joshur & molandLa 5ème audience publique du tribunal militaire de garnison de Ki­sangani mettant en cause l’auditeur militaire et officier du Ministère public contre deux sujets norvégiens a eu lieu le lundi 24 août 2009 en la salle des spectacles de l’Alliance franco-­congolaise (AFRACO), ce, après suc­cessivement celles des 14, 18, 20 et 22 août 2009. A l’audience du 18 août, le tribunal militaire, dans son arrêt du jugement avant dire droit, s’est déclaré compétent pour juger les deux Norvégiens présumés assassins du chauffeur Abedi Kasongo, 47 ans, qui laisse une veuve et six orphelines. Le meurtre a été perpétré au PK 109, à 20 heures, sur la route Ituri le 5 mai 2009. les sujets norvégiens présumés assassins sont MM. Joshua French (passeport n°25693224) et Tjostotr Motand (passeport n°27040881). A l’audience au dit procès le président du tribunal militaire de garnison de Kisangani, le capitaine Claude Disimo a balayé le mémo collectif de la défense des deux Norvé­giens en se référant à l’arsenal juridi­que national et international, notam­ment la Constitution de la RD Congo, le code de la procédure pénale con­golais, le code de justice militaire et le code de procédure civile congolais.

Mise en garde contre la ten­tative d’évasion

L’auditeur militaire de garnison de Kisangani et officier du Ministère public, le Major Jean Blaise Mutunda, a retenu 4 chefs d’accusation à charge des deux Norvégiens, à savoir : tentative d’assassinat, assassinat, vol à mains a­rmées et espionnage. Avant de pro­noncer un jugement avant dire droit par le tribunal militaire, l’auditeur militaire a mis en garde contre les tentatives d’évasion qui se préparaient en faveur de ces sujets norvégiens. En effet, a-t-il révélé, la nuit du 19 au 20 août 2009 a été très mouvementée à la prison centrale de Kisangani où sont détenus les deux prévenus, avec des visites tardives très suspectes. D’après une source, les deux pré­venus s’étaient même retrouvés en dehors de la prison cette nuit-là.

Le député provincial Joël Bafandu, inter­venant par motion d’information à la plénière du samedi 24 août 2009 de l’organe délibérant provincial, a informé ses collègues députés que les Norvégiens auraient contacté des membres de la famille du défunt dans la com­mune de Mangobo pour leur deman­der de laisser tomber cette affaire tout en leur promettant de leur acheter deux maisons et un camion Fuso.

Soudaine politique du silence

Appelés à répondre à toutes les petites questions du tribunal militaire durant toutes les audiences publi­ques, MM. Joshua French et Tjostolv Moland ont refusé de parler. Il en sera ainsi tout au long de ce procès qu’ils qualifient de procès politique. Ils ont persisté dans leur position à toutes les préoccupations du capitaine Claude Disimo jusqu’à ne pas recon­naître ce tribunal pourtant légalement constitué. C’est un outrage à la ma­gistrature qui nécessite l’ouverture d’une autre infraction par l’auditeur militaire. Le président a promis d’en tirer toutes les conséquences. Suite à ce silence, le public présent dans la salle chuchotait le nom de Guantanamo, le célèbre centre de détention américaine où les terroris­tes, espions.... passent à l’aveu.

Pourquoi cette soudaine politique du silence alors que des avocats sont mis à leur disposition pour un procès équitable ? C’est ici l’occasion de si­gnaler que des audiences publiques sont organisées au déroulement du procès en présence de plusieurs Norvégiens dont deux diplomates en provenance d’Angola et de l’Ouganda, audiences du reste couvertes par des médias internationaux. L’un de ces deux diplo­mates aurait séjourne à Kisangani pendant deux mois avant cet événe­ment tragique. Il est signalé ensuite que depuis l’arres­tation des deux présumés assas­sins du chauffeur congolais Abedi Kasongo, les autorités provinciales reçoivent régulièrement les émissai­res de la Norvège, essentiellement des diplomates dont l’ambassadeur en personne.

Des militaires actifs

MM. Joshua French et Tjostolv Moland sont des militaires actifs de l’Armée norvégienne membres de la Garde Royale Norvégienne compara­ble à la Garde Républicaine de la RDC et du Groupe Spécial d’Intervention de cette unité En venant à Kisangani en RDCongo, ils sont passés par l’Iran, l’Irak, l’Afghanistan, l’Ethiopie, la So­malie... et l’Ouganda. Tous ces pays ont un dénominateur commun : ils sont soit en guerre, soit en opérations armées, soit en période post-conflit.

Les deux Norvégiens sont entrés en RDC par Beni et Kasindi au Nord-Kivu via l’Ouganda sous l’éti­quette de touristes. A Kisangani ils ont été logés à l’hôtel Riviera avant de pren­dre en location au parking de l’Ilturi, la pick-up Land Cruiser de couleur blan­che immatriculée OR 4328BB conduite par le chauffeur Abedi Kasongo et appartenant à Monsieur l’Abbé An­dré Timbiri de la Procure des Missions contre promesse de payer 400$US en vue d’être emmenés à Nia Nia, à 340 km de Kisangani sur la Nationale n°4.

Ces faux touristes ne sont que des gens sans foi ni loi, des délinquants au degré le plus élevé. Ils l’ont démon­tré vers 20h au PK 109 en criblant de balles leur chauffeur qu’ils ont ainsi tué sauvagement alors qu’il rendait service à ses bourreaux, et en tentant de faire subir le sort aux deux compagnons de l’infortuné Abedi Kasongo en l’occur­rence MM. Kasimu Aradjabu et Kempo Aila avant de prendre la poudre d’es­campette avec le véhicule à bord du­quel était embarqué leur moto Yamaha 600.

A leur arrestation dans la Réserve de faune à Okapi (RFO) à Epulu (pour M. Tjostotv Moland) et à Mambasa (pour Joshua French), on a découvert dans leur sac des armes de guerre, des cartes géographiques, des appareils GPS de grande précision et des caméras qui contenaient les ima­ges de leur forfait qu’ils ont eux-mê­mes pris le temps de filmer, les photos des femmes nues dans leur chambre commune ( n°23 ) de l’hôtel Riviera à Kisangani et celles de recherches de matières précieuses dans la forêt d’Epulu où ils ont trouvé refuge en fumant du canabis. Il y avait également dans leurs bagages des CD contenant leurs images en tenues militaires de l’Ar­mée et de la Garde Royale de Norvège dans le camp d’entraînement sous le commandement de leur commanditaire ciblant la partie orientale de la RDC. Tout cela a été montré et projeté dans la salle d’audience du procès. Les deux res­capés ont, en qualité de renseignant, relaté toutes les péripéties à partir du parking jusqu’au au PK 109, le lieu de leur commission du crime. C’est par miracle qu’ils ont échappé à la mort; deux coups de balle avaient été tirés en leur direction.

Selon les éléments en possession de l’auditeur militaire et officier du Ministère public, les deux prévenus venaient de séjourner pour la deuxième fois à Kisangani. La pre­mière remonte en 2008. Ils avaient logé cette fois-là à l’hôtel Les Chalets. L’organe de la loi estime qu’il s’agissait cette fois-là d’un voyage à caractère explora­toire et que cette fois-ci, il était question d’exé­cuter leur mission secrète. Est-ce l’appât des richesses du Congo qui les attire ? Où étaient-ils encore là pour saborder les opérations militaires contre la LRA à Dungu et Faradje ?

Pour la partie civile dirigée par le bâtonnier de Kisangani. Me François Alauwa Lobela, toutes les preuves d’espionnage contre la République sont réunies. Les deux Norvégiens sont un arbre qui cache la forêt d’autant qu’ils ont reçu un message codé leur interdisant de citer les noms de leurs complices pour ne pas leur créer de l’in­sécurité. Cette complicité est indéniable.

Pour la rigueur de la loi

Les Boyomais qui s’étaient ré­veillés sous le choc le 06 mai 2009 à l’annonce du crapuleux assassinat, sou­haitent que la loi de la République soit appliquée dans toute sa rigueur à l’en­droit des assassins du chauffeur Abedi Kasongo. C’est la preuve de leur présence nombreuse à toutes les audiences publiques de ce procès à l’AFRACO. Cependant, la mobilisa­tion des ressortissants norvégiens, différentes catégories confondues, et de leur presse fait penser à une pres­sion diplomatique où politique.

En at­tendant, la prison d’Osio est mieux placée pour le séjour carcéral de ces criminels dont on exige le déroulement sans entraves de ce procès jus­qu’à son terme à Kisangani, la réparation de tous les préjudices causés à la famille du défunt, à l’Association des chauffeurs du Congo (ACCO/PQ) et au propriétaire du véhicule. La tolérance zéro ne peut pas avoir ni de couleur ni de frontière. Le feuilleton du genre Arche de Zoé français au Tchad est toutefois à craindre.

(DN/TH/PKF/Yes)

Gilbert Risasi Sindano/La Référence Plus