etat Hillary Clinton a-t-elle confié, le 21 août 2009, au People et aux Dépêches du Département d’Etat que Washington allait « redoubler des efforts afin de (s’) attaquer à la cause fondamentale de la violence (dans l’Est de la RDC), à savoir le conflit qui perdure. Nous prendrons de nouvelles mesures à l’ONU, de concert avec d’autres pays pour mettre fin à ce conflit ». Dans la foulée, Hillary Clinton a annoncé que son pays va « consacrer plus de 17 millions USD à la prévention de la violence sexuelle en RDC… Nous allons affecter près de 3 millions USD au recrutement et à la formation des policiers chargés de protéger les femmes et les filles et d’enquêter sur les actes de violence sexuelle… ».

Du néant diplomatique…

La nouvelle administration met en avant la redynamisation et l’approfondissement des relations de coopération entre les deux pays, dans les secteurs notamment de la sécurité alimentaire et de la réforme des services de sécurité. Sans oublier la lutte, sous diverses formes, contre les violences sexuelles dans l’Est du pays. A ce propos, les Etats-Unis ont officiellement annoncé leur volonté de contribuer à la formation des militaires congolais. En échange, la RDC leur (re)concède des bases militaires : de Kamina au Katanga et de Kitona dans la province du Bas-Congo.

Samuel Brock, leur ambassadeur, a annoncé jeudi, au sortir d’une audience au ministère congolais de la Coopération internationale et régionale, que les USA vont réhabiliter une base militaire près de Kisangani, en province Orientale. La réhabilitation d’une base militaire dans la province Orientale pourrait se justifier. Pour mémoire, les rebelles ougandais de la Lord Resistance Army (LRA) ont fait de la province un sanctuaire inexpugnable, se livrant ces dernières années aux pires massacres des populations congolaises, aux enlèvements des jeunes et des parents, à l’incendie des maisons et des cultures, aux pillages des biens des autochtones.

Pour leur part, les groupes armés locaux, bien que globalement intégrés dans les Forces armées de la République, ont laissé derrière des poches d’irréductibles, drogués par l’appât du gain facile faute d’emplois formels rémunérateurs.

… Au géant géopolitique

Vue de Washington, la RDC vient de loin. De très loin. Surtout quand on observe le soudain réchauffement diplomatique après de longues années de grande brouille caractérisées, de 1997 à 2001, par la mise à l’index du président Laurent-Désiré Kabila, successeur de Mobutu à la tête du pays.

Après 2001, la galère n’en a pas moins continué sous la Transition post Dialogue intercongolais (2003-2006) jusqu’à la récente visite, début août 2009, de la secrétaire d’Etat Hillary Clinton en RDC.

Les analystes sont d’avis que le froid qui empestait les relations américano-congolaises a été compensé, à l’époque, par l’activisme de l’Union européenne. Ce fut elle, en effet, le maître d’œuvre du processus électoral pour avoir casqué quelque 500 millions d’euros.

Il convient de noter que la somnolence de Washington, qui avait privilégié le Rwanda et l’Ouganda, sous George Bush, avait permis à la Chine, tel un larron, de rafler le contrat minier dit « du siècle », aujourd’hui remis à plat par les interférences et les pressions des puissances occidentales.

La RDC n’a plus d’excuses pour demeurer à l’ombre. Du néant diplomatique qu’elle a été ces quinze dernières années, elle peut allégrement atteindre le statut de géant géopolitique. Les sollicitations du moment, qui proviennent de tout l’univers, sont une opportunité à ne pas louper. C’est maintenant ou jamais.

L’unique problème – classique – qui se pose est celui-ci : que veulent et que peuvent faire les dirigeants congolais des marques de bienveillance qui leur est témoignée par tous les pays industrialisés ?

Changement positif de Washington désormais plus actif dans les organes du système de l’Onu

Paix et sécurité, telle la ligne di­rectrice de la nouvelle politique américaine vis-à-vis des institutions du systè­me des Nations Unies. Les termes de ce changement profond ont été édictés lors d’un discours prononcé par Mme Suzan Rice, nouvelle représentante des USA au Conseil de Sécurité à l’uni­versité de New York le 12 août dernier, a indiqué le chef de mission-adjoint de l’ambassade des Etats-Unis à Kinshasa, lors du point de presse organisé vendredi sur la terrasse de la résidence of­ficielle de l’ambassadeur de ce pays à Kinshasa.

Reprenant textuel­lement le discours du 12 août, l’orateur a souligné que désormais Washington va baser toute sa politique à l’égard de l’ONU sur le bien-être et la sécurité des Américains qui sont inextri­cablement liés à ceux des autres peuples du monde. Et l’administration Obama a alors entrepris des change­ments assez remarquables en faveur du multilatéralis­me aux Nations Unies.

Citant certains pays tels l’Iran et la Corée du Nord, l’ambassadrice de Washington aux Nations Unies a déclaré que son pays ne ménagera aucun effort pour combattre la prolifération des armes nucléai­res dont le danger n’est plus à démontrer. Il en est de même de diverses mena­ces qui pèsent sur le mon­de notamment les change­ments climatiques, les pandémies et la crise financière mondiale, en soulignant par exemple que les intérêts sécuritaires des Etats-Unis convergent avec ceux de l’ONU en Afghanistan.

Washington s’enga­ge à participer de façon posi­tive dans les organisations du système des Nations Unies. C’est ainsi que les USA sont devenus membres du Con­seil des Droits de l’homme qu’ils boudaient depuis des décennies. Washington, qui jusque là boudait la Cour Pénale Internationale, s’est engagé à laisser cette ins­titution accomplir ses mis­sions et espère y adhérer un jour.

Washington est ouvert au dialogue avec tous les pays du monde bien en­tendu sous certaines condi­tions. Il prend l’engagement d’apurer tous ses arriérés de quotas et de cotisations envers les Nations Unies. Conscients des change­ments intervenus depuis la création de l’ONU, les Usa vont intensifier des efforts pour que cette organisa­tion accorde des mandats plus réalistes aux membres dans les missions de main­tien de la paix à travers le monde, notamment, le renforcement des moyens lo­gistiques, humains, finan­ciers, juridiques.

Si hier, l’on ne trouvait aucun sujet Américain dans les contin­gents de l’ONU en tant que militaires ou policiers, il en sera autrement désormais, a martelé le chef de mission adjoint. Ce qui se traduira assurément par la mise en place d’un système rigoureux pour l’éthique dans tous les organes du systè­me des Nations Unies.

(DN/Milor/Yes)

Le Potentiel/Le Phare