Ce comportement des soldats de la paix est totalement en contradiction avec la mission de la protection de la population civile leurs assignée par le Conseil de sécurité de l’Onu.
La Mission de l’Organisation des Nations Unies en République Démocratique du Congo (Monuc) vient d’envoyer à l’Est de la Rdc une mission d’évaluation dans le cadre du renforcement des mesures préventives contre l’exploitation et les abus sexuels (Eas) impliquant des Casques bleus. L’équipe d’évaluation est dirigée par un officier supérieur de la Brigade du Nord Kivu qui est appuyé par une femme fonctionnaire au sein de l’Unité de Conduite et Discipline (Ucd) de la Monuc, ainsi que par un officier de liaison militaire, représentant l’Ucd à Goma et un officier indépendant désigné par le chef d’Etat Major adjoint à Goma.
Ils se rendront dans un certain nombre de bases opérationnelles et visiteront des camps où des dizaines de milliers de Congolais déplacés par les violences dans le Nord Kivu cherchent protection. L’équipe d’enquête doit rendre son rapport d’ici la fin du mois en cours. Cette initiative intervient après la nomination, l’année dernière, de 48 officiers militaires pour agir comme points focaux au sein des contingents militaires des différents pays au sein de la Monuc et renforcer sur le terrain les programmes de formation à la prévention de l’exploitation et des abus sexuels ainsi que les procédures pour exposer les infractions. Les points focaux ont terminé, le 25 juin à Goma, un programme de cours de remise à niveau sur la prévention contre l’exploitation et les abus sexuels.
Le Commandant de la Force, le Général Babacar Gaye, s’est déclaré préoccupé par la persistance des rumeurs de mauvaise conduite et a exprimé l’espoir que l’équipe d’évaluation permettra de les éclairer. « S’ils trouvent des indications de mauvaise conduite, nous les soumettrons à un processus d’enquête plus formel, » a-t-il assuré.
Il sied de souligner que dans une directive datée du 27 juin dernier destinée aux Commandants de brigade de la Monuc, le Général Gaye a indiqué que 10 cas d’exploitation et d’abus sexuel avaient fait l’objet d’enquête par la police militaire en 2008, mais qu’il était préoccupé par la possibilité de l’existence d’autres cas que l’on n’aurait pas détectés. Il s’est dit particulièrement préoccupé par la possibilité d’entorses au Code de conduite de la Mission de la part des soldats stationnés dans des endroits reculés.
La Monuc adopte la tolérance zéro
A la suite du Chef de l’Etat Congolais qui a donné le ton en annonçant la tolérance zéro au sein des Forces armées de la République démocratique du Congo, le Chef de la Monuc, Alan Doss salue le renforcement supplémentaire de la conduite et discipline au sein de la Mission qui constitue un appui à la prévention.
« Ce dont nous parlons ici, c’est de tolérance zéro pour tout comportement qui ne respecte pas les femmes et les filles ainsi que les communautés au sein desquelles ils vivent », a-t-il souligné. « Ceci s’adresse autant à nos 3.000 gardiens civils de la paix qu’aux militaires », a-t-il précisé.
Un nombre très réduit de Casques bleus ont, par le passé, abusé de la confiance du peuple congolais, et l’écrasante majorité, constituée de ceux qui servent avec honneur au sein de la Mission, s’indigne du dommage qu’une poignée d’individus peut causer à la crédibilité du maintien de la paix ».
Le Général Gaye a expliqué que tout indice qui serait mise en lumière par la mission d’évaluation ferait l’objet d’une enquête formelle par la branche investigatrice de l’ONU qui opère en dehors de la chaîne de commandement de la MONUC. « J’ai instruit mes commandants pour qu’ils s’assurent que nos Casques bleus comprennent que chacun, quel que soit son grade et son rang, a la responsabilité d’être vigilant et de dénoncer immédiatement les transgresseurs auprès de leurs points focaux EAS ou auprès de leurs supérieurs », a souligné le Général Gaye.
A quoi joue la Monuc
Ce n’est pas pour la première fois que la Monuc diligente des enquêtes sur les soldats de la paix à l’Est de la République démocratique du Congo. D’autres enquêtes analogues ont produit des résultats salués par toute la Communauté internationale, mais qui n’ont pas pour autant influé dans le comportement des soldats de la Monuc.
Aussi, on ne peut pas comprendre que ceux qui sont venus pour protéger les civils, se mettent subitement à les maltraiter. Pour démontrer la légèreté avec laquelle la Monuc mène ses enquêtes, l’armée indienne a acquitté au mois de mars 2009 au moins 30 de ses officiers soupçonnés d’avoir commis des abus sexuels sur des femmes, dont des mineures, lorsqu’ils étaient en mission en Rdc dans le cadre des opérations onusiennes de maintien de la paix l’an dernier, rapporte le quotidien local The Asian Age.
Des sources de l’armée indienne ont expliqué qu’il n’y avait pas de preuves substantielles étayant les chefs d’accusation, après qu’une enquête sur le dossier eut été close. Le ministre indien de la Défense A. K. Antony avait ordonné l’année dernière l’ouverture d’une enquête rigoureuse sur les plaintes pour exploitation sexuelle de femmes locales par des Casques bleus indiens en Rdc. Les cas d’abus sexuel ont été rapportés dans la région de Masisi, dans l’Est de la Rdc où des troupes indiennes ont été déployées.
L’Inde a récemment annulé le déploiement d’un contingent supplémentaire de son armée de l’air en Rdc pour les opérations onusiennes de maintien de la paix, sous l’effet du scandale sexuel. Cette enquête à quoi pourra-t-elle conduire, permettra-t-elle d’amener la communauté internationale et les Ong dites internationales d’améliorer leur jugement sur les exactions des soldats au front ? Si on ne peut imputer à la Monuc les abus de ses soldats au front, l’Onu doit apprendre à ne pas mettre sur le dos des dirigeants congolais les égarements de quelques soldats indisciplinés des Fardc.
(TN/Milor/GW/Yes)
L’Avenir
Last edited: 25/07/2009 12:58:12