L’exploitation de la manne pétrolière du Lac Albert à la frontière commune entre la RDC et l’Ouganda pose problème. Tant que sont entretenues des zones d’ombre surtout du côté ougandais dont on dénonce des ténébreux marchandages, la partie congolaise est priée d’ouvrir l’œil et le bon.
A lors que le rapport de l’Ong la militarisation du secteur minier congolais continue de soulever des vagues dans les milieux des décideurs congolais, un autre pavé vient d’être jeté dans la marre. Dans une réflexion consacrée à l’exploitation, présumée commune, du pétrole dans le Lac Albert, par la République Démocratique du Congo et l’Ouganda, le Directeur du Centre Africain pour la Gouvernance Energie ou Africa Centre for Energy Governance (Afiego) en version anglaise, Dickens Kamugisha, se demande si cette ressources naturelle constitue une bénédiction ou une malédiction pour les deux Etats.
Il fait savoir que l’opinion publique, en RDC comme en Ouganda, exige le maximum de transparence aussi bien dans les modalités d’attribution des blocs pétroliers aux investisseurs qui se bousculent autour des gisements pétroliers congolo-ougandais, spécialement du côté du Graben Albertine, les études de prospection, la nature des contrats conclus ou à conclure, le volume des dividendes financiers attendus de l’exploitation ainsi que leur utilisation par les gouvernements congolais et ougandais.
Selon le Directeur d’Afiego, beaucoup de flou entoure la gestion du pétrole et du gaz congolo-ougandais. Il déplore la tendance des décideurs congolais et ougandais à écarter systématiquement la, Société Civile des activités liées à l’extraction des hydrocarbures. « Les deux gouvernements ont, par le passé, été accusés de collusion, de secret et de mise en oeuvre des politiques d’exclusion... En fait, en 2007, des membres de la Société Civile ont été exclus des commissions mixtes de sécurité entre les deux pays et des négociations des accords de pétrole. Plus récemment, un groupe de journalistes et d’activistes de la Société civile de l’Afrique de l’Est, qui ont accompagné des membres de l’Assemblée législative dans la visite des puits de pétrole dans le comité de Tonya Kaiso, du côté ougandais, ont été impitoyablement refoulés. Ce qui a suscité des spéculations et fait croire que le gouvernement ougandais avait effectivement quelque chose à cacher dans l’exploration des sites », souligne-t-il.
Ouganda, 3ème pays corrompu du monde
A en croire Ofiego, le gouvernement ougandais continue de refuser à la Société civile le droit de participer au débat public qu’organise le ministère de l’Energie autour des hydrocarbures. Cette agence révèle que l’Ouganda est l’un des rares pays au monde où la production du pétrole a été libéralisée. Les licences d’exploitation sont délivrées aux compagnies pétrolières sans appel d’offre et les contrats sont négociés dans l’opacité la plus totale. Selon une enquête de l’Ong Transparency International, l’Ouganda est classé comme le 3ème pays le plus corrompu de la planète. D’où, l’on est porté à croire que l’exploitation pétrolière est fondée sur la corruption et le détournement des revenus pétroliers destinés au contribuable ougandais.
Alberta Rift : casus belli entre la RDC et l’Ouganda
On laisse entendre que la RDC et l’Ouganda sont à couteaux tirés au sujet de leurs limites maritimes au niveau du Lac Albert. Les deux pays convoitent particulièrement l’Ile de Rukwanzi, à la pointe Sud de ce lac, et extrêmement riche en pétrole. Les accrochages entre Congolais et Ougandais y sont récurrents, surtout depuis que l’Ouganda a accéléré le rythme des activités pétrolières sur Albertine Rift. On croit savoir que l’insécurité que l’on observe dans cette partie Est de la RDC serait due à l’absence d’institutions politiques fortes, capables de peser aussi bien dans des questions sécuritaires que pétrolières. Dickens Kamugisha note par exemple que l’Ouganda a décidé un passage en force d’ici la fin de l’année 2010, pour la phase de production du pétrole, alors que du côté congolais, on continue de traîner les pieds et en dépit des accusations formulées par le gouvernement congolais contre Tullow Oil, soupçonnée de travailler sur la nappe pétrolière congolaise.
Kabila et Museveni doivent faire plus
L’Ong Ofiego a eu l’honnêteté de reconnaître que les présidents Joseph Kabila (RDC) et Yoweri Museveni (Ouganda) ont beaucoup fait pour éviter que le pétrole ne soit une manne porte-malheur pour leurs pays respectifs, en instituant une Commission paritaire ad hoc chargée du contentieux de l’île de Rukwanzi. Elle estime qu’ils devraient faire plus, notamment finaliser des accords contraignants sur les questions de sécurité, de mise en valeur des gisements… pétroliers, de protection de l’environnement et de gestion d’autres ressources transfrontalières.
Elle insiste particulièrement sur la transparence qui devrait prévaloir dans l’industrie pétrolière, proche et future. Elle recommande même à l’Ouganda de suivre l’exemple de la RDC, qui se trouve engagée présentement dans la politique de revisitation des contrats miniers et pétroliers. Aux deux pays, elle conseille de faire leurs les recommandations de l’ITIE (Initiative pour la Transparence et la reddition des comptes dans l’Industrie Extractive). Le souci des décideurs politiques devraient être la maximisation des revenus du pétrole au profit des citoyens en prévenant l’enrichissement égoïste et le financement des conflits.
(TH/DN/GW/PKF)
Kimp/Le Phare
Last edited: 23/07/2009 17:38:37