Pendant que les multinationales anglo-saxonnes et belges financent les groupes armés à l’Est pour exploiter frauduleusement les minerais de la Rdc, leur gouvernement respectif vient en aide aux populations sinistrées.
La guerre qui continue de sévir à l’Est sous toutes les formes est décidément une source qui semble intarissable de rapports et de révélations. Particulièrement pour les organisations des droits de l’homme dont les courageuses investigations sur le terrain et les dénonciations qui s’ensuivent permettent à l’opinion tant nationale qu’internationale d’être plus largement informée sur les violations massives des droits humains qui s’y commettent.
Mardi 21 juillet dernier, l’organisation « Global Witness » a rendu public un volumineux dossier sur les tenants et les aboutissants des violences en tous genres sur fond de guerre dont l’est de la RDC est le théâtre depuis 1996 jusqu’à nos jours.
Ce rapport révèle des choses déjà connues telles que les tueries aveugles, systématiques des maisons, les exactions sur les habitants, les violences sexuelles faites aux femmes de tous âges, les déplacements incessants des populations, et bien sûr les pillages des ressources minières. Il f’ait également découvrir d’autres aspects de cette guerre moins connu ou simplement ignorés du grand public, notamment les motivations cachées des différents acteurs impliqués dans les combats ainsi que dans ses dégâts collatéraux.
Des Multinationales de la mort
C’est ainsi que, dans ce rapport, Global Witness fait observer que la guerre à l’Est fait bonheur d’un certain nombre de personnes morales et physiques qui en tirent profit soit par la vente des armes soit par l’exploitation ou le commerce des minerais dont regorge cette partie de la République. Et ce au mépris total des populations locales qui non seulement paient un lourd tribut à la guerre, mais aussi se voient réduits chaque jour davantage à la misère parce que les richesses qui les entourent s’en vont ailleurs.
C’est le cas, nommément cité, d’une dizaine de multinationales soupçonnées d’être au cœur des transactions illicites sur les ressources minières localisées sur le théâtre des combats. Parmi elles notamment, des sociétés anglo-saxonnes (britannique, canadienne, australienne, américaine) et belge, les plus en vue étant L’AMC qui opérerait par le canal de sa filiale THAISARCO et AFRIMEX, toutes deux britanniques, ainsi que TRADEMET de droit belge. A travers le commerce frauduleux des minerais de la RDC auquel se Livrent ces sociétés, en association avec les différents groupes armés présents sur les lieux qui s’adonnent à l’exploitation, de ces minerais, ceux-ci parviendraient ainsi à s’approvisionner en armes, ce qui a comme conséquence de faire enliser l’état de guerre, et donc de prolonger les souffrances des populations.
Toujours près à aider
Comme toutes guerre provoque des situations dramatiques auxquelles sont confrontées les victimes et qui ne peuvent que conduire à « des sentiments de tristesse, les pays anglo-saxons sont toujours les plus aptes » à manifester leur compassion et à faire preuve de solidarité. Aussi, s’agissant de la tragédie humanitaire qui se déroule à l’est de la RDC, est-il fréquent de voir intervenir en premiers les Nations anglo-saxonnes pour venir en aide aux populations malmenées par les épreuves de toutes sortes.
Dans ce cadre, bien souvent ce sont les ambassades britannique, canadienne et américaine qui se mettent en vedette. C’est alors aux chefs de ces missions diplomatiques de passer d’une chaîne de télévision à une autre pour annoncer la bonne nouvelle des aides que leurs gouvernements respectifs comptent envoyer ou ont déjà fait parvenir aux populations concernées. A travers ces apparitions dans les médias, ils ne manquent pas de souligner la volonté de leurs gouvernements d’aider au maximum le gouvernement congolais à mettre rapidement un terme à cette situation de guerre à l’Est et à l’accompagner ensuite dans ses efforts de redressement économique et social.
Certes, ces beaux gestes et ces belles paroles ne laissent pas indifférent le peuple congolais qui, ayant effectivement appris concrètement dans son existence que c’est bien dans le malheur que l’on connaît ses véritables amis, ne manque jamais d’apprécier à leur juste valeur ces actions d’entraide. Cependant, la question qui se pose est de savoir si, au moment où ces ambassadeurs anglo-saxons font prévaloir dans les médias congolais l’amitié et la solidarité de leurs pays vis-à-vis de la RDC, ils sont ignorants des accusations du genre de celles que Global Witness vient de porter à l’endroit de leurs firmes internationales.
Sous la générosité, l’hypocrisie
Quand on sait que les ambassadeurs occidentaux sont, via la MONUC massivement présente au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, les mieux informés de ce qui se passe là sur le terrain, quand on se rappelle que la MONUC dispose sur place d’une structure chargée notamment d’enquêter sur les violations des droits de l’homme, et lorsqu’on se souvient que l’un des rapports les plus éminents sur la guerre à l’Est de la RDC et la prédation des ressources minières qui l’accompagne émane précisément de l’ONU, il ne peut qu’être exclue l’éventualité que ces ambassadeurs n’aient pas été ou ne soient pas au courant des opérations illicites de certaines de leurs sociétés dans cette région. Plus encore, le fait que Global Witness soit justement une organisation britannique, écarte toute idée d’ignorance particulièrement de la part du représentant de la Grande-Bretagne en RDC sur les faits par cette organisation dans le chef des entreprises britanniques AMC et AFRIMEX.
Autant dire que, dans cette affaire, c’est la crédibilité même destinée aux populations de l’Est qui pourrait être remise en cause. En effet, d’une part il y a le fait que des multinationales britanniques sont accusées de participer au commerce illicite des matières précieuses de la RDC exploitées frauduleusement à l’est par des groupes armés, contribuant indirectement par là -même à faire durer la guerre. De l’autre, il y a la réalité de la générosité du gouvernement britannique vis-à-vis des populations de l’Est de la RDC continuellement endeuillées par les armes fournies aux milices grâce au produit du commerce des minerais pratiqué par des firmes britannique.
Il y a donc là comme une sorte de double langage, doublé d’hypocrisie, de la mission diplomatique de la Grande-Bretagne en Rdc : consoler les populations victimes avec l’aide de son gouvernement tout en sachant pertinemment bien que les malheurs de ces dernières proviendraient notamment des sociétés britanniques. Une attitude qui, dans le cas dénoncés par Global Witness, ressemblerait à du mépris.
De la transparence, pour écarter les soupçons !
Le rapport de Global Witness qui implique des multinationales britanniques dans le commerce illicite de ressources minières par lequel s’autofinancent les groupes armés encore actifs à l’Est de la RDC peut signifier finalement que l’aide de la Grande Bretagne aux populations sinistrées de la RDC ne serait que de la poudre aux yeux destinée à camoufler par ailleurs le comportement répréhensible de ces multinationales.
Aussi, pour effacer tout malentendu sur « l’innocence » de cette aide et écarter en même temps tout soupçon de complicité du gouvernement britannique avec certaines de ces sociétés tout en leur interdisant formellement de poursuivre en RDC leurs activités « criminelles ».
Ce faisant, Londres éviterait ainsi non seulement de ternir son image de donateur « désintéressé » et honnête, mais aussi d’être traité d’Etat qui couvre ceux de ses citoyens qui répandent indirectement la mort et la désolation à l’Est de la RDC.
(TN/Ern./GW/Yes)
Bondo Nsama/Salongo
Last edited: 03/08/2009 17:58:23