Jossart Nyoka Longo est un homme très chargé : on s’en rend compte à travers les banderoles déployées dans les carrefours principaux de Kinshasa, les sollicitations de la presse, les audiences nombreuses et interminables à son bureau situé dans la commune de Kasa Vubu... Une vérité s’impose : Zaïko Langa Langa fait vibrer la ville ! Mais curieusement, l’orchestre n’a pas encore décroché un sponsor attitré. Autre vœu qui tarde à se réaliser : à son retour à Kinshasa, le président de Zaïko avait lancé l’appel pour une unité formelle entre les artistes musiciens et souhaité, dans la foulée, la tenue des états généraux de la culture.


Voeu pieux quand on sait que les musiciens de Fally Ipupa -qui était aux côtés de Jossart lorsqu’il avait lancé cet appel à l’unité- ont échangé gaiement des coups de poings avec ceux de Ferré Gola sur la place publique, dans la commune de Barumbu (quartier Bon Marché, aux alentours de l’Hôtel Phénix). Notre correspondant permanent à Kinshasa Paul Kabeya KAPO a interrogé le chanteur sur ces sujets.

AFRIQU’ÉCHOS MAGAZINE (AEM) : Le ministère de la culture a-t-il répondu à votre projet de tenue des états généraux de la culture ?
JOSSART NYOKA LONGO (JNL) : C’est un vœu que j’ai réitéré lors de l’audience que le ministre m’avait accordée, le message avait été bien accueilli mais je n’ai toujours pas de réponse définitive. D’ailleurs, dernièrement j’ai suivi Papa Wemba à la télé, il a abondé dans le même sens.

AEM : Lors de votre point de presse, vous aviez aussi prôné l’unité entre les artistes musiciens en sollicitant le concours de vos aînés Bombenga et Simaro Lutumba, concrètement, qu’est-ce qu’il s’est passé depuis ?
JNL : Les Vieux Lutumba et Bombenga avaient répondu favorablement à ma demande. Si ça prend du temps, c’est uniquement à leurs agendas. J’avais lancé le même appel aux syndicats des artistes et au Vieux Munyanya Roitelet. Cela fait trois mois déjà effectivement...

AEM :
Pourquoi n’avez-vous pas répondu à l’invitation publique de Félix Wazekwa qui souhaitait votre participation à son concert de l’Olympia ?
JNL : Je ne pouvais pas, je préparais moi-même mon retour sur scène.

AEM : Zaiko Langa Langa va fêter son 40ème anniversaire cette année, le programme des festivités a-t-il déjà été élaboré ?
JNL : Le programme sera connu à partir du mois d’août. Il y a des contacts avec les anciens du groupe, des témoignages sont recueillis en perspective de la publication d’un ouvrage sur le groupe qui sera intitulé « Zaïko Langa Langa, le monstre sacré ».

AEM :
Pouvez-vous nous confirmer de nouveaux recrutements annoncés dans votre orchestre ?
JNL : Le nouvel effectif sera connu d’ici deux semaines. Sachez que l’on ne vient pas tout apprendre dans Zaïko, il faut aussi apporter quelque chose. Il est normal, comme dans toute entreprise, de rechercher la meilleure performance et, le cas échéant, d’injecter du sang neuf. Le groupe de Kinshasa, je ne le connaissais qu’à travers la vidéo, après avoir fait connaissance, j’ai décelé certaines carences que nous devons corriger, y compris par de nouveaux recrutements.

AEM :
Pourquoi Zaïko n’a-t-il toujours pas de sponsor alors qu’il fait vibrer la ville ?
JNL : Nous sommes en procès avec notre ancien sponsor, la Bracongo (Skol). C’est depuis 1996 qu’elle n’a pas respecté ses engagements malgré tout ce que Zaïko Langa Langa a fait pour cette société. Nous avons souhaité un arrangement à l’amiable mais hélas ! Cela dit, nous avons reçu des sollicitations et nous sommes en négociations avec d’autres entreprises.

AEM : Quelle est votre opinion sur l’interdiction de diffusion, par les médias, des chansons ou clips contenant les dédicaces à certaines autorités politiques (phénomène « mabanga ») décidée par le Ministre de l’Information et de la Presse ?
JNL : Je reconnais, certes, des abus de la part des artistes, mais il faut reconnaître aussi que, même dans nos chansons traditionnelles, les dédicaces ont toujours existé. C’est un signe de gratitude à l’égard de nos mécènes. Ce n’est pas seulement au Congo où on fait des dédicaces aux autorités. Le grand musicien nigérian King Sunny Adé cite nommément des chefs traditionnels. Nous sommes une corporation qui aurait pu comprendre un appel à une remise en cause, à plus de modération. Toute faute ne mérite pas un fouet, un bâton.

AEM : Félicitations, vous allez vous remarier ?
JNL : (Rires…) Pas de commentaire.

AEM : Un mot sur la disparition du comédien Sans Souci et de Michael Jackson ?
JNL : Sans Souci était un proche de Zaïko Langa Langa et j’ai beaucoup joué sur une même scène avec lui. Après la défection de certains artistes de Zaïko partis créer Familia Dei, il est resté proche de nous. Paix à son âme. Quant à Michael Jackson, il est parti mais son œuvre demeurera pour toujours.

(BT/PKF)

Paul Kabeya/AEM/MMC