ruberwaDimanche 2 août 1998-dimanche 2 août 2009, il y a onze ans jour pour jour que commençait la deuxième guerre dite « de libération » dans l'Est de la République démocratique du Congo.

Ce dimanche là dans la soirée, l'armée rwandaise avait envahi le territoire congolais, dans l'espace compris entre les villes de Goma et Bukavu en prenant le contrôle de tous les endroits stratégiques tels que la radio nationale, la poste, les camps militaires.
 
A Kinshasa, les anciens membres de l'Alliance démocratique pour la libération du Congo (Afdl) parmi lesquels Deogratias Bugera, alors secrétaire général de l'Afdl, Munyapenda, Azarias Ruberwa… quittent la capitale pour rejoindre Goma où ils lancent une nouvelle rébellion pour renverser le régime de Laurent-Désiré Kabila.

La rébellion bénéficie de l'appui du Rwanda qui n'a pas digéré l'indépendance d'esprit de Laurent-Désiré Kabila et surtout sa décision de septembre 1998 où il demandait à toutes les troupes étrangères qui ont soutenu l'Afdl à prendre le pouvoir à Kinshasa de rentrer dans leurs pays respectifs.

Laurent-Désiré Kabila avait également décidé de reformer les Forces armées congolaises en y intégrant les ex-Faz. Aux yeux de Kigali, Laurent- Désiré Kabila devenait un véritable obstacle à leur politique de gestion et de contrôle des ressources naturelles en RD Congo.

Il fallait donc soutenir la nouvelle rébellion pour anéantir le pouvoir de Kinshasa. Le lundi 3 août 1998, le ministre congolais des Affaires étrangères, Bizima Kahara qui se trouvait en Afrique du Sud rejoint la rébellion que d'aucuns qualifient déjà de banyamulenge, c'est-à-dire des tutsi congolais.

S'adressant à la presse sud-africaine peu avant de rejoindre ses collègues à Goma, Bizima Kakarah n'hésite pas de qualifier Laurent-Désiré Kabila de dictateur et son régime de népotisme. L'ancien patron de la diplomatie congolaise donnera à LD Kabila une semaine pour quitter le pouvoir.

A Kinshasa, la nuit du dimanche 2 à lundi 3 août 1998 est marquée par une très forte tension, des coups de feu sont entendus aux environs du Mont Ngaliema, à 19 heures, le boulevard du 30 juin se vide… La situation reste confuse.

Au journal l'Observateur, l'éditeur demande aux journalistes de boucler le journal rapidement et de quitter la rédaction pour se mettre hors du centre ville où ne circule désormais que des véhicules bourrés de militaires armés jusqu'aux dents.
 
L'agression

Dans une déclaration faite le lundi 3 août, le président congolais parle pour la première fois de l'agression de la Rdc. S'exprimant sur un ton grave, Laurent-Désiré Kabila accuse le Rwanda d'avoir agressé la République démocratique du Congo. Celle-ci a décidé, par la voix de son président, de déclarer la guerre au Rwanda qu'elle accuse d'envahir son territoire.

Au cours de la conférence de presse qu'il tient le mardi 4 août 1998, le président Laurent-Désiré Kabila promet d'exporter la guerre au Rwanda. Il parle des revers des circonstances pour reconnaître et justifier la chute des villes de Goma, et de Bukavu par les rebelles. « Nous voulons que l'Organisation de l'unité africaine (Oua), les Nations Unies exercent la pression au gouvernement irresponsable du Rwanda pour mettre fin à cette rébellion qu'il soutient », a martelé le président Laurent-Désiré Kabila.

En effet, Après Goma, c'est autour de Bukavu, dans le Sud-Kivu, de tomber entre les mains de la rébellion soutenue par l'armée rwandaise, le lundi 3 août. Trois jours après, la rébellion dirigée par l'ancien chef d'état-major de l'armée congolaise, James Kabahere s'empare des villes de Uvira .

Le jeudi 6 août, la presse annonce qu'un entretien téléphonique a eu lieu entre les présidents Laurent-Désiré Kabila et son homologue sud-africain Nelson Mandela. Beaucoup d'observateurs croient que c'est le début d'un processus de dialogue entre la Rdc et la rébellion soutenue par le Rwanda. Que non.

Tout en démentant toute implication dans cette rébellion, les troupes rwandaises et les rebelles congolais se préparent à ouvrir un nouveau front dans l'Ouest de la Rdc, plus précisément au bord de l'océan Atlantique, dans le Bas congo.
 
La naissance du Rcd

Alors les dirigeants africains commencent à se concerter pour voir comment aider le Congo à retrouver la stabilité, la rébellion de Goma prend, le mercredi 4 août une connotation politique. Elle est désormais appelée Rassemblement Congolais pour la Démocratie. Le même jour, l'opposant Arthur Z' Ahidi Ngoma est désigné président du Rcd.

« Le but de cette nomination est de donner une connotation politique nationale à un mouvement qui est noyauté par les dirigeants de Kigali », a expliqué l'éditorialiste congolais, après l'annonce de cette nomination.

Dans le mouvement, l'on trouve aussi certains anciens dignitaires du régime de Mobutu ainsi des anciens déçus de l'Afdl, sans oublier des opportunistes politiques en quête des postes politiques.

Du coup, le Rcd montre déjà ses faiblesses du fait que chacun y vient avec son propre agenda politique. Le jeudi 6 août, de violents combats sont signalés à Banana et à Muanda, à environ 550 kilomètres de Kinshasa.

La tension monte à la base de Kitona située non loin de là. Le jeudi 7 août, les rebelles du Rcd détournent depuis Goma un bœing 707 de la compagnie aérienne Congo Airlines (Cal). Ils fixent le cap pour Kitona avec un groupe de soldats rebelles et des troupes rwandaises pour ouvrir un front à partir de l'Ouest afin de prendre Kinshasa en tenaille.

Mais à Kitona, ils se heurtent à la résistance de plusieurs éléments des ex-Faz parmi lesquels… un certain Général Mbuza Mabe qui refusent d'être à la solde d'un mouvement appuyé par le Rwanda. Mais face à ce débarquement impressionnant des troupes rwandaises hyper armées, les vaillants soldats congolais n'y peuvent rien. Ils ont le courage de résister et de lancer un appel à l'aide à Kinshasa pour faire face à cette invasion. Mais hélas, les communications sont déjà contrôlées par les rebelles.
 
Pour la presse occidentale, les dés sont donc jeté, Laurent -Désiré Kabila va connaître le sort de son prédécesseur Joseph-Désiré Mobutu Sese Seko. La rébellion avance inexorablement vers la ville de Matadi, chef lieu de la province du Bas-Congo.
 
La grande menace

Les leaders du Rcd affirment depuis Goma qu'ils contrôlent désormais toute la partie occidentale de la République démocratique du Congo et qu'ils était même sur le point de prendre la ville de Matadi et la cité d'Inga où se trouve le barrage hydro électrique d'Inga.

Dans la capitale, ce jeudi 6 août 1998, des milliers de personnes parmi lesquelles des étudiants, des femmes commerçantes, des acteurs de la société civile, des hommes politiques… manifestent à travers la ville de Kinshasa pour dénoncer l'agression rwandaise et soutenir Laurent -Désiré Kabila qui l'on croit victime d'un complot ourdi par des ennemis du Congo.

L'on enregistre plus de 20.000 personnes lors de la marche qui va du Boulevard Triomphal à la Gare centrale, en plein centre d'Affaires de Kinshasa.

La situation devient de plus en plus confuse que les pays occidentaux, notamment les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la Belgique, La France, l'Allemagne fédérale, le Japon, la Suisse… conseillent à leurs ressortissants de quitter la Rdc. Les organisations humanitaires et de défense des Droits de l'homme quant à elles dénoncent des cas de violations des droits de l'homme et la chasse aux sorcières menée à Kinshasa, à Goma, à Bukavu, à Lubumbashi…

L'Eglise catholique, par la voix de l'Archevêque de Kinshasa, Mgr Frédérique Estou lancera un appel à la paix à la population pour que le spirale de la violence de la guerre ne conduise pas à des règlements de compte.

(CL/GW/Yes)

L’Observateur