Le Président de la Coordination Générale des Congolais de l’Etranger (Cgte) Me Willy Bessa Mokonzi propose au gouvernement de mettre en place des stratégies cohérentes, de mobilisation de la diaspora pour impliquer celle-ci au développement du pays.
L’éloignement de la terre natale et la nostalgie qui peut en découler sont des thèmes très anciens. On les retrouve chez les poètes, les artistes et les écrivains, mais nul doute qu’ils correspondent à des sentiments largement partagés par ceux qui sont devenus lointains.
L’éloignement est souvent un déchirement contre lequel, au cours des deux derniers siècles, se sont efforcés de lutter tant les autorités étatiques que ceux qui vivent loin du référent origine, qu’il soit Etat, nation ou terre.
Il existe en français un mot spécifique pour nommer celui qui, loin de son pays, n’en demeure pas moins un citoyen : ressortissant.
Au XIVème siècle, le mot désigne la condition de celui qui dépend de l’autorité d’un tribunal. Ce n’est qu’au début du XXème siècle qu’il prend son acception actuelle. Celui qui est (sorti) du territoire, malgré la distance, de l’autorité de l’Etat qui tout à la fois le contrôle et le protège.
De façon générale, c’est au cours du XIXe siècle que s’imposent progressivement la nationalité comme appartenance à un Etat et la responsabilité de ce dernier envers ses nationaux, où qu’ils se trouvent.
Auparavant, dans certains cas (les Etats allemands avant 1870), la nationalité se perd par émigration quand celle-ci se prolonge, même en l’absence d’acquisition d’une autre nationalité.
L’existence ou non d’un Etat avec son pouvoir souverain d’octroyer ou d’ôter la nationalité, et donc la citoyenneté, conditionne les formes modernes d’appartenance.
Longtemps, et pour tous les Etats, la distance au territoire des citoyens est équivalente à un éloignement de l’exercice complet de la citoyenneté. Cette dernière, conçue comme ensemble de droits et de devoirs, s’inscrit alors idéalement dans une double clôture de l’espace civique pour les seuls nationaux, clôture de l’espace territorial pour l’activité politique, réservée aux seuls nationaux, à l’exclusion de toute dimension politique étrangère.
Ce n’est que récemment que les Etats mettent en œuvre des politiques prenant en compte leurs nationaux à l’étranger.
Pour le cas de la RDC, rappelons que la Coordination Générale des Congolais de l’Etranger date de 2008.
La présence, en dehors de nos frontières, d’une forte population de plus de six millions des Congolais vivant à l’étranger est un enjeu et une opportunité pour notre pays.
Le maintien d’un lien le plus formels possible et de l’importance de l’origine, souvent médiatisé par la nationalité, devient une priorité nationale où s’impose peu à peu comme un atout important, en particulier sur le plan économique.
Il est frappant de constater que l’attention croissante prêtée par certains Etats, historiquement pays d’émigration, à leurs nationaux ou à des populations d’origine nationale vivant à l’étranger trouve en (diaspora) un mot adéquat et valorisant pour désigner le maintient du lien et l’importance de l’origine.
Avoir sa diaspora semble être devenu important pour certains Etats. Des nombreuses motivations, souvent indissociables, peuvent expliquer cette attitude : économiques (investissements), politiques (soutien aux réformes), démographique (migration de retour) ou symboliques (identité nationale)…
En février 1995, c’est sur le thème (Cherishing the Irish Diaspora) que la présidente de la République d’Irlande Mary Robinson s’adresse aux deux chambres du Parlement irlandais, cent cinquante ans après la famine de 1845 qui a marqué les débuts de la grande migration.
Elle y évoque le fait que cette grande histoire de dépossession et d’appartenance, qui a souvent pris naissance dans la tristesse du départ, est devenue un non sans une certaine ironie de l’histoire un des trésors de notre société.
Le discours est un appel au développement de projets de coopération et d’interconnaissance pour chérir la diaspora : ils attendent avec anxiété que nous leur faisions une place dans notre sens de nous-mêmes.
L’accélération de l’intérêt des Etats d’origines envers leurs immigrés, et réciproquement, est nettement visible dans l’augmentation de l’acceptation de la double nationalité.
De plus en plus, la revendication de la double nationalité va dans le sens d’une double citoyenneté permettant de voter aux élections nationales dans le pays d’origine.
Il est important de noter que le vote de l’étranger est un phénomène assez récent mais qui tend à se généraliser (Algérie, Sénégal, Brésil, France, Italie, USA …).
Les années 1990 furent en effet une décennie décisive qui vit à la fois l’achèvement du cycle idéologique révolutionnaire, du cycle historique de l’affrontement des démocraties et des totalitarismes, du cycle économique des systèmes fermés et administrés.
Face à ces bouleversements, l’immense majorité des nations ont entrepris de repenser leur positionnement diplomatique et stratégique, de moderniser leurs institutions, d’adapter leurs politiques et leurs structures économiques et sociales.
La Chine, le Brésil, l’Argentine, le Maroc, la Corée du sud, l’Inde… ont redéfini de fond en comble les orientations et plus encore les principes de leurs politiques intérieures et extérieures, en appliquant systématiquement l’impératif de la réponse en temps réel et de la flexibilité.
La position congolaise a été exactement inverse, partant non pas de l’idée qu’il faut que tout change pour que rien ne change mais plus cela change et plus il ne faut rien changer.
Face à l’accélération des bouleversements du monde, tant de l’ordre stratégique avec les « Attentats du 11 septembre » et leurs conséquences, que de l’ordre économique avec la mondialisation puis le crash boursier et les scandales financiers, la RDC a choisi d’ignorer la grande transformation du XXIe siècle, en cultivant le statu quo et la rigidité.
Cet immobilisme politique, économique et social, mais aussi intellectuel et moral plonge désormais la RDC dans le déclin.
L’autisme d’une certaine classe politique rivée aux modèles des années 1960 et 1970 a entretenu le désarroi des citoyens jusqu’à transformer l’accélération de l’histoire en déclassement de la nation. Les résultats sont là.
Le vide de sens ainsi ouvert au centre des institutions crée un appel d’air dans lequel s’engouffre la démagogie qui a débouché sur des épisodes dramatiques de notre histoire, avec pour conséquence, la montée des extrémismes politiques qui cherchent à créer le chaos, par l’instauration, d’une spirale de violence et de haine.
Cette situation, exacerbe désormais les tensions et les lignes de fracture au sein de la population, sapant le lien social.
Certes, des changements sont intervenus, mais inachevés, contraints, retardés à l’infini.
Plus l’histoire s’accélère, plus les réformes sont différées, tronquées, voire simplement annulées. Ce comportement schizophrène menace non seulement le développement mais la stabilité démocratique du pays.
L’écart se creuse ainsi entre la rhétorique politique et les moyens de son exercice.
Faute d’avoir accepté de s’adapter à la nouvelle donne qui a émergé à partir de la fin du XXème siècle, la RDC court aujourd’hui un risque de marginalisation en Afrique et dans le monde d’autant plus qu’elle maintient un discours de la puissance, déconnecté de ses moyens d’influence et d’action réels.
Faute de stratégie cohérente, de mobilisation de sa diaspora et sans un fort engagement politique, des autorités gouvernementales, la Coordination Générale des Congolais de l’Etranger n’atteindra pas une amélioration significative de ses capacités opérationnelles.
La permanente ambiguïté entretenue autour de la mise en place de cette institution restée embryonnaire, faute de moyens, achève de jeter la confusion.
Nous pensons que la RDC, peut et doit faire plus pour sa diaspora.
Notre pays doit passer envers ses immigrés d’une politique d’abstention à une politique d’attention.
L’émergence de ces politiques d’attention et de reconnaissance, se signale par la mise en place d’un projet cohérent et d’une politique ambitieuse envers les Congolais de l’étranger afin de mobiliser le potentiel que représente la diaspora congolaise, autours d’un projet de redressement de la Nation.
Pourtant, elles impliquent aussi la mise en place des mesures plus larges.
Cela passe en même temps par des modifications des législations sur la nationalité, la représentation de la diaspora dans les institutions (Assemblée nationale, Sénat…) et le droit de vote à l’étranger.
Enfin, la RDC doit envisager d’instaurer un jour de fête, la fête des Congolais de l’étranger, tous les 5 août, pour marquer la nouvelle union entre le pays et « ses enfants prodigues ».
Appartenir à un pays ne se résume plus à vivre dans ce pays. Notre Gouvernement doit en prendre acte pour envisager, la façon dont la RDC peut renforcer ses liens avec sa diaspora.
Les beaux esprits du statu quo et de la rigidité, diront que les grandes orgues du déclin congolais jouent un air connu. Sauf que, cette fois, Me Willy BESSA MOKONZI établit le constat clinique d’un déclassement.
Il démonte les cercles vicieux de l’incapacité congolaise, il croque l’incapacité des uns, la démagogie des autres et l’aveuglement de beaucoup.
Aucun pathos dans ce texte écrit au scalpel : les faits, leur emboîtement et les dangers qu’ils représentent pour notre présent et notre avenir.
Impossible de le réduire à un réquisitoire ou à un pamphlet : il nous tend le miroir des années gaspillées. Votre bien dévoué
Me Willy BESSA MOKONZI
Président de la Coordination Générale des Congolais de l’Etranger
bessawilly@yahoo.fr 00.33.6.14.61.19.11
(BT/PKF)
BT/MMC