Avis de turbulences dans la commercialisation du ciment gris, après une phase d’accalmie. De 12,5 Usd, le sac de 50 Kgs a franchi le sommet de 20 Usd.
Le dysfonctionnement de la filière de commercialisation du ciment gris avait entraîné une psychose sans pareille en RDC. Il y a quelques mois. Le gouvernement, à travers le ministre de l’Economie nationale, avait décidé de pallier cette carence. La libéralisation décrétée avait permis d’installer une accalmie, fort appréciée dans le secteur.
Comme bénéfice palpable, le prix du sac de ciment de 50 Kgs a chuté de 45 dollars Us à 10,5 Usd, en quelques jours. La satisfaction était totale. La libération ainsi décrétée, s’est accompagnée d’un régime d’exemption totale des droits de douane et de l’impôt sur le chiffre d’affaires (ICA) à l’importation sur une période de six mois, renouvelable.
Plusieurs cargaisons de ciment ont été injectées sur le marché national, faisant ainsi face à la pression exercée par la demande sans cesse croissante. Pendant cette période d’accalmie sur le marché du ciment, les importateurs intéressés ont réalisé des bénéfices.
Des commandes sont régulièrement passées et des livraisons effectuées. Tous les intervenants ont compris la portée de la mesure gouvernementale de libéralisation.
Jusque-là, la machine avait fonctionné tant bien que mal. Le seul bémol venait des producteurs locaux. Pour eux, le gouvernement favorise les importations en même temps qu’il asphyxie l’industrie locale.
Les producteurs locaux sollicitent, eux aussi, des avantages fiscaux de la part de l’Etat. En effet, selon l’OMC, à en croire les défenseurs de cette thèse, lorsqu’un pays accorde l’exonération sur un produit donné à l’importation, il est tenu de faire autant pour le produit local de même nature. Qu’à cela ne tienne, les industriels locaux n’ont pas baissé les bras. Le cycle d’investissement ne s’était pas, pour autant, arrêté. La production locale a repris timidement.
Depuis le début de la semaine, le prix du ciment a repris l’ascenseur. De 12,5 Usd, le sac de 50 Kgs s’est négocié à 20 Usd dans la partie orientale de Kinshasa. Dans des communes de l’Ouest et du centre, le sac de ciment importé et de fabrication locale s’achètent à 16 dollars Us. Contacté à ce sujet, un officiel du ministère de l’Economie attribue la tendance actuelle à la surchauffe aux retards de livraisons.
En effet, les commandes passées auprès des producteurs étrangers n’ont pas été honorées à temps. Ces opérations prennent du temps entre le moment de la commande et celui de la livraison. Il est vrai que les importateurs en RDC s’étaient rués sur ce marché en masse dans le secteur.
Toutefois, prudents, ils ne s’étaient pas exécutés à temps pour de nouvelles commandes. «Les exonérations accordées ne couvrant qu’une période de six mois, les importateurs n’avaient pas jugé opportun de lancer des commandes inconsidérées», estiment un économiste.
Ce comportement normal pour tout opérateur économique œuvrant dans un environnement d’incertitude, comme en RDC, a eu comme corollaire le retour à la spéculation. Rien n’explique à ce jour la montée spectaculaire des prix du sac de ciment sur les marchés de Kinshasa.
Pour rappel, la combinaison «importations et production locale» est actuellement une nécessité. Les retards de livraison ont démontré la fragilité des équilibres dans le secteur. A l’étape actuelle, l’une ne comblera pas la demande sans l’autre.
Les deux cimenteries en activités en RDC à savoir Cinat et Cilu «totalisent une capacité maximale avoisinant les 750.000 tonnes. Par rapport à une demande minimale exprimée à 1.800.000 tonnes, alors que les hypothèses les plus maximalistes font avoisiner la demande nationale à 3.000.000 de tonnes.
Structurellement et économiquement parlant, l’offre nationale de production du ciment est de loin inférieure à la demande constatée sur le marché local», fait constater le directeur de cabinet du ministre de l’Economie Bavon Nsa Mputu.
(CL/PKF)
Le Potentiel