Désavoué et viré à cause de son déviationnisme et de son leadership qui pesait comme une chape sur le plomb du RCD, Ruberwa s’est illustré par la dérive totalitaire, allant jusqu’à sanctionner certains membres du Collège des fondateurs qui ont refusé de lui faire allégeance et en coopter d’autres.
La justice va désormais se pencher sur le cas du désordre installé au RCD par le refus de Ruberwa de s’incliner devant la mesure de son éviction, depuis le 6 juin 2009, par le Comité de crise. La tension est montée d’un cran.
D’une part elle a été suscitée par la tentative de Ruberwa et huit de ses affidés de chasser dans toute incompétence ratione materia et loci la majorité des membres fondateurs non acquis à sa cause et de coopter d’autres, au mépris des statuts du parti. Et pourtant, les rangs de l’ex-VIPI se sont davantage vidés avec la démission de six de dix membres de l’actuel leadership.
D’autre part, l’intolérance affichée le jour de la célébration du 11ème anniversaire du RCD avec le déploiement d’une dizaine des policiers à l’Hôtel Cana où cogitaient le groupe de Kapuku avant la grande sortie populaire à la Place Métropole, sur l’avenue de l’Enseignement, à Kasa-vubu. Dans le camp de Ruberwa, l’on soutient que le mandat du comité évincé est en cours.
Le Comité de crise n’est pas de cet avis. Ses animateurs jugent non seulement catastrophique le bilan de l’équipe Ruberwa, mais ils affirment surtout que le mandat que Ruberwa prétend détenir a pris fin en 2007. Kapuku l’a très bien expliqué lors de la manif du 2 août 2009.
« Ruberwa a été désigné président du RCD sous les statuts de juillet 2003 qui consacrent en leur article 33 que le Collège des fondateurs du RCD a notamment comme attributions d’élire le président, les vice-présidents, le secrétaire général, le secrétaire général adjoint ainsi que les autres membres du Comité exécutif national pour un mandat de deux ans renouvelables une seule fois », a rappelé Kapuku.
Une petite opération arithmétique permet de donner raison au Comité de crise dont les membres précisent que le maintient jusqu’il y a peu l’a été par « respect de continuité de la gestion des affaires courantes », Ruberwa n’ayant plus jamais été reconduit président du RCD par l’organe attitré, le Collège des fondateurs, après l’amendement et l’adoption des statuts en 2005.
Appuis solides
Dès lors, Kapuku et ses camarades révoltés n’ont qu’un seul voeu: voir Ruberwa s’effacer. Quand eux considèrent qu’au RCD, l’intérêt de l’organisation est au dessus de tout le monde, y compris de Ruberwa, ils ne s’expliquent pas que ce dernier les qualifie des putchistes alors qu’il a achevé de le devenir après son coup manqué du 16 juillet 2009. C’est le côté officiel de la crise. Mais cette contradiction a eu des répercussions sur la marche des activités du parti.
L’organisation des festivités du 11ème anniversaire en sont une illustration. Ruberwa a réuni son petit monde sur l’avenue Haut Commandement amputé des ténors du parti tandis que Kapuku et les siens ont choisi de se produire à Kasa-Vubu. La propension de Ruberwaa monopoliser le pouvoir à la tête du parti choque et révolte. Kapuku, lui, ne lâche pas prise, il réclame ordre et respect de la légalité à Azarias Ruberwa, président déchu du parti. Très remonté, il veut en finir une fois pour toute avec la cacophonie. Il a décidé de saisir la justice.
Nul ne saurait dire de quoi demain sera fait au RCD. Mais dores et déjà, d’aucuns se posent la question de savoir si Ruberwa très diminué saura tenir tête au membres du Comité de crise déchaînés et déterminés d’imprimer un nouveau rythme dans la vie du RCD. Le Comité de crise part tout de même avec les faveurs des pronostics.
Il a des appuis plus solides, notamment le nombre assez représentatif de membres fondateurs, le soutien d’un plus grand nombre des députés et sénateurs RCD, sans compter le ralliement de quasi toutes les fédérations. Pour Kapuku le renouveau est plus qu’un leitmotiv. Son souhait c’est que la 12ème année du RCD commence par la mise en place du nouveau leadership dans un esprit de réconciliation sincère et durable susceptible de permettre au parti d’affronter les prochaines élections municipales et locales dans la sérénité. En filigrane, les membres du Comité de crise reprochent à Ruberwa sa duplicité et son tâtonnement.
Selon certaines indiscrétions, un débat fou a lieu au RCD sur son ralliement ou non à la majorité présidentielle. Il s’agit pour le parti qui compte 15 députés et une soixantaine des députés provinciaux qui font de lui la troisième force politique du pays de se prononcer clairement au moment où le CNDP et autres groupes armés dépourvus des sièges à la représentation nationale, s’apprêtent à faire l’entrée au gouvernement. « Il y va de notre survie politique collective », chuchote-t-on.
(CL/TH/GW/Yes)
AfricaNews