Le parrainage, consiste à trouver un enseignant influent du Département ou de la Faculté, capable de plaider le cas d’un étudiant auprès des membres du jury, pendant la délibération des résultats d’une session des épreuves.
Et devant ses collègues, l’enseignant parrain présente l’étudiant protégé comme son cas social. Très bientôt, c’est la fin de l’année académique 2008-2009 dans la plupart des établissements officiels en RD Congo. Les étudiants de ceux des instituts supérieurs et universités n’ayant pas connu de retard dans leurs calendriers académiques subissent les examens de la première session.
D’autres sont dans la fièvre de la délibération pour affronter la deuxième session des épreuves. Pendant ce temps, une révélation sort des causeries des étudiants. « L’intelligence seule ne suffit plus pour passer de classe ou réussir. Actuellement, il n’est plus facile de réussir sans l’appui d’un professeur. Le parrainage s’est transformé en une pratique à laquelle tout étudiant, à l’exclusion des fils des professeurs, doit recourir pour réussir ». C’est ce que révèle un groupe d’étudiants de l’université de Kinshasa (Unikin), régulièrement inscrits en première licence.
Nous apprenons cependant que le cas de l’Unikin n’est pas isolé. La pratique est monnaie courante dans bien d’autres établissements d’enseignement supérieur et universitaire congolais. En prime, ceux des grandes villes du pays. Toutes proportions gardées, nous apprenons que cette pratique à plus d’ampleur dans des instituts supérieurs et à l’Université de Kinshasa! De quoi s’agit-il concrètement ?
Le « parrainage », consiste à trouver un enseignant « influent » du Département ou de la Faculté, capable de plaider le cas d’un étudiant auprès des membres du jury, pendant la délibération des résultats d’une session des épreuves. Et devant ses collègues, l’enseignant « parrain » présente l’étudiant « protégé » comme son « cas social ». Expression très en vogue dans les milieux scolaires et académiques en RD Congo. Ainsi, le jury diminue le nombre d’échecs de l’étudiant parrainé. Les échecs lourds sont allégés. Pourvu que le poulain du Prof soit dans les critères de délibération.
Jamais un acte de générosité
Selon nos interlocuteurs, le parrainage est loin d’être un acte d’altruisme ou de générosité. Bien au contraire, l’étudiant (e) doit être conséquent (e) s’il veut atteindre l’objectif poursuivi. « Les garçons donnent une enveloppe au parrain, alors que la fille offre une bonne rencontre des relations intimes », apprend-on des étudiants. Vrai ou faux ? Toujours est-il que ce genre de choses se racontent de plus en plus dans les milieux des étudiants kinois. D’autres vont plus loin pour parler des « points sexuellement transmissibles ».
Les enfants d’abord
Au parrainage des étudiants, s’ajoute une autre réalité, à savoir celle qui accorde plus de privilèges aux étudiants, fils des enseignants. « A l’unikin, le principe est les enfants d’abord ! », nous a confié un chef de travaux à la Faculté de médecine, dans un entretien au téléphone, mardi avec nous. Notre interlocuteur qui a requis l’anonymat renseigne qu’une liste des noms des fils des professeurs est déposée sur la table du jury, appelé à délibérer, sans tenir compte des critères retenus pour tous les autres étudiants. « Les enfants des professeurs ne sont pas délibérés. Ils passent carrément de classe, quels que soient la gravité et le nombre de ses échecs.
Chez nous en Médecine, par exemple, les fils des professeurs inscrits dans des classes de recrutement ont plus de chance de satisfaire en première session que le reste d’étudiants », poursuit notre interlocuteur qui évoque des raisons liées à la conjoncture économique du pays. « Les enseignants, prétextant leurs salaires trop bas, ont du mal à payer deux fois les frais exigés et pour son fils appelé à doubler l’année », conclut le même chef de travaux.
Un jury discret à l’UPN
La corruption dans toutes ses formes, n’est pas l’apanage de l’Unikin. Aucun établissement d’enseignement supérieur et universitaire contrôlé par l’Etat congolais, ne serait sans doute à l’abri des anti-valeurs. Comme nous l’avons dit, des témoignages recueillis font croire que les instituts supérieurs et l’Unikin, caracolent en tête du « peleton »
Evidemment, il existe des enseignants qui se respectent. Des professeurs d’université dignes de ce nom et qui s’en tiennent aux valeurs sociales, à l’éthique et la déontologie de leur métier d’enseignant. Mais il faut avouer que leur nombre est à compter des bouts de doigts ! Que faut-il alors faire pour contourner les « parrains » et vouer leur entreprise à l’échec ?
A l’ex-institut pédagogique national (IPN), devenu Université de Kinshasa Ngaliema, les autorités semblent avoir trouvé la recette. Invite à l’émission d’une radio privée, émettant de Kinshasa, un professeur ordinaire de cet établissement n’est pas y allé avec le dos de la cuillère pour crever l’abcès. « La corruption existe belle et bien dans nos institutions d’enseignement supérieur et universitaire. Pendant la délibération, nous sommes indignés de constater que certains collègues fassent le tour des jurys pour défendre certains étudiants. Souvent, les moins appliqués des promotions. Le phénomène s’est généralisé dans le pays. Mais au niveau de l’UPN, nous avons monté des garde-fous pour éviter toute tentative de tricherie », a laissé entendre le professeur.
La stratégie, à l’UPN, explique la source, consiste à ne plus afficher les noms des membres de Jury. « En outre, nous avons institué une méthode d’anonymat aussi bien pour la correction des copies des examens que pour la transcription des cotes de chaque étudiant. Ainsi, les noms des candidats sont codifiés avant d’envoyer les listes de points aux membres du jury », ajoute le même professeur qui, cependant, n’a fait aucune allusion aux examens passés à l’oral !
Seulement, l’interlocuteur de notre confrère de la radio a reconnu que cette recette à des limites, des conséquences liées au décodage. « Une moindre distraction suffit pour mal transcrire les cotes. C’est à dire que l’on pourrait attribuer à un étudiant, la cote qu’il n’a pas méritée. Mais on finit par réparer le préjudice ou le bénéfice indû ». Quoi qu’il en soit, le parrainage vient allonger la liste, déjà longue des anti-valeurs qui rongent le système de l’enseignement supérieur et universitaire en RD Congo. Certes, le ridicule ne tue pas. Mais il ridiculise quand même son auteur.
(Milor/GM/PKF)
Laurel Kankole/Forum des As