Le secrétaire exécutif de l’Amp, Louis Koyagialo, s’est prêté au jeu de cinq questions du journal Le Potentiel. Ci-dessous l’intégralité de ces propos.
Le chef de l’Etat ayant décrété la « Tolérance zéro », pensez-vous que cette opération soit sélective ?
Nous sommes de plain pied et de plain-main dans les recommandations du chef de l’Etat contre la corruption et la lutte contre l’impunité. Le président de la République n’a pas attendu que la secrétaire d’Etat américaine, Mme Hillary Clinton, arrive pour qu’il puisse révoquer ceux qui sont convaincus de la corruption, aussi bien dans la magistrature que dans l’administration publique. Et la série continue.
Nous sommes des collaborateurs du chef de l’Etat qui sait récompenser ceux qui sont bons et sanctionner ceux qui sont mauvais. De ce fait, la tolérance zéro est incontournable et va frapper tous ceux qui se compromettent dans les dossiers sales.
En décalant la motion de censure contre le Premier ministre lors de la précédente session de l’Assemblée nationale, l’AMP n’a-t-elle pas donné à penser qu’elle voulait le protéger ?
Je ne pense pas. Si ce point est inscrit à l’ordre du jour de la session de septembre et que le Premier ministre arrive à convaincre les députés et à obtenir un vote en sa faveur, l’Assemblée nationale va lui accorder un sursis.
Le RCD est-il membre de l’Alliance de la majorité présidentielle ?
Le RCD n’est pas membre de l’AMP. Cependant, nous avons un partenariat avec le RCD dans certaines provinces, notamment au Bas-Congo et au Kasaï Occidental où des membres de ce parti sont respectivement vice-gouverneur et le gouverneur de province.
En affirmant que « la paix est irréversiblement gagnée au Nord-Kivu », comment justifiez-vous les accrochages armés qui y sont observés ?
Empruntant l’adage qui est pratiqué chez moi, vos frères Ngbandi, qui sont dans une région où il pleut beaucoup et averse, disent qu’après l’averse, il y a toujours de fines gouttes de pluie qui continuent de tomber et qu’ils appellent les « larmes de pluie ». Eh bien ! Elles n’empêchent jamais les agriculteurs et les pêcheurs d’aller faire leur travail quotidien. Et c’est ce que nous vivons aujourd’hui. Ce n’est plus la bataille rangée entre, d’un côté, le CNDP et, de l’autre, les Forces armées de la RDC. Ça tient plus aux actes de banditisme.
Pour nous, l’étape dramatique est une page tournée parce que les forces belligérantes réelles étaient, d’un côté, le CNDP de Nkunda - dont vous connaissez le sort qui lui est réservé – et, de l’autre, les FARDC qui voulaient recouvrer la souveraineté sur cette partie du territoire national. Quant aux Maï-Maï et Pareco, leurs jours sont comptés.
D’un côté, beaucoup de gens ont souhaité voir le président Kagame demander pardon au peuple congolais au sommet de Goma. De l’autre, Kigali soupçonne la RDC de soutenir les FDLR. Qu’en pensez-vous ?
Je pense que chaque chose a son temps. Il y a eu un temps pour nous battre, il y a eu un temps pour nous rapprocher. Nous sommes dans une phase de rapprochement et il y aura certainement un temps pour ce pardon. Je crois que le seul pardon ne suffit pas. Beaucoup de Congolais sont décédés. Les institutions pourront voir tous les contours de ce problème.
Le problème fondamental de nos relations, détériorées il y a quelque temps et qui se rétablissent avec le Rwanda, ne constitue un secret pour personne. Du côté rwandais, il y avait une ambition d’hégémonisme de conquête des frontières. Je crois que cette ambition a été encouragée quelque part par les forces du mal.
Mais, aujourd’hui, on s’est rendu compte que les armes ne peuvent pas venir à bout de la volonté des Congolais de garder l’intégrité de leur territoire. L’autre problème fondamental a trouvé une solution. Nous avons toujours affirmé que le Rwanda est derrière le CNDP et, là, nous ne nous sommes pas trompés. Aujourd’hui, il a fallu que le Rwanda lâche Nkunda, et c’est fini le CNDP.
Maintenant, il est question de voir la suite. Peut-on nous soupçonner d’être les suppôts des FDLR ? Mais, nous venons de prouver qu’il n’en est pas question. C’est pour cela que leur avons demandé – puisque nous sommes en phase de la formation de nos forces armées et puisque leurs forces armées (rwandaises, ndlr) sont équipées autrement, entraînées autrement et peuvent faire mieux – de les emmener au Nord-Kivu pour traquer les FDLR ensemble.
Les Rwandais se sont rendu compte que nous sommes animés de bonne volonté, qu’on ne peut pas nous soupçonner d’être derrière les FDLR. Il n’y a donc pas de diplomatie de capitulation dans le processus de rapprochement de la RDC avec le Rwanda.
(TN/Milor/Yes)
Le Potentiel