L’objectif du pasteur est, dès lors, de limiter les dégâts en organisant, malgré tout, les concerts.
Il compte, ainsi, réactiver le dossier de visas d’autant plus que le contrat stipule que le groupe ne peut rembourser l’acompte si l’annulation des concerts n’est pas de son fait. Nous ne saurons peut-être jamais pourquoi les membres du groupe GAEL n’ont pas obtenu leurs visas pour les concerts avortés qui étaient prévus en juin, à Paris et à Bruxelles, organisés par le pasteur Freddy Mbuata résident en Guadeloupe.
Les explications données par ce promoteur et le manager de l’orchestre, Antoine Katoto, ne concordent pas et cachent mal une suspicion réciproque.
Au coeur de la controverse : les conditions non-remplies pour obtenir les visas. Le pasteur/promoteur affirme avoir rempli intégralement ses obligations et déplore la suspicion et l’absence d’une coopération totale de la part d’Antoine Katoto, tandis que ce dernier indique que le pasteur n’a pas, notamment, fourni les garanties financières exigées par l’ambassade de Belgique.
Selon les documents que nous ont présentés Antoine Katoto et le pasteur Freddy Mbuata, ce dernier a bien respecté ses obligations définies par le contrat : un premier acompte de 2.800 euro versé, les billets d’avion achetés, les salles de concert et les chambres d’hôtel réservées et payées...
Mais l’homme de Dieu a eu le tort de confier l’envoi de l’acompte à « BKP » qui aurait un contentieux avec le groupe GAEL qui lui reprocherait la piraterie de ses oeuvres.
Pour le groupe et son manager, « BKP » fait partie de l’organisation, ce qui est contraire à l’article 11 du contrat qui stipule : « Le producteur s’interdit d’avoir un sponsor commercialisant des produits qui sont contraires à la doctrine chrétienne (alcool, tabac...) et aux bonnes moeurs ou toute autre personne physique ou morale ayant fait l’objet des poursuites judiciaires pour piraterie ou contrefaçon des oeuvres chrétiennes.
Le groupe se réserve le droit de refuser de prester au cas où la personne serait intervenue dans la production ». Freddy Mbuata a été cependant catégorique : « BKP » ne faisait pas partie de l’organisation mais il l’aurait simplement chargé d’expédier l’argent à Kinshasa, lui-même étant en Guadeloupe.
Ce qu’atteste une décharge signée par « BKP » à la femme du pasteur. Ce démenti aurait été lui-même, hélas, démenti par « BKP » qui se serait épanché dans tout Paris affirmant qu’il avait investi dans ces productions. Katoto et le groupe GAEL ont accepté l’explication de Freddy Mbuata, mais le malentendu n’aurait pas été totalement levé.
Les garanties financières : noeud de la question ?
Lors d’un rendez-vous qu’il nous a fixé à Paris, le pasteur Mbuata a sorti tous les documents imaginables qui démontrent que le dossier qu’il a déposé au consulat pour demander les visas était complet et béton.
Il s’interroge, dès lors, sur les réelles motivations de la décision de refus, on le sent même tenté de penser qu’Antoine Katoto aurait, entre autres faits, donné un mauvais signal en retirant son passeport à l’ambassade, afin de se rendre aux États-Unis, avant une réponse définitive du consulat belge.
Le manager de GAEL réfute l’accusation : « À quatre jours de la date fixée pour le premier concert, il était acquis que le voyage n’aurait pas lieu. De plus, mon passeport ne se trouvait même pas à l’ambassade mais entre les mains de son conseiller juridique à Kinshasa qui ne savait même plus où il l’avait mis. Il l’a retrouvé finalement chez lui ».
Mais dans la discussion avec l’un et l’autre apparaît la question des garanties financières. Antoine Katoto affirme que sur le relevé du compte bancaire remis par le producteur à l’ambassade, il n’était indiqué que les 2/3 du montant fixé par le consulat.
Le producteur lui aurait alors demandé de présenter la somme qui manquait et qu’il allait récupérer plus tard. Refus du manager de GAEL conforté par les réserves de sa femme qui est, en même temps, sa collaboratrice directe.
Freddy Mbuata, pour sa part, présente une autre version : « L’ambassade voulait que le groupe présente des bulletins de salaire des musiciens, ce qui aurait été considéré comme une garantie de leur retour au pays. C’était au manager du groupe de remplir cette condition ».
Qui croire ? Le seul constat qui s’impose : aucun des deux protagonistes n’évoque une éventuelle rigidité du consulat mais chacun charge l’autre. Freddy Mbuata maintient les concerts malgré tout !
Dans cette affaire, le pasteur/promoteur affirme avoir perdu beaucoup d’argent : les sommes d’argent déboursées pour payer les billets d’avion, les salles de concerts et les chambres d’hôtel ne lui seront pas remboursées et dépasseraient les 15.000 euro en plus de l’acompte versé au groupe.
Son objectif est, dès lors, de limiter les dégâts en organisant, malgré tout, les concerts.
Il compte, ainsi, réactiver le dossier de visas d’autant plus que le contrat stipule que le groupe ne peut rembourser l’acompte si l’annulation des concerts n’est pas de son fait.
De tout cela, il restera une évidence : musique chrétienne congolaise et musique congolaise dite profane partagent les mêmes moeurs.
On y trouve les mêmes ingrédients dans les deux genres : surenchère, suspicion, mensonge, exigences financières élevées et strictes, recherche de profits, etc. On n’en voudra à personne, tout cela étant tout bêtement humain.
Les frontières des vertus, souvent érigées entre les deux musiques par les pasteurs ainsi que les musiciens et les producteurs dits chrétiens, se révèlent dès lors factices, virtuelles et hypocrites.
Quant aux concerts avortés, il est clair que les mélomanes l’ont regretté car le groupe GAEL a la plus grosse cote d’estime du moment. Espérons, avec le pasteur/promoteur Freddy Mbuata, que c’est juste une partie remise.
(BT/PKF)
Botowamungu Kalome/BT/AEM/MMC