La mort d’un membre de famille est une nouvelle bouleversante qui provoque la tension artérielle, le vertige et parfois même une mort subite. Cela dépend du destinataire de la nouvelle. A Kinshasa, il n’est pas rare d’apprendre le décès inopiné d’une deuxième personne après qu’on lui a annoncé la disparition d’un être cher. Cela dépend du degré d’amour envers la personne morte. Mais, il ne faut imaginer le désarroi dans lequel une telle nouvelle plonge une famille pauvre qui se pose la question de savoir comment enterrer dans la dignité son parent.
 
Cette question se pose parce qu’il n’existe pas de pratique légale susceptible de soulager la famille éplorée en allégeant certaines charges funéraires. Si pendant la maladie, la chaîne de solidarité ne se mobilise pas pour faire face aux soins et frais d’hospitalisation, à la mort on fait étalage de compassion et on rivalise d’ardeur dans le but d’impressionner. L’assistance s’amène en voitures de luxe, en habits de fête et en uniformes luxueux. Après l’enterrement, on se met à boire pour ceux qui en ont le moyen. Et après quoi, on se disperse abandonnant la famille éplorée à son triste sort.
 
La responsabilité de l’Etat
 
Kinshasa est une mégapole comptant 24 communes urbaines et semi-urbaines. On estime à sept millions les habitants de la capitale de la RDC. En matière d’inhumation, on sait tout simplement que le gouvernement a placé des gens dans les cimetières pour creuser des fosses de manière désordonnée. Il faut payer l’attestation à la commune afin d’espérer trouver une place au cimetière. Il faut en payer également aux crocs morts afin qu’ils acceptent d’enterrer le mort. Et cela se calcule en terme de casiers de bière. Il faut payer la location du corbillard, la croix et les couronnes de fleurs. Sans oublier que le jour de la levée du corps de la morgue, la famille loue les chaises, la musique, les tentes pour la veillée mortuaire.
 
C’est aussi à ce niveau que le gouvernement provincial devrait assister les familles éplorées en prenant des dispositions allant dans le sens d’alléger la charge funéraire. Il s’agit entre autres de positionner dans chaque commune un ou deux corbillards, des chauffeurs et des stations-service où ces derniers doivent s’approvisionner en carburant pour faciliter les choses. Exiger un montant unique fixé par l’autorité pour toutes les courses y compris le prix du carburant et l’enlèvement du corps de la morgue. Ainsi, chaque commune se verrait responsabilisée pour l’enterrement de ses morts, car c’est là que les habitants payent leurs taxes.
 
Faut-il enterrer directement après la morgue ?
 
La question est évoquée par la majorité des Kinois, au regard du coût de la mort dans la capitale. C’est au gouvernement de se déterminer. Si à Lubumbashi comme à Brazzaville, on a convaincu de la nécessité d’enterrer directement après la morgue sans passer par la résidence, il n’est pas exclu qu’à Kinshasa et dans d’autres villes on fasse la même chose. Les Lushois et les musulmans aiment-ils moins leurs défunts que les Kinois ? C’est la question qu’on se pose.
 
La problématique des cimetières
 
Nous n’avons pas trouvé de la collaboration souhaitée avec les autorités provinciales en matière d’inhumation. Si elles avaient été disposées à nous fournir des renseignements à mettre à la disposition de nos lecteurs, nous aurions pu écrire avec précision ce qu’elles font et ce qu’elles comptent faire.

Pour le moment, le constat est amer : on ne connaît pas le nombre de cimetières agréés ni ceux fermés. Car chaque jour, on enterre les morts aux cimetières de la Gombe et à Kintambo, des tombes se superposent, des allées n’existent plus, les herbes envahissent les cimetières au point que certaines familles ont totalement perdu toute indication des tombes des leurs. Il est vraiment urgent d’aménager les cimetières, les entretenir, y créer une atmosphère de tristesse. Y tracer des avenues et des numéros qui resteront longtemps. La politique « Tolérance zéro » devrait aussi penser à organiser les services funèbres.

(GM/Ern./Yes)

Stephane Etinga/Le Potentiel