Après des années de brouilles et de querelles qui ont coûté la vie à près de 3 millions de Congolais, J. Kabila le Congolais et son homologue rwandais P. Kagame se rencontrent jeudi à Gisenyi. C’est sans rancunes et animé d’un esprit de conciliation que JKK a accepté d’aller une fois de plus à la rencontre de son homologue rwandais en vue de rebâtir la coexistence pacifique dans la région des Grands Lacs.
Les deux frères ennemis J. Kabila Kabange de la Rd Congo et P. Kagame du Rwanda ont rendez-vous avec l’histoire jeudi 6 août 2009 dans la ville frontalière rwandaise de Gisenyi. Le choix de la petite cité rwandaise qui abrite cette rencontre est un symbole autant que l’est la rencontre elle-même.
Gisenyi n’est séparée de la ville congolaise de Goma, toutes les deux bercées de la fraîcheur du Lac Kivu, que par une barrière de passage à niveau que soulèvent les policiers de part et d’autre de la frontière commune.
Ne serait cette barrière, on croirait se trouver dans une seule et même ville où l’on entre et l’on sort, comme si... !
D’un côté comme de l’autre se côtoient des populations identiques hutues et tutsies, congolaises et rwandaises, c’est selon ! Goma et Gisenyi, c’est comme bonnet blanc et blanc bonnet, difficile de faire une démarcation nette à vue de nez entre les deux agglomérations siamoises voisines appartenant pourtant à deux pays différents et divisées par les contingences de l’histoire commune.
C’est dans cette ville que Joseph Kabila et Paul Kagame reprennent langue jeudi 6 août 2009 pour jeter les bases d’une remise à niveau de leurs relations embrumées depuis plus d’une décennie par les guerres d’agression que le voisin du Pays des Mille Collines a imposées à la République démocratique du Congo, au lendemain du déclenchement de l’inqualifiable génocide perpétré au Rwanda des populations tutsies et Hutus modérées par des éléments hutus de l’ancienne armée régulière.
Cette lugubre parenthèse de l’histoire rwandaise fait suite à la mort de l’ex-président hutu Juvénal Habyarimana tué dans l’attentat de son avion au retour d’un voyage à Arusha, au Nigeria.
Dans le déferlement de passions vindicatives qui suivit cette tragédie, les militaires du corps expéditionnaire de la nouvelle Armée patriotique rwandaise (Apr) du nouvel homme fort Paul Kagame ont franchi à plusieurs reprises la frontière séparant la Rdc et le Rwanda – pourtant tous deux membres de la Communauté économique des pays des Grands Lacs (Cepgl) - pour exercer un droit de poursuite sur les Interahamwe, présumés auteurs du génocide.
Les voisins rwandais ont par la suite consolidé la justification de ce droit de poursuite par le dépit qu’ils ont ressenti après la rupture, décidée par Mzee Laurent-Désiré Kabila, de la coalition de l’Afdl et le renvoi à Kigali des éléments de l’Apr qui composait ce « conglomérat d’aventuriers », suivant la qualification sous laquelle feu Mzee Laurent Désiré Kabila les présentera.
Officiellement maintenus en Rdc sous le prétexte d’exercer ce droit de poursuite, les éléments de l’Apr ont plutôt servi à couvrir les pillages, réalisés sur une vaste échelle, des ressources naturelles qui abondent dans les territoires congolaises du Nord comme du Sud-Kivu. Car il est avéré que ce prétexte de droit de poursuite n’a aucunement infléchi sur l’existence des Fdlr en terre congolaise, ni non plus tempéré leurs ardeurs criminels.
Paradoxe : le pouvoir de Kigali est moins dans la ligne de mire de ces soi-disant génocidaires que dans celle des innocentes populations congolaises qui commirent le tort de leur offrir l’hospitalité sur leurs terres et qu’ils ont placées sans état d’âme en coupe réglée par des exactions de toute nature : vols, viols, massacres, incendies de plantations, de bétails et de cases. Tant et si bien que la région est devenue aujourd’hui un immense théâtre de ruines et un désastre humanitaire qui en appelle à une aide urgente de la communauté internationale.
JKK magnanime transcende la haine et tourne le regard vers l’avenir !
Après avoir mis fin aux rébellions qui ont rendu son pays exsangue, après avoir réussi tant bien que mal à réaliser sa réunification et restauré l’autorité de l’Etat sur toute l’étendue du territoire national, le président Joseph Kabila n’a plus que deux petites épines sous ses pieds en ce moment précis où il est à la recherche d’une paix réelle avec ses voisins naturels immédiats et séculaires, dont le Rwanda, le Burundi et l’Ouganda.
La réactivation de la Cepgl est-elle l’une des conditions sine qua non pour ramener une paix durable dans la région des Grands Lacs et peut-elle résorber les causes de tensions qui ont secoué cette région ? Le Raïs de la Rdc ne fait pas mystère de sa foi sur la destinée de cette organisation sous-régionale qui a donné par le passé les preuves de son efficacité dans le maintien de la sécurité, de la paix et du développement.
La mise en léthargie prolongée de cette communauté tient plutôt à des causes liées aux aléas du génocide qu’à des contingences politiques découlant de l’arrivée au pouvoir de Joseph Kabila. D’où tout l’intérêt que ce dernier porte sur la reprise des activités de la Cepgl. D’où également toute la disponibilité dont il a fait montre pour la reprise des relations diplomatiques entre son pays et le Rwanda.
On ne pourrait multiplier à souhait les preuves de la grande ouverture d’esprit de conciliation du président congolais. Et de sa volonté de transcender les haines qu’auraient pu créer en lui, comme en tout responsable politique d’un pays, les séquelles des turpitudes et des turbulences politiques du passé, comme peuvent l’être les guerres de rébellion que le pays a subies malgré lui. Mais on ne saurait oublier que le président congolais a fait preuve d’un dépassement de rancune exceptionnel en décidant, au mois de décembre dernier, pour briser l’échine aux rebelles rwandais Fdlr, la mise en commun des forces armées de la Rdc (Fardc) et du Rwanda. De même que pour venir à bout des éléments de la Lra, la rébellion ougandaise dirigée par Joseph Koni, d’associer carrément les troupes de l’Ouganda.
Boudées par les partis de l’Opposition de son pays, ces deux opérations militaires mixtes ont été deux actes de courage politique tout aussi exceptionnel pour le chef d’Etat congolais. Elles ont également donné la mesure de l’expression de sa détermination à œuvrer de concert avec les voisins de la Rdc pour le retour effectif de la paix dans la sous-région des Grands Lacs.
La rencontre amicale actuelle entre les deux présidents congolais et rwandais s’inscrit dans la poursuite des voies d’achèvement de ce processus du rétablissement de la paix et de la sécurité chères au Raïs de la Rdc. Hanté irrésistiblement par les bonnes fées de la reconstruction de son pays hélas confronté aux aléas d’une crise internationale particulièrement contraignante, le président Joseph Kabila Kabange est bien conscient qu’il ne peut réussir ce pari gigantesque aussi longtemps que la paix tardera à venir sur le flanc oriental de son pays. Or le flanc oriental englobe toute une vaste région qui va des confins de l’Ituri en Province Orientale jusqu’au-delà des Grands Lacs.
Les grands de ce monde, en ce compris les Américains, les Français, les Anglais et les Chinois, réalisent aussi avec les dirigeants africains de cette partie du continent africain qu’on ne peut parier sur un développement véritable de ce continent aussi longtemps que perdurera l’état de guerres et de rébellions larvées.
L’imminente mission de Hillary Clinton à Kinshasa inscrite dans le contexte
A Naïrobi qui constitue la première étape du premier périple qu’elle effectue dans sept pays africains, la Secrétaire d’Etat Hillary Cliunton a affirmé que sa visite dans le continent noir est d’ordre économique, et que les Etats-Unis entendent renforcer la coopération dans ce domaine avec les « Etats africains, à la seule condition, a - t - elle indiqué, que ceux-ci fassent preuve de « bonne gouvernance et d’adhésion à l’Etat de droit, conditions essentielles pour créer un climat positif pour les investissements et une croissance économique globale ».
En fait, à travers cette déclaration, Mme Clinton s’est voulue bien plus explicite de la politique que voudrait imposer la nouvelle administration américaine depuis l’arrivée du président Barak Obama à la Maison Blanche. C’est ainsi qu’aux participants au Huitième Forum sur la coopération commerciale et économique entre les Etats-Unis et l’Afrique sub-saharienne, elle a entre autres également transmis le message clair du président Obama selon lequel les Etats-Unis « devront soutenir les démocraties puissantes et durables ».
« Bonne gouvernance, démocraties puissantes et durables », cela devrait-il être interprété comme un appui tacite que le nouveau gouvernement démocrate américain se propose d’accorder au pouvoir de Kinshasa dont il apprécie sans ambages les avancées remarquables auquel il est arrivé depuis quelques temps ? On ne peut douter des faveurs que suscitent auprès de l’actuel locataire de la Maison-Blanche les avancées significatives qu’il constate dans ce qui se passe en République démocratique du Congo depuis quelque temps.
Le communiqué de presse que William Garvelink, l’ambassadeur Us en poste à Kinshasa, a fait diffuser à cet effet au début de la semaine est révélateur du nouvel état d’esprit politique qui se développe favorablement au sein de la nouvelle administration américaine en faveur de la Rd Congo.
Kinshasa dans la ligne de mire et du soutien total de Barak Obama !
Le diplomate américain a, dans ce communiqué « loué les progrès réalisés à ce jour par la Rdc dans le domaine de la bonne gouvernance depuis les dernières élections de 2006 », de même qu’il a mis l’accent sur le rétablissement des relations diplomatiques avec l’Ouganda et le Rwanda. Cerise sur le gâteau, William Garvelink a en outre confirmé que l’administration Obama « soutient les efforts du gouvernement congolais dans l’évolution positive de la situation dans les pays des Grands Lacs ».
Il va sans dire que le président Joseph Kabila ne se satisfera pas uniquement de l’admiration dont sa politique fait l’objet à Washington où se prennent souvent les grandes décisions qui concernent le destin de la planète. Il lui faut plus qu’auparavant affirmer son leadership politique et peser de tout son poids sur l’ensemble de ce qui se fait dans son pays, mener une lutte sans atermoiement et sans répit contre toutes les anti-valeurs et affirmer enfin sa volonté de placer tous les citoyens congolais sous la férule de la bonne gouvernance.
Il doit aussi et désormais pouvoir regarder tous ses collaborateurs entre les deux yeux et les amener à résipiscence avant de les envoyer devant les justiciers autant que faire se pourra. Il est temps, en effet, pour que chacun dans ce pays se mette à dire : « Vraiment rien n’est plus comme avant », parce que l’impunité aura été rayée dans les esprits des prédateurs de l’Etat.
Les bonnes faveurs de Washington s’entendent aussi comme son assentiment à voir la haute hiérarchie congolaise ouvrir enfin comme promis les portes de la prison à tous ceux auxquels Luzolo Bambi Lessa, le foudre de guerre ministre de la Justice et bourreau des « kuluna » à col blanc, promet les rigueurs de la loi. La refondation de la République, l’accession à l’Etat de droit, toute la crédibilité du leadership qu’il doit arracher est à ce prix, et à ce prix uniquement !
(DN/CV/GW/Yes)
Clément Vidibio/MMC