Le Conseil des ministres présidé vendredi par le Chef de l’Etat a examiné la situation générale dans le pays en épinglant particulièrement le sort des Congolais refoulés d’Angola pour signifier la mesure de rétorsion que la RDC est en droit de prendre en expulsant à son tour les ressortissants étrangers en situation irrégulière
Selon le porte-parole du gouvernement et ministre de la Communication et médias, des tensions sont observées entre les provinces du Kasaï Occidental et Kasaï Oriental, entre le Kasaï Oriental et le Katanga, et à l’intérieur même du Kasaï Oriental, une mission gouvernementale a été dépêchée sur place pour remettre de l’ordre.
En réaction à l’expulsion massive des Congolais (RDC) par l’Angola le gouvernement a promis de refouler à son tour des ressortissants étrangers en situation irrégulière sur le territoire de la RDC. Le compte rendu complet de ce conseil du gouvernement est attendu.
Décidemment, les Etats-Unis d’Amérique reprennent pied sur le sol congolais. Honneurs à l’Administration Obama qui interpelle les autorités de la RDC. Quelles sont les stratégies de Kinshasa en vue de tirer parti, diplomatiquement et géopolitiquement, du renouveau de la coopération bilatérale avec Washington ?
Les Etats-Unis d’Amérique sont pragmatiques. Après les cauchemars que l’ère Bush a inspirés au monde entier en général, et à la République démocratique du Congo en particulier, voici l’Administration Obama qui prône l’ouverture au monde, le dialogue et le multilatéralisme.
Pour la RDC, le geste d’Obama consacre le retour en grâces, en souvenir du statut de « fidèle allié » de Washington conféré autrefois au président Mobutu et au Zaïre à l’époque de la Guerre froide.
Dans sa nouvelle redistribution des cartes, Washington entend, à travers des relations transparentes, couvrir de bienveillance la République démocratique du Congo. C’est une évolution positive par comparaison avec l’embargo imposé jadis à la RDC par le président Bush.
Ainsi, après sa première mission en RDC, la secrétaire d’Etat Hillary Clinton a-t-elle confié, le 21 août 2009 au People et aux Dépêches du Département d’Etat que Washington allait « redoubler des efforts afin de (s’) attaquer à la cause fondamentale de la violence (dans l’Est de la RDC), à savoir le conflit qui perdure. Nous prendrons de nouvelles mesures à l’ONU, de concert avec d’autres pays pour mettre fin à ce conflit ».
Dans la foulée, Hillary Clinton a annoncé que son pays va « consacrer plus de 17 millions USD à la prévention de la violence sexuelle en RDC. …. Nous allons affecter près de 3 millions USD au recrutement et à la formation des policiers chargés de protéger les femmes et les filles et d’enquêter sur les actes de violence sexuelle… ».
Du néant diplomatique…
La nouvelle administration met en avant la redynamisation et l’approfondissement des relations de coopération entre les deux pays, dans les secteurs notamment de la sécurité alimentaire et de la réforme des services de sécurité. Sans oublier la lutte, sous diverses formes, contre les violences sexuelles dans l’Est du pays.
A ce propos, les Etats-Unis ont officiellement annoncé leur volonté de contribuer à la formation des militaires congolais. En échange, la RDC leur (re)concède des bases militaires : de Kamina au Katanga et de Kitona dans la province du Bas-Congo. Samuel Brock, leur ambassadeur a annoncé jeudi, au sortir d’une audience au ministère congolais de la Coopération internationale et régionale, que les USA vont réhabiliter une base militaire près de Kisangani, en province Orientale.
La réhabilitation d’une base militaire dans la province Orientale pourrait se justifier. Pour mémoire, les rebelles ougandais de la Lord Resistance Army (LRA) ont fait de la province un sanctuaire inexpugnable, se livrant ces dernières années aux pires massacres des populations congolaises, aux enlèvements des jeunes et des parents, à l’incendie des maisons et des cultures, aux pillages des biens des autochtones. Pour leur part, les groupes armés locaux, bien que globalement intégrés dans les Forces armées de la République, ont laissé derrière des poches d’irréductibles, drogués par l’appât du gain facile faute d’emplois formels rémunérateurs.
… Au Géant Géopolitique
Vue de Washington, la RDC vient de loin. De très loin. Surtout quand on observe le soudain réchauffement diplomatique après de longues années de grande brouille caractérisées, de 1997 à 2001, par la mise à l’index du président Laurent-Désiré Kabila, successeur de Mobutu à la tête du pays. Après 2001, la galère n’en a pas moins continué sous la Transition post Dialogue intercongolais (2003-2006) jusqu’à la récente visite, début août 2009, de la secrétaire d’Etat Hillary Clinton en RDC. Les analystes sont d’avis que le froid qui empestait les relations américano-congolaises a été compensé, à l’époque, par l’activisme de l’Union européenne. Ce fut elle, en effet, le maître d’œuvre du processus électoral pour avoir casqué quelque 500 millions d’euros.
Il convient de noter que la somnolence de Washington, qui avait privilégié le Rwanda et l’Ouganda, sous George Bush, avait permis à la Chine, tel un larron, de rafler le contrat minier dit « du siècle », aujourd’hui remis à plat par les interférences et les pressions des puissances occidentales. La RDC n’a plus d’excuses pour demeurer à l’ombre. Du néant diplomatique qu’elle a été ces quinze dernières années, elle peut allégrement atteindre le statut de géant géopolitique. Les sollicitations du moment, qui proviennent de tout l’univers, sont une opportunité à ne pas louper. C’est maintenant ou jamis.
L’unique problème – classique - qui se pose est celle-ci : que veulent et que peuvent faire les dirigeants congolais des marques de bienveillance qui leur est témoignée par tous les pays industrialisés ?
Les réfugiés installés à Kinshasa rappelés à l’ordre
M. Kambale Mutokambali, conseiller du ministre de l’Intérieur et de la Sécurité, a rappelé à l’ordre jeudi, les réfugiés installés à Kinshasa, au cours d’une séance dans la salle de réunions de la Commission nationale pour les réfugiés (CNR), en les exhortant au respect des lois du pays d’accueil.
Après avoir transmis le message d’amitié du ministre, M. Kambale a mis ses interlocuteurs en garde contre tout comportement qui enfreint les lois du pays, les exposant ainsi aux sanctions allant jusqu’à la privation de liberté, avant de leur expliquer le rôle de la CNR et de les inviter à éviter toute agitation inutile et compromettante. De son côté, Mme Rigobert Moupondo Mafundji, secrétaire permanent de la CNR a invité ces réfugiés à s’en tenir aux textes qui les régissent et à avoir de considération envers les institutions de la RDC qui « vous procure protection et assistance ».
Il a attiré leur attention sur certains écrits, œuvre d’une catégorie des réfugiés qui veulent s’engorger sur le chemin de la subversion ». M. Moupondo a aussi dénoncé certaines pratiques illicites auxquelles s’adonnent d’autres réfugiés consistant à favoriser l’immigration clandestine des Congolais à l’étranger, à travers leurs ONGs. Pour ce qui est de la préoccupation des réfugiés concernant l’obtention de leur cartes de réfugié, le secrétaire permanent de la CNR les a rassurés que tout est mis en œuvre pour qu’ils aient leur pièce d’identité d’ici décembre 2009.
Les représentantes du HCR notamment Mesdames Angélique Sita et Régine Avognon ont quant à elles, entretenu les réfugiés sur leurs droits et devoirs, ainsi que sur la nouvelle politique d’assistance sociale que l’agence onusienne se propose de mettre sur pied avec le concours de ses partenaires opérationnels. La RDC héberge 280.000 réfugiés sur son territoire dont 20.000 (vingt mille) à Kinshasa, rappelle-t-on.
(DN/Milor/Yes)
Le Potentiel/Acp