monucJusqu’à la fin de cette année – sauf cas de re-prolongation de son mandat – la Mission des Nations Unies en République démocratique du Congo (Monuc en sigle) totalisera près de 10 ans de séjour sur le territoire congolais. Dix années qui auraient pu être normalement de maintien de l’ordre mais qui, hélas, n’a été pour la plupart du temps plus une mission d’observation que d’actions militaires proprement dites engagées en vue d’aider le gouvernement de Kinshasa à venir à bout de toutes les rébellions que ce pays quatre fois plus grand que la France a connues et continue encore à connaître présentement de la part des rebelles hutus rwandais d’une part, et, de l’autre, des éléments ougandais de la LRA.

En dix années de séjour en terre congolaise, les fonctionnaires internationaux civils et militaires ont découvert un eldorado, un véritable pays de cocagne où coule le lait et le miel, même si ses populations vivent dans un état de pauvreté chronique et constant. Fort de plus de 17. 000 hommes avec un renfort de 3000 éléments attendus incessamment, le contingent des Casques bleus de la Monuc est, quantitativement parlant, la plus importante opération de - hum ! – maintien de la paix dans le monde.  

Est-ce parce que ce corps d’armée international est composite dans sa constitution – Uruguayens, Pakistanais, Indiens, Chinois, Ghanéens, Sud-africains, Sénégalais, Suisses, Anglais, Sénégalais, etc – que la morale au sein de ces unités militaires doit être la chose qui doit leur manquer le plus ? Et pourtant, ils sont régis par un code de conduite particulièrement contraignant. Au regard de la fréquence des situations délictuelles qui caractérisent le comportement de plusieurs éléments des Casques bleus aussi bien à Kinshasa que dans les provinces, maints observateurs en arrivent à déduire que ce code de conduite paraît n’être en réalité qu’un bâton tenu par un épouvantail : il menace plus qu’il ne frappe, il encourage plus qu’il ne dissuade. Bien plus, il n’incite aucunement à la moindre repentance ceux de ses éléments qui se rendent coupables de faits attentatoires à la pudeur et au déshonneur publics.

Or dans ce domaine très exactement, les Casques bleus de certains contingents excellent dans l’art de détrousser les jupons des femmes et des filles congolaises. Peu leur chaut que celles-ci soient majeures ou pubères, qu’elles aient un statut marital ou qu’elles n’en aient pas. Survenant à des périodes récurrentes, la fréquence des cas de viols sur des mineures imputés aux soldats des Nations Unies en mission en République démocratique du Congo depuis 10 ans devrait interpeller Alan Doss. le Représentant en Rdc du Secrétaire général des Nations Unies.

Hé oui ! Il est pour le moins indécent de constater que les éclaboussures qui offusquent et frustrent les bonnes consciences ne l’atteignent que superficiellement, lui qui est l’œil et l’oreille du Secrétaire général de la vénérable institution internationale. Est-ce à dire que le  mot scandale a perdu chez lui tout le poids de résonance qu’il charrie ? La question reste posée à qui de droit, de la même manière que nous avions eu à le faire autrefois à ses prédécesseurs à des occasions similaires.

En effet, que ce soit du temps du Tunisien Kamel Morjane qui a été le premier Représentant du Secrétaire général de l’Onu à Kinshasa ou de celui de son successeur le Camerounais Namanga Ngongi, ou encore de celui de l’Américain Lacy Walker Swing qui a quitté Kinshasa il y a presque deux ans, Digitalcongo.net n’a eu de cesse de dénoncer, outre les ambiguïtés et complicités avec les forces reconnues négatives sensés être dissuadées, les dérives sexuelles criminelles auxquelles se rendent coupables certains des éléments de la Monuc qui libèrent aussi bruyamment leurs instincts sexuels de manière immodérée et …scandaleuse !

Pas plus loin qu’il y a une semaine, un nouveau scandale signé « Casques bleus ghanéens » a défrayé la chronique avec l’arrestation de quatre éléments de la Monuc surpris par une patrouille de la Garde républicaine en flagrant délit de viol sur une jeune fille dans l’une des maisons inachevées à proximité du camp Ceta (Centre d’entraînement des troupes aéroportées). Ces Casques bleus du contingent ghanéen sont commis à la surveillance des installations de l’aéroport de Ndjili.

Les frasques commises la semaine dernière par les Casques bleus ghanéens dans les parages de l’aéroport international de Ndjili s’étaient passées au moment où la haute hiérarchie de la Monuc disait « préoccupée par des rumeurs sur de possibles cas d’exploitation et d’abus sexuels commis par des Casques bleus dans l’Est de la Rdc, dans des endroits reculés ».

Que la haute hiérarchie de la Monuc préfère utiliser des circonlocutions du genre : « La haute hiérarchie s’est dite particulièrement préoccupée par la possibilité de l’existence de cas d’exploitation et d’abus sexuels commis par des soldats stationnés dans des endroits reculés » : nous nous trouvons ici en présence d’une tentative délibérée d’atténuation du caractère délictueux des crimes imputés aux soldats de la Monuc. D’autant plus que cette même « haute hiérarchie » s’empresse de mettre un second bémol en arguant, dans une sorte de regret hypocrite que « des témoignages imprécis auraient été recueillis dans le Nord-Kivu concernant des abus commis entre 2005 et 2008 et d’autres plus récents. Mais qu’il n’y a eu aucune plainte » !

Il est pour le moins paradoxal et indécent que la Monuc, qui dispose des moyens logistiques aussi rapides que nombreux, ne soit pas à même d’atteindre rapidement les lieux de commission des abus sexuels dénoncés par plusieurs sources. Aussi, évoquer l’absence de plaintes dans la plupart des cas dénoncés équivaut à disculper sinon à banaliser les faits dénoncés, et couvrir leurs auteurs.

Car, quand bien même l’Onu, en 2005 avait « préventivement » décidé d’interdire aux Casques bleus d’avoir des relations sexuelles avec des Congolaises et avait affirmé avec force le principe de « Tolérance zéro » pour toute entorse à son code de conduite, il ne reste pas moins vrai qu’à chaque fois que les auteurs desdits abus ont été mis aux arrêts, la sanction la plus extrême qu’ils ont pu encourir a été le renvoi dans leurs pays d’origine. Guère plus !

A cette allure, on sait d’ores et déjà le sort qui attend les quatre Ghanéens qui se sont payés une tranche de plaisirs malsains sur leur jeune victime la semaine dernière. Et la « haute hiérarchie » de la Monuc se f… éperdument des conséquences dommageables qui surviennent ultérieurement aux victimes de ces frasques sexuelles, et dont elle ( la haute hiérarchie) devrait être moralement tenue pour responsable.

(DN/CV/Yes)

Clément Vidibio/MMC