Le Président de la République du Rwanda, Paul Kagame, a, au cours d’un point de presse animé conjointement avec son homologue congolais, Joseph Kabila Kabange, en marge du sommet bipartite qui les a réunis jeudi à Goma, au Nord-Kivu, affirmé la détermination de son pays d’œuvrer désormais pour la paix durable et le renforcement des relations bilatérale entre Kinshasa et Kigali.

Très détendu, souriant et plein d’humour, le Chef de l’Etat rwandais a fait savoir  que les questions concernant l’extradition du général déchu, Laurent Nkundabatware et la présence des éléments armés du CNDP au Rwanda doivent être traitées séparément, précisant que pour le moment  on doit davantage oeuvrer pour la pacification de la région. « Nous devons désormais construire le futur et non regarder derrière nous et être les esclaves du passé». A une question, il a répondu qu’il visitera Kinshasa très prochainement, « car je viens de faire le premier pas  en venant à Goma ».

Parlant de l’exploitation commune du gaz méthane du Lac Kivu, le Président Kagame a fait savoir que si son pays exploitait jusque là le gaz du Lac Kivu de manière unilatérale, c’était pour générer de l’énergie, avant de préciser qu’il s’agit d’une opération difficile et coûteuse. Il a toutefois précisé qu’un projet pilote commun, RDC-Rwanda, a déjà été mis en place à cet effet et que des échanges d’informations sont opérationnels  entre les deux pays. « Les richesses du lac Kivu sont des ressources communes aux deux pays, elles ne relèvent donc pas de la politique; la RDC et le Rwanda sont donc condamnés à les exploiter ensemble», a-t-il reconnu.

Pour sa part, le Président Joseph Kabila, parlant de la coopération bilatérale entre Kinshasa et Kigali, s’est félicité de la tenue du sommet de Goma qui, a-t-il dit, constitue une étape très importante qu’il faut saluer, avant de se réjouir de la désignation par les deux pays de leurs ambassadeurs au Rwanda et en RDC et dont, a-t-il espéré, interviendra très bientôt l’accréditation.

Evoquant les relations économiques entre les deux pays, il s’est déclaré optimiste quant à son évolution positive, car pense-t-il, le socle du développement qui sont la paix, la sécurité et la stabilité est déjà mis en place, avant d’ajouter que c’est  depuis bien longtemps que des rencontres bilatérales à divers niveaux ont eu lieu à Kinshasa et à Kigali, pour voir comment consolider tous ces acquis, tant sur les plans politique qu’économique, pour le seul intérêt des deux peuples et de toute la région.

Le Président Joseph Kabila a, par ailleurs, renseigné que des efforts sont de plus en plus faits, depuis janvier 2009, pour rapatrier les éléments des FDLR vers le Rwanda. «  Il y’a déjà eu retour de plusieurs combattants FDLR et les membres de leurs familles vers le Rwanda, et le résultat de nos efforts est tout à fait positif», a fait remarquer Joseph Kabila. Le Chef de l’Etat a souligné que tout le monde sait que les FDLR sont des « criminels » et que toutes les opérations en cours sont faites pour parvenir à leur rapatriement volontaire ou forcé. «  La détermination de la Rdc , là-dessus est totale», a insisté le Chef de l’Etat.

RDC – Rwanda : Finie la brouille, mais le cas Nkunda, tout de même !

Enfin a eu lieu jeudi 6 août la rencontre entre les présidents congolais et rwandais, encontre longtemps hypothéquée par les soubresauts des événements qui pulsent la vie politique des deux pays et qui influencent quelques fois le cours des relations diplomatiques entre ces Etats.

Bien plus que le communiqué final qui a sanctionné le tête-à-tête Joseph Kabila et Paul Kagame, c’est la poignée de mains que les deux hommes se sont donnés, les visages illuminés par un large sourire nullement de façade qui a le plus marqué les esprits côté congolais comme côté rwandais. Cette poignée des mains, ces sourires dépouillés de rancœur et d’arrière-pensées font foi de ce que les deux hommes d’Etat ont réellement vidé les points de divergence qui les opposent, et par devers eux les peuples et les pays qu’ils dirigent.

A Goma, jeudi 6 août 2009, une ère nouvelle de paix et de coopération s’est ouverte dans la région des Grands Lacs : le Rwanda et la République démocratique du Congo ont donc scellé le retour effectif aux bons sentiments et à la paix, et décidé de résoudre tous les différends qui les ont opposés jusque là, pour les mettre désormais devant les projets de coopération.

La reprise des relations diplomatiques déjà effective entre les deux pays, avant même que ne soit connue la date de cette rencontre, laissait présager que l’issue de cette dernière accoucherait de lendemains prometteurs. Certes, tous les différends entre Kigali et Kinshasa ont été aplanis, à l’exception du cas Nkunda, ce général tutshi congolais qui avait pris les armes contre la République il y a deux ans, et qui est aujourd’hui détenu à Kigali.

Le gouvernement de Kinshasa qui réclame son extradition tarde à obtenir gain de cause à sa démarche. Interrogé sur la question, l’hôte de JKK à Goma a tranquillement expliqué qu’en fait, dans l’entendement de son gouvernement, il y aurait deux cas : celui du Cndp, l’organisation militaire à la tête de laquelle Nkunda a pris les armes contre la République et qui est devenue aujourd’hui un parti politique.

De l’avis de Paul Kagame, étant donné que le Cndp a tourné le dos à l’option militaire, renoncé à la rébellion et s’est transformé en parti politique, il va de soi qu’il appartient au gouvernement congolais de résoudre ce cas, tandis qu’il se réserve le droit de décider du sort de Laurent Nkunda. C’est la substance de la réponse que le président rwandais a donnée à la question de savoir si son gouvernement allait se résoudre à extrader Nkunda.

Une fin de non-recevoir diplomatique des autorités rwandaises à la démarche du gouvernement de Kinshasa ? Peut-être bien que oui, peut-être bien que non ! En tout état de cause, on peut tout de même se hasarder à penser que tout espoir d’obtenir in fine   l’extradition de Nkunda n’est pas totalement perdu, Kigali ayant laissé entendre qu’il en étudie encore tous les contours avant de décider de la suite définitive à donner.

D’ici là, Kinshasa est invité à continuer à compter sur la bonne volonté de Kigali, maintenant que toutes les voies officielles de communication entre les deux capitales sont à présent ouvertes durablement. C’est de très bon augure !

(CL/PKF)

JV/Clément Vidibio/ACP/MMC