L’Udps avance comme préalable l’acceptation par le chef de l’Etat, Joseph Kabila, du principe d’une concertation que l’opposition a demandé pour que tous se sentent concernés par les impératifs de la reconstruction.
Après avoir brillé par la politique de la chaise vide lors de l’identification et de l’enrôlement des électeurs en 2005 et, partant, du référendum populaire de décembre 2005 ainsi que des élections présidentielle, législatives et provinciales de 2006-2007, l’Union pour la démocratie et le progrès social (Udps) revient sur la scène politique congolaise. La fille aînée de l’opposition arrive. A la faveur de l’opération de révision du fichier électoral lancée le 07 juin 2009 et dont la clôture a eu lieu jeudi 20 août pour KInshasa, l’Udps a donné de la voix. Bien plus, elle s’est engagée à amener ses partisans aux élections prochaines, à savoir les urbaines, municipales et locales de 2010 et les générales de 2011, en les poussant à s’enrôler massivement.
Le parti cher à Etienne Tshisekedi va plus loin. Il se dit disposé à s’impliquer dans un gouvernement qui serait issu d’une concertation préalable. Ci-dessous, Bruno Tshibala, cofondateur de l’Udps et président du Collectif pour la réconciliation et la cohésion nationales (Crc), répond aux questions de La République.
La République : Après avoir boycotté l’enrôlement des électeurs en 2005 et les élections proprement dites en 2006-2007, l’Udps semble revenir à la raison en acceptant l’enrôlement de ses partisans. Comment justifiez-vous ce revirement ?
M. Bruno Tshibala : Le processus politique et électoral s’étant démarqué de l’Accord de Sun City qui avait prévu comme préalables incontournables le recensement de la population et l’identification des citoyens avant l’enrôlement des électeurs, l’Udps a exigé une concertation avec les principaux protagonistes pour évaluer le processus. Ce dialogue a été boycotté par le Pprd alors que le Mlc et le Rcd s’étaient présentés à la Monuc pour cet échange. Sur insistance du Ciat (Comité international d’accompagnement de la transition), l’Udps a, malgré la non satisfaction de ses revendications, écrit à la Cei (Commission électorale indépendante) pour demander l’ouverture des bureaux d’enrôlement afin de permettre à ses combattants et sympathisants et aux militants des autres partis de l’opposition ayant pris la même position de s’enrôler.
Le vice-président de la Cei, Monsieur Norbert Basengezi, s’est publiquement félicité de la courageuse décision prise par l’Udps, mais la décision de la Cei de nous obliger à rejoindre le processus dans le Bandundu et l’Equateur où se poursuivaient les enrôlements, refusant de rouvrir les bureaux d’enrôlement dans le reste du pays, n’étaient pas susceptibles de nous satisfaire. Donc aujourd’hui, en appelant nos combattants à se faire enrôler, il n’y a pas logiquement revirement.
En son temps, le matériel informatique de la Cei était accusé d’être « manipulé » en faveur des tenants du pouvoir. A-t-on une raison à ce sujet en acceptant ce même matériel ?
Le débat sur le serveur central qui était, je le reconnais très nourri, était secondaire. Le fond de la contestation portait sur la violation du consensus dégagé autour des préalables électoraux, en voyant le Ciat et la Cei se polariser sur l’enrôlement des élections qui ne venait qu’en 3ème lieu. Le fait que quelques Africains soient enrôlés, que le consul d’Angola ait dénoncé publiquement l’enrôlement des ressortissants Angolais, particulièrement au Katanga, a suffi pour donner raison à l’Udps qui exigeait que la personne enrôlée devrait d’abord être identifiée comme citoyen congolais. Le Ciat a invoqué les problèmes des moyens financiers, il pouvait avoir raison, mais qui peut le plus peut le moins.
Beaucoup de membres de l’Udps ne veulent pas se faire enrôler à ce jour, s’en tenant au mot d’ordre de boycott de 2005. Avez-vous un message à leur endroit ?
Vous avez raison. Il s’observe beaucoup d’hésitation et de doutes chez nos adhérents. Nous demandons à tous les combattants de l’Udps qui ne l’ont pas encore fait d’aller vite s’enrôler. Nous devons tous nous enrôler. Le raz de marrée dont vous rêvez en 2011 sera fonction de l’enrôlement qui vous donne droit au vote.
L’Udps prépare un premier congrès qu’il a pourtant déjà organisé à Righini. Qu’est-ce que cela signifie que les uns disent avoir organisé le congrès et que les autres ne reconnaissent pas ?
Vous faites bien de poser cette question car elle me donne l’occasion de fixer l’opinion qui s’interroge à ce propos avec raison. L’Udps est un grand parti, il est le premier-né de tous les partis qui existent en Rdc. Il fonctionne suivant les prescrits de ses statuts, lesquels déterminent le pouvoir des uns et des autres. L’article 20 des statuts dispose très clairement que c’est le président national, en l’occurrence Etienne Tshisekiedi, qui est compétent pour convoquer le congrès. Il ne l’a pas encore fait et compte le faire en novembre prochain.
Vous comprenez que la réunion tenue à Righini par les seuls membres du Comité organisateur pour étoffer le rapport rédigé par eux et destiné au Président national ne peut pas être appelé congrès, à moins que le mot ait changé de sens. Ce Comité ne pouvait même plus tenir des réunions car déjà dissout. L’Udps compte tenir son 1er congrès en novembre 2009 avec la participation de ses alliés de l’Internationale Socialiste. A ce jour, tout le monde attend le retour du président national pour convoquer les travaux.
A quand le retour du lider maximo ?
Sauf contretemps, il vient en novembre lancer le congrès et rallumer la vie politique en ces moments très moroses.
D’ici l’organisation des élections générales de 2011, l’Udps peut-elle postuler au poste de porte-parole de l’opposition ou peut-elle être disposée pour entrer dans un gouvernement d’union nationale au cas où le chef de l’Etat manifestait ce désir ?
L’opposition politique dans ce pays a une histoire. Elle commence avec l’Udps par le complot de la Saint Sylvestre en décembre 1980 et la création officielle de ce parti le 15 février 1982. L’Udps sera rejoint par l’Union sacrée de l’opposition en juillet 1990 jusqu’à l’arrivée de l’Afdl en mai 1997. Son chef de file et porte-parole a toujours été Etienne Tshisekedi désigné par l’Assemblée générale de toute l’opposition en mars 1993 et les états généraux de l’opposition en février 1996.
La malice qui a consisté à tailler une loi sur mesure pour faire émerger un porte-parole autre, gracieusement payé par le gouvernement, logé et protégé par une garde prétorienne mise à disposition par le gouvernement, véhiculé par un parc automobile donné par l’Etat est quelque chose qui a créé l’hilarité générale chez les vrais opposants et auprès du peuple congolais qui n’est pas amnésique. Les auteurs de cette loi sont des Mobutistes friands de jouissance. Un opposant est par définition austère.
Quant au gouvernement d’union nationale qui est en soi une bonne chose, il peut être envisagé si le chef de l’Etat accepte le principe d’une concertation que l’opposition a demandé et reste demandeuse pour soigner les infirmités du processus politique, souder la cohésion et l’unité du peuple congolais aujourd’hui très divisé (une fraction importante de la population se sent exclue) et mettre tout le monde dans les conditions de se sentir concerné par les impératifs de la reconstruction.
J’aurais bien aimé aussitôt après la proclamation des résultats du deuxième tour voir le président Kabila suivre l’exemple de Nelson Mandela qui, bien que vainqueur avec 68 % des suffrages, avait déclaré « être prêt à se rendre à genou au Kwazulu Natal implorer mon frère Mongosutu Buthelezi pour qu’il accepte d’entrer au gouvernement afin de montrer à la face du monde que le gagnant ce n’est pas moi et l’Anc mais l’Afrique du Sud qui doit être gagnante ».
L’approche qui a été privilégiée de « tout à l’Amp et rien qu’à l’Amp » n’a pas permis au président Kabila d’être gagnant avec la nation. Tout récemment, Nicolas Sarkozy offre un bel exemple de quelqu’un qui a le souci de la cohésion nationale en faisant appel à toutes les compétences nationales, y compris au sein de ses adversaires socialistes. Mais tout est question de vision. Barack Obama vient de nous rappeler à Accra que la démocratie ce n’est pas uniquement les élections mais ce qui se fait entre une élection et une autre.
Quelle lecture faites-vous de la visite que vient d’effectuer Mme Hillary Clinton en Rdc ?
La politique du changement « change » prônée par Obama ne concerne pas uniquement la politique interne. Elle a aussi un volet externe. Hillary Clinton est venue en Rdc transmettre un message clair aux dirigeants : mettez fin à la corruption qui gangrène les alliés du pouvoir et l’administration, respectez les droits de l’homme, observez la bonne gouvernance, sanctionnez les violations des droits et les violeurs des femmes, démantelez la minorité qui profite des richesses nationales pour mériter le soutien des Etats-Unis d’Amérique.
Ce message vient à point nommé d’autant plus que devant l’ampleur dangereuse que prennent les méfaits, le président Kabila avait lui-même déclenché l’opération « tolérance zéro ». Notre souhait est que tous ceux qui ont été épinglés par les rapports et audits attestant de leur implication dans ces méfaits soient interpellés. L’assainissement de l’environnement macro-économique et politique est nécessaire, faute de quoi il n’y aura pas un seul investisseur qui viendrait frapper à la porte de la Rdc.
(TN/Milor/Yes)
T.L. & E.N.B/La République
Last edited: 22/08/2009 14:43:08