Résolument attaché à revaloriser l’enseignement supérieur et universitaire en considérant que l’éducation et l’enseignement font partie des 5 chantiers de la République, Léonard Mashako Mamba, ministre de l’Esu est, hélas, devenu la cible des anti-réformateurs.
L’enseignement supérieur et universitaire en République démocratique du Congo est malade aujourd’hui plus qu’hier de son fonctionnement. Il l’est également à cause de la situation de non respect, par les comités de gestion des établissements supérieurs et universitaires, des normes de l’Esu telles qu’édictées par le ministère de tutelle.
Dans tous les cas, l’absence de financement de ce secteur de l’enseignement ou son faible taux de financement a ouvert toutes les brèches à travers lesquelles sont entrées tous les maux qui gangrènent ce secteur au point de nécessiter une réforme profonde de l’ensemble du système si l’on vent crédibiliser la valeur de l’enseignement supérieur et universitaire congolais.
Faut-il le souligner : parce que les propositions que formule l’actuel patron de l’Esu appellent la restructuration en profondeur de ce système, voici le réformateur devenu la bête noire de tous ceux qui, craignant de ne pas trouver leur compte dans cette espèce de chirurgie sans anesthésie que le ministre Mashako veut pratiquer, en arriver à défier leur ministre, avec des masques comme dans un roman de cape et d’épée, en se réfugiant sous le pseudonyme d’« Un groupe de professeurs ».
Au-delà de la part de lâcheté qu’il y a à déceler dans cet anonymat qui prive l’opinion de les identifier, afin de mieux comprendre les soubassements de leurs arguments, il y a le fait que ces professeurs d’université non autrement identifiés, viennent d’interpeller le Premier ministre et le gouvernement contre ce qu’ils qualifient gratuitement de « pensée unique du Dr Mashako » s’agissant des mesures correctives arrêtées par le ministère en charge de l’Enseignement supérieur et universitaire. Dire que ces mesures ont été proposées au gouvernement et adoptées en Conseil des ministres dans sa réunion du 22 juin 2009 !
Ces mesures correctives visent pour l’essentiel l’assainissement du secteur concerné avant la rentrée académique prochaine dont la date vient d’être fixée au 17 octobre. Le ministre Mashako Mamba a eu beau rassurer l’opinion que c’est au terme d’une enquête nationale sur le fonctionnement des institutions et de la viabilité des établissements de l’Enseignement supérieur et universitaire qu’on en est arrivé à dresser un tableau très peu reluisant de la situation qui prévaut dans ce secteur. Sa vision des choses n’a jusque là rencontré que des critiques sarcastiques de la part de ceux qui vivent de ce désordre entretenu. Ce désordre est si bref, le tableau que présente l’Enseignement supérieur et universitaire en Rdc est très peu reluisant, dégradant et médiocre, n’en déplaise à tous ceux qu’énerve les SOS de détresse que lance le patron de l’Esu au fur et à mesure qu’il effectue des tournées d’inspection dans les institutions et établissements dont il a la tutelle.
Conscient de la tournure on ne peut plus dévoyante que prend la gestion calamiteuse de cet enseignement à tous les niveaux, Mashako Mamba a averti : « Si nous n’y prenons pas garde, nous risquons de compromettre dangereusement le sort socio-économique du pays pour une longue période ». Le rapport qu’il en a présenté au Conseil des ministres a également relevé que les conditions de l’offre de l’éducation au supérieur tant sur le plan de l’organisation, des infrastructures, des ressources humaines, financières, matérielles que de la gouvernance sont très lamentables : un effort financier substantiel doit être consenti par le gouvernement pour remédier cette situation.
Des mousquetaires opposés à la réforme
Malgré toutes ces assurances, les membres de ce « Groupe de professeurs » non autrement identifiés, se sont bouché les oreilles et ils récusent de bute en blanc les résultats de l’audit à organiser en ce mois de juillet, prélude à l’organisation des Etats généraux de l’Enseignement supérieur et universitaire, suivi de la mise à jour des différents textes qui organisent et régissent ce secteur.
A tout considérer, Mashako Mamba hanté par le démon de l’assainissement du secteur dont il tient fermement le timon que lui a confié le président Joseph Kabila Kabange il y a moins de douze mois n’entend pas démordre. Il s’agit rien moins que de ne pas baisser les bras devant la fronde qui s’annonce, et de tenir quoi qu’il en coûte de réinsuffler dans ce secteur un souffle nouveau dont la finalité et l’objectif recherchés sont le rattrapage de son niveau d’antan perdu il y a belle lurette.
Pour ces mousquetaires, c’est peine perdue pour Mashako Mamba qui prêche dans le désert : ils rejettent en bloc tout en les contestant ses propositions d’assainissement. Que ce soit de la prolifération et la viabilisation des établissements de l’Esu, des conditions de recrutement des étudiants pour la prochaine rentrée académique en lieu et place de l’inscription en bloc des diplômés, de manière à éviter que l’on admette n’importe que détenteur de diplôme d’Etat à toutes les facultés, de la relève académique, de la mutation du Cidep en une université ouverte, de la spoliation du patrimoine immobilier de l’Esu par des membres du corps académique, scientifique et administratif, que ce soit aussi des responsables de certains établissements supérieurs et universitaires, du détournement des frais connexes dont le ministre Mashako demande la vérification et la sanction des coupables, le cas échéant.
Un combat d’arrière-garde
C’est même ce spectre des sanctions judiciaires qu’il brandit qui les fait sortir de leurs gonds ! Ah ! quel beau monde de jouisseurs impénitents ! On a de la peine à croire que cette clique appartient réellement à l’intelligentsia ! What a pity !
Décidément, les opposants à la réforme de l’Enseignement supérieur et universitaire ont la tête dans les nuages quand ils rejettent les propositions ministérielles, parce que, à leurs yeux ces propositions procèdent de « sa volonté de nuire à des personnes ciblées ». Un genre d’arguments fallacieux qui attestent plutôt d’une détermination à persister dans la perpétuation de la situation décriée par le n° Un de l’Esu. Ils craignent, en acceptant les directives de Mashako Mamba, de tuer les poules aux œufs d’or que sont nos enfants.
Certes, le « Groupe de professeurs, » non autrement identifié stigmatise à bon droit le rôle néfaste joué durant les années fastes du mobutisme sur l’enseignement supérieur et universitaire.
Nous convenons avec son collectif que « l’Etat a toujours détruit chaque fois qu’il a voulu s’ingérer dans la gestion des institutions de l’Esu : cas de la nationalisation de l’Université Lovanium, de l’Université officielle du Congo, de l’Université protestante de Kisangani et de l’Université de Kinshasa fondue dans l’Université nationale du Zaïre (Unaza).
Mais est-ce une raison suffisante pour eux de refuser aujourd’hui que le gouvernement actuel cherche à remédier cette situation qui a été créée à son temps par des mobiles politiques ayant prévalu à cette époque-là ? Non, l’heure n’est pas à ce genre de résistance qui donne l’impression d’un combat d’arrière-garde que mènent des gens qu’effraient la série de mesures prises par Mashako Mamba en vue de redresser la barre du navire Esu.
La revalorisation de l’Enseignement supérieur et universitaire au prix des réformes hardies
On peut penser ce qu’on veut des directives arrêtées par le gouvernement à la veille de la rentrée académique 2009-2010 après l’évaluation de l’année précédente. Sa recommandation aux responsables des établissements de l’enseignement supérieur et universitaire de n’accepter dans leurs formations que des élèves ayant obtenu 60% des points, et de soumettre pour la prochaine année académique au concours d’admission ceux justifiant de 50 à 59% des points, ne peut qu’être positivement interprétée, si tant est que l’on veut réellement promouvoir l’excellence dans notre système d’enseignement supérieur et universitaire par trop dégradé.
Quand on sait que la pratique observée jusqu’alors était d’ouvrir toutes grandes les portes de ces institutions à tous les finalistes du secondaire, il était normal qu’il s’ensuive une pléthore d’étudiants dans les auditoires. Dès lors, on ne peut rechercher les réfractaires à cette campagne de régénération que dans les rangs de certains chefs d’établissements et dans ceux des membres du corps académique. Les uns et les autres pour des raisons pécuniaires évidentes.
En effet, il n’est que secret de Polichinelle que les pléthores qui se constatent dans les auditoires font l’affaire des responsables académiques. Ne tirent-ils pas de grosses prébendes sur ces enfants qu’ils saignent impitoyablement ? D’autant plus qu’ils exigent, dans la plupart des cas, un paiement cash avant l’achat de la carte d’étudiant ! Bah ! la pratique n’est pas à mettre sur le compte de tous les membres du corps professoral de nos institutions d’enseignement supérieur et universitaire. Mais il reste vrai que la pratique est très courante !
Eradiquer toutes les anti-valeurs !
Il n’en va pas différemment des professeurs qui conditionnent l’octroi des points et la remise des cotes à l’achat des syllabus qu’ils confectionnent ! Un commerce hautement lucratif qui engraisse leurs auteurs ! En plus, grands amateurs des « extra muros », beaucoup d’entre eux cumulent les enseignements dans plusieurs établissements. Ils préfèrent se décharger sur leurs assistants qui se chargent bon gré mal gré de meubler les vacances ainsi créées.
L’assainissement projeté par le ministre Mashako vise donc à éradiquer toutes ces anti-valeurs qui ont élu domicile dans le secteur de l’enseignement supérieur et universitaire. Les quelques cas cités ici ne représentent qu’une infime partie du « poto poto » engluant qui dévalorise le diplôme universitaire congolais.
Il est indécent que nos professeurs, qui font pourtant partie de l’élite nationale, mettent des entraves à cette campagne de salubrité publique destinée à redonner des couleurs à notre enseignement, pour manifestement ne voir que leurs intérêts égoïstes.
Observée sous ce prisme de l’intérêt supérieur de la Nation qui souligne avec force traits toute la motivation de sa concrétisation, la campagne d’assainissement entreprise par le ministre Léonard Mashako doit être soutenue par tous les citoyens congolais qui tiennent à la promotion d’un enseignement de qualité, de standard international dans notre pays. Ce n’est qu’en rompant avec le système en vigueur avant cette campagne qu’on pourrait y prétendre.
Honnêtement parlant, si Mashako Mamba échoue, alors il ne restera plus qu’à faire une croix sur l’enseignement supérieur et universitaire en République démocratique du Congo. Si tant est que les objectifs poursuivis par les réformes visées par Mashako Mamba est de sortir la jeunesse intellectuelle congolaise de la médiocrité, toutes les bonnes volontés doivent concourir à l’aider à remettre ce secteur sur les rails des normes.
(DN/CV/Yes)
Clément Vidibio/MMC